samedi 25 octobre 2014

POLITIQUE ET ESTHETIQUE DU STADE ANAL

De la référence anale comme élément de subversion et de critique sociale...

                                        (groupe utopie, Baudrillard, mai 68)

A la déférence anale comme rhétorique ornementale du Pouvoir




 

en passant par
la  DESUBLIMATION LIBERATOIRE d'OTTO MÜLH (adieu à Freud !)



LE STADE ANAL INTERDIT 




et le dépassement du fécal par le génial !



vendredi 24 octobre 2014

COMPRENDRE LES NOUVELLES RADICALITES : JIHAD ET JEUNESSE PAR OLIVIER ROY

"Comment expliquez-vous ce phénomène d’enrôlement partout dans le monde ?
Ce sont des jeunes qui cherchent leur guérilla, comme nous dans les années 60. A l’époque, notre cause était la révolution, maintenant, c’est le jihad mondial. Dans son essai The Terrorist in Search of Humanity (2), l’historien Faisal Devji explique que, mis à part le fait que les terroristes tuent, il n’y a pas de différence fondamentale entre un humanitaire et un gars d’Al-Qaeda. Ce sont des militants d’un monde global, des nomades, souvent déracinés. Mais si on veut vraiment comprendre l’enrôlement des jihadistes, il faut regarder du côté de la fusillade du lycée de Columbine, en 1999, et des jeunes gens qui se perdent dans une même violence autodestructrice. En Orient comme en Occident, il existe une jeunesse fascinée par ce nihilisme suicidaire. L’islam donne une dimension globale, peut-être aussi mystique, un nom à une cause.
Aujourd’hui, le jihad est la seule cause sur le marché. Nous ne voulons pas voir les points communs, mais seulement les différences, et préférons nous enfermer dans une lecture monomaniaque du monde musulman. On se réfugie dans le choc des cultures sans voir l’aspect mondialisé du phénomène. Or, ces conflits sont le symptôme d’un même effondrement culturel."
 http://www.liberation.fr/monde/2014/10/03/le-jihad-est-aujourd-hui-la-seule-cause-sur-le-marche_1114269

A ECOUTER : LES MATINS DE FRANCE CULTURE DU 2 OCTOBRE 2014 AVEC OLIVIER ROY ET SOPHIE BESSIS (http://www.dailymotion.com/video/x272o7g_les-matins-l-etat-islamique-est-il-un-produit-de-la-mondialisation_news)

POLITIQUE DE L HORREUR ; PUISSANCE VISIONNAIRE D UN (mauvais ?) GENRE




 "Ces renforts interviennent alors que de violents affrontements ont de nouveau eu lieu mercredi entre les forces de l'ordre et des centaines de migrants, qui tentaient, comme depuis le début de la semaine, de prendre d'assaut des poids lourds à destination du Royaume-Uni."
 http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/10/22/nouveaux-affrontements-entre-migrants-et-policiers-a-calais_4510554_3224.html



"Un homme qui pencherait vers « les thèses extrémistes » islamistes a attaqué des policiers avec une hache jeudi à New York, avant d’être abattu, ont annoncé la police et le centre américain de surveillance des sites islamistes (...)
L’un des policier a été atteint par un coup sur l’arrière du crâne et se trouve actuellement dans un état critique. Un second policier a été touché par un second coup avant que les deux autres ne sortent leurs armes et tirent 19 coups, provoquant la mort de l’assaillant. Dans l’échange, une femme a été touchée par une balle perdue. Elle a été prise en charge par un hôpital, mais son état est stable."
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0203886417830-new-york-un-homme-aux-penchants-islamistes-attaque-des-policiers-a-la-hache-1057255.php?U3dmbD0b88PyfYJY.99
 


      
   "Les jihadistes de l'État islamique ont revendiqué mardi l'exécution par décapitation d'un second journaliste américain, Steven Sotloff, dans une vidéo qui a provoqué «l'écoeurement» des Occidentaux."
  http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/lemonde/archives/2014/09/20140902-131450.html

                                     
  Porter  un regard neuf sur l'actualité....

samedi 18 octobre 2014

ACTUALITE ROLAND SABATIER : EXPOSTION, PROJECTIONS ET CONFERENCE (BRUXELLES)





Anti-cinéma (lettriste) et cinémas lointains (1964-1985)/ Deuxième séance

Roland Sabatier

24 octobre – 20 décembre 2014

Deuxième Séance au Garage Cosmos

Seconde partie de l’exposition de Roland Sabatier Anti-cinéma lettriste & cinémas lointains ; cinémas lointains (1964-1985) avec la présentation de De la loi de la jungle à la loi des créateurs  (1975), Film mono-esthapeïriste réalisé avec la participation du public,  durée indéterminée, pellicules aux formats divers, son réalisé dans la  salle.

 http://www.garagecosmos.be/?lang=fr

Projections et conférence (le 22 octobre) au Palais des Beaux-arts de Bruxelles
Pour en savoir plus : 
http://www.bozar.be/activity.php?id=15342&lng=fr

jeudi 2 octobre 2014

Le parti socialiste et la jeunesse : de l'instrumentalisation à la trahison ?


«Nous avons fait de la jeunesse la priorité de ce quinquennat. Je ne voudrais pas qu’en 2017, elle vote en majorité pour le FN.» BENOIT HAMON
(http://www.liberation.fr/politiques/2014/10/02/hamon-je-ne-voudrais-pas-qu-en-2017-la-jeunesse-vote-en-majorite-pour-le-fn_1113395)

 Affiche du Front de libération des jeunes (Beaux-Arts, Paris, mai 68)

samedi 13 septembre 2014

DEUX CONTRIBUTIONS A PRIORI TRES ELOIGNEES ET POURTANT...(fRANCE CULTURE LES MATINS DU 11/09/2014)



                                       (lien video dailymotion)

VIENT DE PARAITRE :



LE PRÉCÉDENT OUVRAGE DE JEAN-MARC DANIEL


dimanche 31 août 2014

FRIME ET CHATIMENT : the french touch !





le nouveau logo du parti socialiste ?


UNIVERSITE D'ETE SOCIALISTE : REVEILLEZ LES MORTS !




L'actuel premier ministre, est bien un ambitieux qui sans nuance a décidé de transformer un parti socialiste moribond, désormais sans doctrine, paralysé par des contractions non résolues depuis des années, en une force de frappe électorale avec pour horizon, les élections présidentielles de 2017. A l'instar d'un sarkozy minoritaire lancé autrefois à la conquête de l'UMP, notre ministre prend à rebours toute la doxa socialiste, et dans un contexte de crise où les notables de gauche s'inquiètent pour l'avenir de leur place, parvient à obtenir leur consentement et leur allégeance, alors qu'aux dernières primaires il réalisait un score peu glorieux de 5% des suffrages. Bravo... la presse s'interroge, s'inquiète ou s'impatiente (selon les officines...) : dérive libérale, réformisme enfin assumé, ou effets de manche et d'annonce qui masquent à peine l'absence de doctrine et la panique d'une majorité sans idée et sans troupe ? On évoque à propos de Valls les exemples de Blair, de Schroder, de Zapaterro, on suggère la nécessité de sortir des clivages et postures au nom d'une efficacité désirée par un peuple rongé par les démons d'une inquiétude bien légitime (chômage toujours à la hausse, succès grandissant du front national nouvelle mouture ), on s'en remet à l'homme providentiel qui dans le désert politique français peut ainsi apparaître comme un esprit visionnaire, d'une envergure "historique", amené par les circonstances à être le grand "homme" dont les manuels d'histoire et les journalistes raffolent ... l'ambitieux valls n'est pourtant ni social démocrate, ni social libéral, moins encore incarne-t-il une quelconque troisième voi(e)x ou troisième gauche... il s'inscrit davantage dans une démarche libérale/conservatrice, autant que celle-ci peut lui permettre d'espérer dans une france plus droitière que jamais ramasser les suffrages des électeurs UMP, centristes, voire frontistes, sans égard pour une gauche amenée à disparaître comme centre de gravité du paysage politique (elle le fut autrefois...). Ne cherchez pas des idées chez Valls, des convictions, un diagnostic éclairé sur l'état du pays, son arrivisme lui impose d'user de la transgression pour surprendre, déstabiliser, séduire par un volontarisme insolent et décomplexé, par sa parole débarrassée de la vieille rhétorique étatiste ; il reprend la faconde et l'argumentaire sarkozyste, en appelle à la rupture, au mouvement contre l'immobilisme de son parti et des camarades, et tout cela au nom d'une "gauche responsable" qui n'est qu'un signifiant vide agité pour rassurer les plus sceptiques... La visite de Monsieur Valls aux Universités d'Eté du Médef donne pourtant la mesure de son talent et de ses ambitions : si Monsieur Valls ne supporte pas le conservatisme de ses amis socialistes, il s'accommode pleinement des rigidités d'un patronat français particulièrement frileux en matière d'innovation ; ce dernier à travers la voix très officielle du Medef représente moins les forces vives de l'économie française, leur avenir, à savoir une puissance d'invention, de découverte et de conquête(s), qu'une officine plaidant ad vitam aeternam pour les mêmes secteurs catégoriels et leur propriétaires inquiets (les industries culturelles en sont un bon exemple, sans parler de l'automobile) . Cette séquence est particulièrement représentative de ce qu'est désormais devenue la vie politique française : une joute surréaliste entre néos, rétros et archéos, où la nouveauté de l'époque est regardée avec les lunettes des années 60 (Valls ne reprend-il pas en partie les conclusions du rapport Rueff, 1960 !?) ou 70 (le côté "lutte des classes", l'étatisme maladif, l'inintelligence économique chez les "frondeurs"). Le succès de la ligne libérale/conservatrice du premier ministre est à chercher dans l'épuisement d'une doctrine socialiste rendue obsolète, dépassée par des problèmes auxquels elle peine à donner une réponse crédible, mais aussi dans un dogmatisme réitéré de ses cadres qui finit par rendre la transgression nécessaire, indispensable voire séduisante pour un électorat qui reconnait en son for intérieur l'inadéquation du socialisme français à des mutations historiques majeures (mondialisation des échanges, succès de nouveaux acteurs économiques comme les "Brics", généralisation du numérique). Libération tente de limiter la casse symbolique en titrant sur le tournant "social démocrate" du nouveau gouvernement Valls comme si les socialistes avaient enfin gagné en maturité, renoncé à leur gauchisme infantile, protestataire... il n'en est rien, le virage économique libéral des socialistes (prêts à défendre aujourd'hui ce qu'ils dénonçaient hier comme ces 200 députés solidaires du gvt qui craignent vraiment pour leur poste) repose sur des prémisses erronées : à écouter le premier ministre, il y aurait d'un côté un patronat vertueux qui ne demande qu'à créer massivement des emplois, de l'autre des rigidités, des blocages, des conformismes... Et d'ignorer de fait les blocages, les conformismes qui font du Medef une organisation soucieuse surtout de prolonger le statu quo à son avantage (peu différente en cela de la CGT) et certainement pas ce laboratoire schumpeterien dont la France a en effet grand besoin. Les entrepreneurs qui compteront demain, qui dans l’anonymat et l'indifférence des politiques, travaillent à l'économie future, qui cherchent à entrer sur un marché déjà occupé par des vieillards satisfaits, avec des idées neuves, peuvent difficilement se reconnaître dans une organisation syndicale qui gèrent des situations acquises et des rentes ; à l'intérieur même du monde de l'entreprise, les intérêts entre ceux qui arrivent et ceux déjà là sont contradictoires voire divergents, le premier ministre choisit les seconds et ne soupçonnent même pas l'existence et surtout l'importance des premiers. Ce sont pourtant ces acteurs de l'ombre (souvenons-nous d'un Steve Jobs à ses débuts) qui ont surtout besoin d'un "choc de simplification", d'un assouplissement du cadre et des règles, bien plus que ces groupes ayant pignon sur rue qui visiblement attendent du plan compétitivité/emploi des opportunités de gain et non l'occasion de relancer l'investissement et la recherche. Mensonge du terme "social-démocrate" quand on comprend le deal passé entre le gouvernement et le Medef (j'assouplis les règles et vous me créez des emplois) dans la plus grande tradition du dirigisme étatiste, véritable ADn de la France, avec le souci exclusif de présenter aux français des résultats fussent-ils fondés sur un néant économique validé par le patronat. Mensonge du terme "social-démocrate" encore quand on note l'absence totale de toute politique sociale du gouvernement sommé de réformer, de réduire une dépense publique abyssale et sans doute notoirement inefficace dans ses affectations. Le premier ministre se fait fort de n'offrir à la jeunesse (le thème de campagne du candidat hollande !) qu'un programme d'austérité janséniste, le plaisir masochiste de suivre dans la douleur la réduction infinitésimale de la dette avec comme message subliminal une morale douteuse (nous avons dépensé, vous devez payer !) et la tentation grandissante de l'exil pour les mieux formés, sans doute effrayés par le no future français (la "french touch" comme ils disent). Réduire le volume de la dépense publique qui écrase les français sans apporter les soulagements sociaux espérés, rendre autonomie, initiative et pouvoir(s) aux citoyens plutôt que de déléguer à l'état puissance et monopole d'action, bien sûr d'autant que ce même état peut se muer en puissance d'oppression de la société (c'est le volet "neo-conservateur" de l'actuelle majorité). Tout se  passe pourtant comme si les "réformes nécessaires" (principe de réalité) exigeaient l'abolition de toute dimension sociale alors qu'au contraire c'est aussi en matière de protection et d'accompagnement qu'il faudrait faire preuve d'inventivité. Quid d'un revenu universel qui garantirait aux jeunes une autonomie réelle ? Et d'un Crédit de lancement à destination de ceux et celles qui portent des projets, veulent prendre le risque de la création d'entreprise, sans pouvoir compter sur l'aide des banques, toujours aussi dubitatives face au risque entrepreneurial, ou d'un patrimoine familial ? Enfin imposture du terme "social-démocrate" sur des sujets aussi régaliens que la formation ou l'éducation ; le dirigisme d'état ne parvient plus à masquer la médiocrité des résultats, obtenus dans le broyage des enthousiasmes, d'un ministère de l’éducation nationale qui représente le premier budget de la Nation, un mythe voire une mystification qui sous couvert de "méritocratie" organise la confiscation des places stratégiques au profit d'élites endogamiques : beaucoup de peines pour si peu de joies.... De quoi faire sourire nos amis scandinaves.
Bref, vivants si vous passez par La Rochelle, passez votre chemin, vous n'y verrez que des spectres agitant des slogans du programme commun contre un gouvernement qui découvre tatcher et reagan avec 40 ans de retard... les morts parlent aux morts....

jeudi 21 août 2014

DE QUOI LEUR DENONCIATION DE L'ANTISEMITISME EST-ELLE LE NOM ? (2)

"Les Français de souche sont peu à peu remplacés et comme l’assimilation ne fonctionne que pour une partie seulement de cette nouvelle population extra-européenne (celle qui a eu la volonté de s’assimiler), la France s’expose mécaniquement à la perspective de ne plus être, d’ici une ou deux décennies, ce qu’elle a été depuis son origine c’est-à-dire une nation de souche européenne et de culture chrétienne. Ce phénomène n’est pas propre à la France. D’autres pays d’Europe occidentale le connaissent et les États-Unis aussi qui voient leur population WASP (White Anglo-Saxon Protestants) en voie de minorisation.
Or je suis certain qu’il existe une majorité des Français qui ne veulent pas voir la France perdre sa civilisation et je suis certain aussi qu’une majorité politique peut se construire avant 2017 autour de cette idée que Marine Le Pen incarne mieux que quiconque. Il n’y aucune autre solution crédible que de construire cette majorité avec ceux qui ont déjà compris le lien entre le défi islamique intérieur et le défi islamique extérieur.
De ce point de vue, le sort des minorités chrétiennes d’Orient, projection dans l’avenir de ce que pourraient vivre les Français dans une France majoritairement islamisée, comme le sort des Juifs de France de plus en plus victimes de brimades quand il ne s’agit pas de violence, devraient aider les Français à comprendre que l’unité de la France ne va plus de soi et que de grands périls pèsent sur elle.
Le nouvel antisémitisme vient d’une partie de la communauté musulmane qui associe les Juifs à la politique d’Israël. Les manifestations pro-palestiniennes récentes ont apporté la preuve évidente, d’une part que la cause palestinienne est devenue une cause islamiste, d’autre part que l’antisionisme ne cherche même plus à s’y distinguer de l’antisémitisme (on a même vu dans ces manifestations des pancartes se référant à Mohammed Merah, tueur d’enfants juifs). Bien évidemment, tout Français lucide n’est pas dupe quant au jeu symétrique du communautarisme juif, lequel a ses propres raisons de se victimiser pour soutenir la logique d’émigration vers Israël. Mais l’exagération ou l’instrumentalisation n’enlèvent rien à cette réalité implacable que les enseignants de l’Education nationale relèvent depuis des années maintenant dans les copies de beaucoup d’élèves issus de l’immigration. Un pan entier et important de la population de nationalité française d’origine arabo-maghrébine et musulmane n’est plus seulement antisioniste, il est antisémite."
Aymerci Chauprade
http://blog.realpolitik.tv/

mercredi 13 août 2014

lettre ouverte aux jeunes socialistes et à leur lucidité radioactive

j'ai lu avec intérêt votre tribune publiée sur le site Médiapart (1) ; j'y ai deviné un écœurement, une colère contenue, et surtout une incompréhension face à des mentors, vos aînés, sans doute surpris et irrités de vous voir prendre des initiatives qu'ils jugent aventureuses voire contraires au meilleur des mondes qu'ils ont planifié sans vous. Les coups les plus bas sont donc venus des camarades avec qui vous pensiez partager une utopie, des valeurs communes, une histoire, des luttes, un beau projet pour la France... Vous restez sans voix face à leur soupçon insistant, vous rougissez moins de honte que de colère à vous voir renvoyés aux côtés des soraliens et autres dieudonnistes, à devoir justifier vos convictions, votre enthousiasme, votre engagement ; vous vous défendez maladroitement, et chaque mot que vous prononcez semble vous accuser et vous accabler un peu plus... Solidarité avec les palestiniens ! Allons bon, voilà que les jeunes socialistes se font les complices naïfs, imbéciles, des terroristes du Hamas ! la fièvre antisémite corrompt jusqu'aux meilleurs d'entre nous ! Vous découvrez perplexes la révolte à géométrie variable des cadres du socialisme bedonnant et grisonnant, et leur indignation empesée, toute rhétorique, de professionnels du spectacle politicien qui doivent jouer leur petite partition attendue : vous les voyez froncer les sourcils, adopter la gestuelle malrucienne, le regard possédé par quelques visions abominables, invectivant un accusé absent, vociférant, martelant les mots clefs de leur dictionnaire qui ne compte que quelques pages, dans un réquisitoire sans appel, dont vous vous découvrez ahuris l'objet.
Vous pensiez avoir à vos côtés des camarades avec qui discuter librement, il n'en était rien ; le ton professoral, hautain et méprisant, le regard courroucé avec lequel ils vous toisent et vous clouent au pilori de l'abomination, tout indique chez eux que vous n'avez jamais été qu'un alibi exotique, le supplément d'âme juvénile d'un parti déclinant, qui certes a autrefois tendu une main amicale à la jeunesse mais c'est parce qu'il avait besoin de sa voix et de ses voix pour accéder à la fonction suprême. Mitterand en fin politicien avait médité l'échec de 1974, la classe ouvrière, même appuyée par des classes moyennes désireuses de voir les socialistes gouverner le pays,  ne permettait pas d'escompter un succès électoral ; en dépit du programme commun d'inspiration marxiste, c'est vers la jeunesse que le candidat s'est alors tourné, avec le succès que l'on sait. Depuis la gauche considère comme acquis l'adhésion et le vote des jeunes pour ses candidats ; à travers sa politique culturelle, éducative, les associations qu'elle subventionne, elle a construit l'illusion que le socialisme à la française était la voix naturelle de la jeunesse, et donc de l'avenir, une véritable chasse gardée, un vivier au sein duquel elle puise quelques heureux élus pour renouveler de temps en temps les postes laissés vacants par des départs en retraite, bref un tapis de voix sur laquelle elle s'est longtemps reposée sans contrepartie. Le Parti socialiste se présente continuellement  comme le parti du mouvement et de l'avenir non en raison d'idées que ses cadres médiocres sont incapables de produire mais justement parce que les idées neuves portées par de nouveaux venus peuvent trouver, après épreuves, pénitences et bizutages, une place et apporter leur vitalité à des vieillards somnolents. En accédant au pouvoir le parti socialiste s'est bunkérisé comme les autres (allégeances, flagorneries, intrigues, cooptation..., aujourd’hui d'ailleurs autant qu'hier, définissent l'ordinaire de cette cour caricaturale, mais Paris-Match a remplacé hélas Saint-Simon), il a en grande partie perdu le vote des jeunes qui ne se déplacent plus le jour des élections, ou s'expriment dans des choix de rupture, de dissidence et de résistance, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche plus rarement, mais la puissance symbolique est là intacte, c'est tout ce qu'il reste à la gauche de gouvernement, François Hollande en plagiaire intelligent de Mitterand ne s'y est pas trompé : pour qui annonce des lendemains qui chantent la jeunesse est un étendard précieux.
 Que la politique comporte sa part inavouable de petites intrigues, de calculs mesquins, de reniement, de machiavélisme bien ordonné... tout cela n'est guère nouveau et fait partie d'un principe de réalité avec lequel il faut bien compter, que l'authenticité et la pureté des intentions soient de piètres alliés dans la bataille politique qui vise au succès électoral, la cause est entendue... mais le malaise qui traverse votre lettre semble s'enraciner dans une rupture plus profonde, générationnelle ; votre soutien critiqué aux palestiniens révèle un divorce entre une bureaucratie datée (Laurent Fabius était déjà ministre dans les années 80...) qui sous couvert d'une éthique de responsabilité mène en fait la politique de ses artères, néoconservatrice, dans un société vieillissante, et une base militante qui lui sert encore de sympathique alibi, non sans contradiction. Vous vous revendiquez "jeunes, socialistes, pacifistes, internationalistes" j'ai bien peur pour vous qu'il ne se trouve pas un ministre du gouvernement actuel à qui l'on pourrait attribuer spontanément ces quatre qualificatifs et je suis convaincu que certains ou certaines ne manqueraient pas de protester en indiquant qu'ils ont vraiment fait tout ce qui était en leur pouvoir pour ne plus se voir ainsi dis-qualifié(e). Vous devriez approfondir votre perplexité et votre colère, interroger vos doctes cadres, au delà de vos exigences de "respect", afin de prendre la pleine mesure du paradoxe de votre position : on ne prépare demain avec les idées d'hier, le socialisme à la française est chose morte, ce sont ses rentiers, ses héritiers intrigants, qui ont besoin de votre jeunesse pour lui donner l'illusion de la durée, de l'actualité voire de l'éternité, pour garder une place, un poste, un pouvoir, mais ce n'est qu'un rêve, un mensonge complaisamment entretenu, une imposture de plus au passif des socialistes, une faiblesse peut-être chez certains d'entre vous qui comptent sur ce vieux monde pour faire carrière, "arriver" mais dans quel état, dans combien de temps, et pour quel bilan peu glorieux... Qui parmi vous veut être un Harlem Désir, un Julien Dray, voire un Manuel Valls.... , voyez ce qu'ils étaient et ce qu'ils sont devenus, sont-ce là des exemples susceptibles de forcer l'admiration et de galvaniser l'enthousiasme militant, vraiment ?
Je vois aussi dans votre sensibilité piquée au vif, bien des qualités, qui se trouvent détournées, exploitées au profit d'un parti et d'individus qui ne les méritent pas. La tentation de taire son authenticité pour se fondre dans la doxa d'une force politique qui vous permettra une belle carrière est sans doute grande, surtout en temps de crise, je passe sur ceux qui comme Jospin prétendaient via l'entrisme transformer l'appareil de l'intérieur, cet ancien trotskiste a fini premier ministre.... Mais c'est un mauvais calcul, rien ne dit que le socialisme à la Française conservera ses prébendes après les élections de 2017 et offrira à ses militants dociles autant de débouchés qu'auparavant ; au lieu d'être les derniers d'une histoire qui s'achève de la plus triste manière, à savoir réactionnaire et conservatrice (les socialistes craignent la nouveauté politique qui  les renverrait définitivement dans les poubelles de l'histoire), pourquoi ne pas être les premiers à porter une nouvelle utopie politique ? Les partis institués, leurs cadres attendent vos idées, votre énergie, votre temps, votre dévouement, pour alimenter leur programme, installer leurs élus... et si vous commenciez d'abord par vous mobiliser pour vous-même, sur la base  d'une condition commune, d'un destin partagé par ceux et celles qui vivent leur jeunesse comme une épreuve ou une impasse dans une France bloquée qui n'annonce aux arrivants qu'un lot de galères et de misères ? car avant d'être socialistes vous êtes jeunes, et c'est cela qui vous donne un avantage, théorique et pratique, sur ces mêmes socialistes. A lire les sociologues, les jeunes sont les grands perdants de l'époque, et ils n'auraient d'autres ambitions que de militer pour le confort de leurs grands parents ? sérieusement ? Il n'y a rien à attendre d'un parti aussi fatigué que le parti socialiste, c'est à vous de prendre la relève, de le rendre irrémédiablement inactuel en proposant aux problèmes qu'il soulève mais auxquels il ne sait pas répondre, vos propositions, vos solutions, vos convergences, vos revendications.
Dans votre lettre, vous prenez bien soin de vous désolidariser des dieudonnistes et des soraliens, vous condamnez les "casseurs", soit mais que proposez-vous à ces jeunes enragés qui cherchent l'affrontement avec les forces de l'ordre, manifestent défiance et hostilité face à la morgue républicaine d'un premier ministre droit dans ses bottes : de la prison, de la rééducation, des amendes ???... C'est avec cette jeunesse là, perdue pour les élections, tentée par les extrêmes et la radicalité, qu'il vous faudra aussi dialoguer, voire agir, afin de lui donner toute sa place dans la société, non seulement comme bénéficiaire de possibles réformes mais surtout comme acteur de ces transformations. L'avant-garde réelle n'est en rien cette réduction communautariste, ethnique, confessionnelle tant prisée par Monsieur Valls, c'est la ligne de force qui traverse l'ensemble du corps social, et découvre par les fractures qu'elle révèle d'étonnantes convergences, des rapprochements impensables hier, qui bousculent l'ordre établi, appellent une redistribution des cartes, des alliances, des conflits...
Je comprends votre révolte, je la partage et je vous souhaite de la pousser jusqu'à son terme libérateur. 




(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kerrich/050814/jeunes-et-socialistes-nous-manifestons-pour-la-palestine

 

 

LA SOCIETE DU SPECTACLE : QUERELLE ET QUENELLES




Si, au XVIIe siècle, l'Angleterre puritaine, la Hollande gomariste, la Genève calviniste réussissent à supprimer complètement le théâtre et à interdire la profession comique, il n'en va pas de même en terre catholique : la Querelle de la moralité du théâtre y laisse place au compromis entre cet art et ses interprètes d'une part, généralement soutenus par les autorités civiles, et d'autre part les autorités ecclésiastiques soucieuses de réforme profonde des moeurs chrétiennes. Ce qui est en jeu dans ce débat entre clergé réformateur et amis du théâtre, c'est moins la moralité du texte théâtral que les moeurs de ses interprètes, et la portée morale du jeu dramatique proprement dit. L'Eglise, et en cela elle partage, si je puis dire, la conception du théâtre d'un Antonin Artaud, ne s'intéresse pas tant au théâtre “ de texte ”, qu'à l'expérience dramatique elle-même, à ses acteurs, à ses spectateurs, et à l'enjeu de salut ou de perdition qu'ils impliquent.
Passons en revue les protagonistes de la Querelle. D'abord, les arguments d'autorité. Aussi bien le cardinal Borromée que le publiciste puritain William Prynne, le jésuite Mariana (De Spectaculis, 1606) que le théatin Francesco del Monaco (In Actores et spectatores comoediarum nostri temporis paraenesis, 1621), tous les tenants de la thèse rigoriste citent les Pères de l'Eglise, Tertullien, Cyprien, Augustin parmi les grecs. Tous condamnent les spectacles profanes comme autant de reviviscences d'un paganisme archaïque, et les comédiens, comme des résurgences d'un clergé démoniaque, attachés sous ses masques multiples à séduire et perdre les âmes. Sous cet arsenal de citations patristiques (auxquelles se joignent celles de Sénèque) on reconnaît la volonté de reprendre ab ovo le grand combat de l'Eglise des premiers siècles contre cette forme du culte polythéiste qu'était le théâtre antique, revivifié dans les Académies par l'humanisme docte, répandu par les troupes de Commedia dell'arte.
La seconde série d'arguments invoqués par les partisans de la suppression du théâtre porte sur les comédiens eux-mêmes, les histriones. Ce sont non seulement des agents du démon, et de sa multiplicité, mais des prévaricateurs de la parole, qu'ils vendent aux spectateurs : il est légitime que le droit romain ait dénié à de tels sophistes toute fiabilité dans la vie civile, en leur ôtant la capacité d'entrer dans un quelconque contrat, à commencer par le mariage. Le droit canon a étendu à la société religieuse l'incapacité de ces esclaves mercenaires : il les exclut des sacrements et de la sépulture chrétienne. Perdus de moeurs, par définition, ils vivent en état de prostitution publique ; leur vue, à plus forte raison leur fréquentation, est criminelle. Les masques qu'ils portent ou les personnages qu'ils miment les ravalent dans une sorte d'animalité contagieuse.
Le troisième groupe d'arguments est sans doute le plus déterminant : il touche cette fois à l'essence de l'art dramatique, et à la nature du plaisir mimétique qui appelle les uns vers les autres comédiens et spectateurs. Pour les rigoristes, l'essence de la mimesis dramatique est démoniaque : l'homme, image de Dieu, se dissout au miroir de la scène en images de Satan, auxquelles l'identifie un plaisir intrinsèquement sexuel et pervers, une inclination à la chute et à la corruption. Le temps consacré au théâtre est l'envers direct du temps consacré au salut. Toute moralisation ou christianisation du théâtre est un alibi qui, rendant le mal moins voyant, accroît son pouvoir corrupteur. Même le dramaturge, que les Jésuites du XVIIe siècle préservent de la malédiction qui frappe ses interprètes, se trouve englobé par les jansénistes Nicole et Varet dans l'oeuvre de mort spirituelle qu'est le théâtre dans son ensemble. Corneille est l'objet de leurs attaques les plus virulentes justement parce que ses tragédies chrétiennes servent de prétexte à l'espèce d'acoquinement sexuel que la scène crée nécessairement entre les comédiens et les spectateurs.
Le soupçon qui se porte sur le théâtre s'adresse à la parodie d'incarnation du Verbe qui s'y fait jour, à des fins mercenaires de la part d'histrions impies, et pour des effets d'égarement sur leurs spectateurs. Face aux sacrements, et entre autres au sacrement de la parole en chaire, que le concile de Trente a élevé au rang d'office majeur de l'épiscopat, la parole et l'action “ comiques ” apparaissent comme des rivales démoniaques : la parole de vérité et de salut ne peut coexister dans la même cité chrétienne avec la parole de mensonge et de perdition, la chaire avec les tréteaux ou la scène, le Christ orateur avec l'Antéchrist sophiste. Même si saint Thomas, suivant la leçon d'Aristote, admettait une certaine légitimité du théâtre, pourvu qu'il se donne une fin édifiante, cette légitimité partielle et de principe ne pouvait s'étendre aux comédiens, frappés à la fois d'incapacité juridique au civil, et d'exclusion de la vie sacramentelle. Elle pouvait tout au plus tranquilliser la conscience des auteurs chrétiens de théâtre, mais non pas excuser le recours de ceux-ci aux comédiens pour interpréter leurs oeuvres. Et cependant, en dépit de ces vues rigoristes très généralement prêchées et inspirant les instructions épiscopales ou synodales, le débat en terre catholique restait ouvert. Dans l'Allemagne catholique, on a affaire à un théâtre monocolore, si j'ose dire, puisque les Jésuites et les Ordres enseignants sont seuls à le pratiquer dans leurs collèges. La situation est très différente en Italie, en Espagne, en France, où coexistent un théâtre de Collège et un théâtre profane, interprété par des comédiens “ mercenaires ” et non par des étudiants, et soutenu par les autorités civiles, qui y voient un divertissement louable pour les nobles comme pour le peuple. C'est encore autre chose en terre calviniste. Dans ce dernier cas, le théâtre, sous quelque forme que ce soit, est interdit. On pourrait dessiner une carte de l'Europe au XVIIe siècle selon les lieux où l'on fait du théâtre, où l'on fait les deux théâtres, où l'on n'en fait aucun.  

Marc Fumaroli LA querelle du spectacle au XVIIème siècle
 http://mediologie.org/cahiers-de-mediologie/01_spectacle/fumaroli.html

Du même auteur pour approndir : Rhétorique, théologie et "moralité du théâtre" en France de Corneille à Molière in Héros et Orateurs, Droz p. 449/491 


mardi 5 août 2014

LA COLERE GAGNE LES RANGS DES JEUNES SOCIALISTES...enfin... QUITTEZ DONC CE PARTI QUI NE VOUS MERITE PAS !

Le conflit israélo-palestinien,  avive les passions, non pas depuis la création de l’État d'Israël comme beaucoup le laisse entendre, mais depuis que cet État perpétue une occupation injuste, illégale et meurtrière. Au Proche Orient, nous ne sommes pas face à une "guerre de religions". Les bombardements de Gaza n'ont avoir ni avec la religion, ni avec les origines. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, nous sommes en présence d'un colonisateur et d'un colonisé. Il est important de faire cette première distinction, car tout ce dont on accuse aujourd'hui les camarades qui se mobilisent pour la Palestine repose sur cette confusion initiale. Ce que nous dénonçons aujourd'hui, c'est un problème politique. Nous dénonçons la politique colonialiste et intolérante d'un gouvernement de coalition de la droite et de l'extrême-droite. (...)
C'était en tout cas sans compter sur les remarques que nous avons pu entendre, stupéfaits puis écœurés, à propos des jeunes qui se battent pour défendre le droit à l'existence et à la sécurité d'un Etat palestinien. Il s'est trouvé qu'en France, nous ne pouvions pas dénoncer la politique colonialiste de Benjamin Netanyahou et du Likoud sans être pointés du doigt par certains comme des antisionistes, voire même des antisémites... Que de mots, que de maux. Alors même que de nombreuses voix en Israël s'élèvent contre cette politique, nous avons entendu, y compris parmi nos propres rangs, des réserves concernant notre position, et des mots d’une violence parfois inouïe à notre encontre. Ces personnes qui nous pointent du doigt, nous mettent, d’une phrase, dans le même sac que Soral, Dieudonné et consorts et commettent l'erreur de transformer une revendication politique et humaine en un affrontement religieux et communautaire, en une « guerre de civilisations ».

Jeunes et socialistes, nous manifestons pour la Palestine

 Témoignage militant co écrit par Sarah Haddi, Boris Bonnet, Mehdi Chalah, Akli Chabouni, Mickael Fernandes et Sarah Kerrich

 http://blogs.mediapart.fr/blog/sarah-kerrich/050814/jeunes-et-socialistes-nous-manifestons-pour-la-palestine

 

lundi 4 août 2014

sweet seventies : kill me softly with this doomy song........






zombies studies : viralité de la haine à l'heure numérique

Si je m'en tiens à la production cinématographique et aux séries qui inondent les canaux officiels ou ceux du "monde libre" (échappant encore à la censure), le zombie est devenu le héros/culte de notre post-modernité, il a fui le confort de la fiction pour imposer sa pantomime avant-gardiste et ses scripts monosyllabiques sur tous nos écrans ; ses avatars prospèrent et se multiplient, se glissent dans les débats de société les plus sérieux, qui ont à voir avec l'économie, la politique voire la métaphysique ;  le mythe semble inusable, recyclable indéfiniment, il s'enrichit et se renouvelle au gré d'une exégèse débridée, en mots et en images, qui  voit dans ce corps en putréfaction  le nouveau Graal métaphorique ultime autorisant toutes les lectures politico-sociales : icône du sous-prolétariat, des exclus, des "damnés" du meilleur des mondes capitaliste en pleine décomposition... Nous sommes bien loin de la résurrection des morts biblique ! Certes, la réalité écrase parfois la fiction, et si en Angleterre ou aux Etats-Unis des universitaires commencent à donner aux Zombies studies une respectabilité épistémologique, la France véritable fer de lance de l'arrière-garde préfère "pléiadiser" le vénérable Jean D'ormesson et se pâmer devant le nouvel académicien Alain Finkielkraut. Pourtant un imposant corpus (vidéos, images et textes) est disponible sur internet grâce aux efforts de cohortes de fanatiques, anonymes ou plus connus, amateurs ou pros, du monde entier ; le gag y côtoie la plus étonnante érudition, la politique y a largement ses entrées, le sexe  aussi, le vintage, le has-been, l'avant-garde, la subversion des codes hérités comme la reprise décevante des plus prévisibles clichés... Ce succès du zombie ne tient pas tant à sa puissance critique et dialectique (qui du vivant ou du mort est finalement le plus réifié ?) qu'au médium numérique utilisé. A l'heure où j'écris ces lignes, j'apprends que la "propagation du  virus ebola" en Afrique est jugée par les experts particulièrement inquiétante. Et c'est ainsi : la prolifération zombiesque obéit elle-aussi à un principe de viralité propre à l'univers numérique : pas de rituels païens, de prières et invocations old school dans quelque sacristie profanée, le zombie accède à la plénitude de son être par le seul miracle de l'infection, d'un virus invisible, inodore, impalpable, immatériel et pourtant "codé" comme la communication numérique, qui de morsures en morsures modifie les programmes du logiciel humain jusqu'à en faire une "bête immonde". On devient zombie sans le vouloir, par accident, par inadvertance, par dilettantisme ou par hasard, jamais par vocation ! Autrefois Faust faisait un pacte avec le diable, en parfait petit agent de l'économie de marché, il escomptait de la transaction infernale un bénéfice terrestre supérieur au salut de son âme ; aujourd'hui rien de tout cela, on attrape le virus comme d'autres attrapent un rhume et bien sûr on le devient parce qu'on n'est pas vacciné, pas assez bien protégé comme votre ordinateur qui vérolé de partout  refuse d’exécuter ses programmes faute d'un antivirus à jour.
Étonnant prolongement dans la vie réelle : cette viralité menaçante ne concerne jamais les corps (sauf pour souligner l'apathie du geek) mais exclusivement les esprits, les consciences, elle a débordé les cadres étroits et ludiques de la culture underground  pour devenir une vision du monde (weltanschauung) qui organise le champ social selon les axes de la médecine, de la morale et de la police ; on ne comprend pas autrement le leitmotiv repris en chœur par toute la France vertueuse lors du safari lancé contre l’humoriste dieudonné ; j'étais chaque fois plongé dans la plus grande perplexité quand je lisais ou  écoutais les formules définitives assénées comme un crédo de guerre sainte : "non à la propagation de la haine" ; la haine comme l'amour sont des sentiments qui peuvent se partager, si affinités, mais comment pourraient-ils se propager sauf à être des virus, porteurs de pathologies, aux conséquences funestes et mortelles ? La Haine comme l'amour relèveraient donc de l'action publique, préventive, de l'état, de sa médecine et de ses praticiens, dans l'intérêt bien sûr de la bonne santé de la nation. Le petit mot de Patrick Cohen à propos des "esprits malades" invités par Frédérique Taddéi n'avait rien de gratuit : dans cette lecture biologico-médicale d'un corps social malade, "anomique", la coupure épisté(de)mo(no)logique distingue à la fois le normal du pathologique, le sain du morbide, Elle fixe de facto la norme sociale comme une question morale et médicale, en excluant les "accidents" comme autant d'anomalies virales qu'il faut neutraliser afin de garder sain le corps social. Les interdictions de spectacle, les demandes pressantes de contrôle accru d'internet, la "lepenalisation"  de la loi qui privilégie l'ordre public aux droits et aux libertés individuels, l'effraction du judiciaire et du policier dans le champ artistique... tout concourt à former par la bureaucratie d'état et ses mandatés  un esprit sain dans un environnement sain ! Nous voilà donc revenus à "l'hygiènisme" social et moral, au XIXème siècle à la fois progressiste et obscurantiste si bien étudié par Philippe Murray, à ses sciences balbutiantes (psychiatrie, sociologie, histoire....), empreintes de préjugés, à son biologisme conquérant (Gobineau), à sa criminologie naissante, à son républicanisme autoritaire, à ses dames patronnesses, à sa bourgeoisie inquiète, à sa morale puritaine....en 2014....
  
LE FLEAU SOCIAL en 3 temps

 ETAPE 1 : PREMIERS SYMPTOMES
lors du spectacle


Etape 2 : 
la nuit suivant une séance au théâtre de la main d'or


 Etape 3 :
la mutation achevée


Comparaison n'est pas raison, d'autant que la répétition en histoire n'a aucun sens,  mais les éléments de langage qui se sont imposés dans l'espace public autorisent d'étonnants parallèles : les vices de la classe ouvrière ont été remplacés par les incivilités des banlieues ou sa délinquance (le sexe et plus largement le corps des classes populaires à travers notamment aujourd'hui la question du "voile"  est une constante de cette fixation du pouvoir) , les "apaches" ont pris leurs quartiers de l'autre côté du périphérique, leurs faits d'armes font toujours les unes d'une presse et de ses lecteurs effrayés, ce n'est pas le "socialisme" qui inquiète les lecteurs du Figaro (non vraiment nos socialistes ne font plus peur à personne !) mais plutôt l'islam comme menace révolutionnaire imminente et sanguinaire (le cimeterre entre les dents !), les lois sur la liberté de la presse de juillet 1881 ne sont par contre plus d'actualité, trop "libérales", il faut remettre au goût du jour le nihil obstat, l'autorisation préalable, le délit de presse et le délit d'opinion... tout cela bien sûr dans l'intérêt de tous ! Il y a bien eu une affaire Dreyfus new look mais le casting en était quelque peu différent, peu de Zola, et la gauche dans le rôle de l'action française pour demander la tête de l'histrion, le "traître", le "renégat", la Ministre de la Culture main dans la main avec un inquiétant sinistre de l'intérieur, les minorités d'hier ostracisées ne sont pas forcément celles d'aujourd'hui, la sociologie de la France a changé, pas de Pasteur pour guérir la "rage" sociale mais des Diafoirus qui se répandent en éditoriaux apocalyptiques dignes des lignes les plus mortifères de feu Oswald SPengler (le déclin de l'occident) et accompagnent de leur bienveillance la mise au pas policière de nos libertés, je ne parle de la présence française militairement parlant dans ces colonies d'hier avec toujours le souci sans doute d'apporter "bonheur et prospérité"....  il nous manque pour compléter ce tableau comparatif les anarchistes très actifs à l'époque mais en matière d'attentats et d'assassinats ils font figure de petits joueurs désormais, une crise de légitimité du pouvoir républicain qui entend affirmer son autorité sur/contre des populations rétives au "rêve français" dont elles sont depuis toujours exclues... Le XXIème siècle n'est toujours pas à l'ordre du jour.
Pour finir la saga zombiesque ou plutôt ouvrir un nouveau chapitre, alors que les bombes tombent sur Gaza, que des écoliers apprennent sans doute à compter en comptant les morts et les explosions, que l'expression "cesser le feu" va s'imposer comme un exemple mémorable d'antiphrase, je trouve cet extrait d'un nanar à gros budget World War Z; on y voit des hordes de palestiniens zombifiés prendre d'assaut Jérusalem !!! Message politique ? Ce serait beaucoup en demander, mais....


samedi 2 août 2014

DE NOUVELLES RADICALITES PREVISIBLES ET ANNONCEES...

http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/quelques-centaines-de-manifestants-pro-gaza-a-paris-malgre-l-interdiction_1562123.html
"Une Cocotte-Minute qui n'aurait pas de soupape. Telle est l'inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le « fort potentiel de révolte » perçu au travers de cette vaste enquête. « C'est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n'est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. »
Besoin d'expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n'obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d'un travail et d'un logement. Trajectoires déviées parce que l'emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l'avenir. Défiance vis-à-vis du politique… « Ce sentiment d'être privés de l'essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. »
Jamais la jeunesse, en France, n'a été aussi éduquée. Lorsqu'ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l'intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts espoirs. D'où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l'épreuve sociale qu'ils traversent. « Un ‘‘nous'' pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale. »


http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/02/25/frustree-la-jeunesse-francaise-reve-d-en-decoudre_4372879_1698637.html?xtmc=nouveau_mai_68&xtcr=55

LIEN UTILE :
POLITIQUES DE LA JEUNESSE LE GRAND MALENTENDU 


vendredi 1 août 2014

"DEFENSE DES VALEURS OCCIDENTALES" : une rhétorique "datée", une postérité déroutante...







MANIFESTE DES INTELLECTUELS POUR LA DÉFENSE DE L' OCCIDENT ET LA PAIX EN EUROPE (1935)
A l’heure où l’on menace l’Italie de sanctions propres à déchaîner une guerre sans précédent, nous, intellectuels français, tenons à déclarer, devant l’opinion tout entière, que nous ne voulons ni de ces sanctions, ni de de cette guerre.
Ce refus ne nous est pas seulement dicté par notre gratitude à l’endroit d’une nation qui a contribué à la défense de notre sol envahi : c’est notre vocation qui nous l’impose.
Lorsque les actes des hommes, à qui le destin des nations est confié, risquent de mettre en péril l’avenir de la civilisation, ceux qui consacrent leurs travaux aux choses de l’intelligence se doivent de faire entendre avec vigueur la réclamation de l’esprit.
On veut lancer les peuples européens contre Rome.
On n’hésite  pas à traiter l’Italie en coupable, à la désigner au monde comme l’ennemi commun  - sous prétexte de protéger en Afrique l’indépendance d’un amalgame de tribus incultes, qu’ainsi on encourage à appeler les grands états en champ clos.
Par l’offense d’une coalition monstrueuse, les justes intérêts de la communauté occidentale seraient blessés, toute la civilisation serait mise en posture de vaincue. L’envisager est déjà le signe d’un mal mental, où se trahit une véritable démission de l’esprit civilisateur.
L’intelligence – là où elle n’a pas encore abdiqué son autorité – se refuse à â être la complice d’une telle catastrophe. Aussi les sous-signés croient –ils devoir s’élever contre tant de causes de mort, propres à ruiner définitivement la partie la plus précieuse de notre univers, rituels de milliers d’individus, mais la notion même de l’homme, la légitimité de ses avoirs et de ses titres – toutes choses que l’occident a tenues jusqu’ici pour supérieures et auxquelles il a dû sa grandeur avec ses vertus créatrices.
Sur cette notion où l’occident incarne  ses idéaux, ses honneurs, son humanité, de grands peuples, comme l’Angleterre, comme la France, se fondent pour justifier une œuvre colonisatrice qui reste une des plus hautes, des plus fécondes expressions de leur vitalité.et n’est-ce pas leur propre mission coloniale que ces grandes puissances devraient dès l’abord abdiquer, si elles voulaient, sans imposture, défendre à Rome de poursuivre en des régions africaines, où elle s’est acquis depuis longtemps d’incontestables droits, l’accomplissement de desseins qu’elle a loyalement formulés et préparés à découvert ?
Aussi ne voit-on pas sans stupeur un peuple, dont l’empire coloniale occupe un cinquième du globe, s’opposer aux justifiables entreprises de la jeune Italie et faire inconsidérément sienne la dangereuse fiction de l’égalité absolue de toutes les nations, - ce qui lui vaut, en l’occurrence, l’appui de toutes les forces révolutionnaires qui se réclament de la même idéologie pour combattre le régime intérieur de l’Italie et livrer du même coup l’Europe aux bouleversements désirés.
C’est à cette alliance désastreuse que Genève prête les redoutables alibis d’un faux universalisme juridique qui met sur le pied d’égalité le supérieur et l’inférieur, le civilisé et le barbare. Les résultats de cette fureur d’égaliser qui confond tout et tous, nous les avons sous les yeux ; car c’est en son nom que se formulent des sanctions qui, pour mettre obstacle à la conquête civilisatrice d’un des pays les plus arrièrées du monde (où le christianisme même est resté sans action), n’hésiteraient pas à déchainer une guerre universelle, à coaliser toutes les anarchies, tous les désordres contre une nation  où se sont affirmées, révélées, organisées, fortifiées, depuis quinze ans, quelques unes des vertus essentielles de la haute humanité.
Ce conflit fratricide qui mettrait la sécurité de notre monde à la merci de quelques tribus sauvages, mobilisées pour d’obscurs intérêts, ce conflit ne serait pas seulement un crime contre la paix, mais un attentat irrémissible contre la civilisation d’occident, c’est-à-dire contre le seul avenir valable qui, aujourd’hui comme hier, soit ouvert au genre humain. Intellectuels, qui devons protéger la culture avec d’autant plus de vigilance que nous profitons davantage de ses bienfaits, nous ne pouvons laisser la civilisation choisir contre elle-même. Pour empêcher un tel suicide, nous en appelons à toutes les forces de l’esprit.

Manifeste publié dans le  le  journal le Temps le 4 avril 1935, rédigé par Henri Massis et cosigné par Thierry Maulnier, Charles Maurras, Léon Daudet, Pierre Gaxotte, Brasillach, Drieu La rochelle…)
Solidarité de la droite intellectuelle avec l’expédition de l’Italie mussolinienne en Éthiopie et refus de toute sanction internationale  (la SDN) au nom de la « défense de l’occident », au moins de sa supériorité sur les « tribus » « arriérées » et de la paix nécessaire avec un pays et un régime qui depuis quinze années avait su porter haut "les vertus essentielles de la haute humanité".


Biblio : René Rémond les Intellectuels et la politique (article, 1959)
en ligne :  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1959_num_9_4_403029
et le Tome 2 du Soulèvement de la Jeunesse d'ISidore Isou (CICK, 1972) qui comprend une lecture originale de l'expansion coloniale et de l'impérialisme loin des canons marxistes habituels et du "rôle civilisateur" de l'occident défendu par les signataires du manifeste de 1935 qui, à lire ici et là les tribunes ne sont peut-être pas hélas sans postérité.... (consultable à la BNF pour ceux et celles qui...)




le titre programmatique Défense de l'Occident fut repris  comme titre d'une revue dirigée par Maurice Bardèche de 1952 à 1982, d'inspiration nationaliste et radicale par bien des aspects....
( http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2012/03/03/defense-de-l-occident-histoire-d-une-revue-nationaliste.htm)

mercredi 30 juillet 2014

Perplexité, panique, reactions, incompréhensions : le vieux monde dans tous ses états

aujourd'hui...
Sarcelles, Barbès, Bastille, Dortmund, Francfort… et tout devrait reprendre de suite, dès le jour d’après, comme si de rien n’était, comme si rien n’était advenu… Il faudrait en somme s’habituer, accepter le train normal des choses : s’accoutumer aux ricanements des Dieudonné, s’accoutumer aux quenelles, s’accoutumer aux éruptions, aux poussées de la violence haineuse, s’accoutumer à ces horribles cris : « Morts aux Juifs !», « A mort Israël !» ; s’accoutumer… Hausser les épaules et s’accoutumer : ainsi va la France ; ainsi va l’Europe… S’accoutumer, s’habituer à l’antisionisme ce prête-nom de l’antisémitisme, se conformer à ce temps de plus en plus saturé par des cris de haine empruntés à une époque qu’on croyait révolue. S’habituer en attendant le crime suivant.
Car si le matraquage idéologique haineux n’induit pas mécaniquement le crime ; si, du délire idéologique haineux au crime, il y a un abime, une ingénierie étatique de l’extermination, n’ayons quand même pas la mémoire qui flanche : le discours de haine prépare, laboure, sarcle le terreau de l’innommable ; le discours de haine enracine par temps ordinaires l’innommable à venir comme fait naturel dans les structures mentales ; le pogrom est toujours d’abord verbal et ensuite seulement atrocité, cruauté, sauvagerie physique.
A force de regarder ailleurs, un jour nous nous réveillerons de notre amorphe conscience et il sera déjà trop tard : ça sera Kichinev, ça sera Bialystok, ça sera Wurtzbourg… Et notre part de responsabilité sera incontestablement immense : car laissez dire, laissez faire, c’est de fait participer à la propagation, à l’expansion de la barbarie.
 http://laregledujeu.org/2014/07/29/17554/antisemitisme-lachetes-et-silences/

Les manifestants propalestiniens de Paris, Nice, Lille et ailleurs constituent le vivier dans lequel se recrutent les djihadistes, et la plupart d’entre eux sont français de naissance. Mais ils revendiquent d’autres racines, une autre identité, font même allégeance à un autre pays que celui qui les a vus grandir, les a soignés, accueillis à l’école. C’est le problème, l’immense problème, que nous avons devant nous. Que leur avons nous appris ? Que leur avons-nous laissé faire ? Quel exemple leur donne Mme Taubira avec sa folle réforme du code pénal ? Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, s’étonnait, mardi, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, de voir ces questions d’identité surgir partout. Sans comprendre que la proposition de son parti, encore répétée, le 14 juillet, par son patron François Hollande, d’offrir le droit de vote aux étrangers (c’est-à-dire aux ressortissants d’Afrique et du Maghreb), était une cause de plus de la revendication identitaire. Nous allons vivre au rythme des fatwas du “calife” d’Irak et des tirs du Hamas.
http://www.valeursactuelles.com/l%E2%80%99intifada-commenc%C3%A9

Une gauche conformiste a longtemps évité de le voir : il existe bien, depuis quelques années, sur les franges d’une certaine jeunesse - dans les cités notamment - un antisémitisme d’un nouveau genre, qui prend tristement le relais des idées brunes diffusées par l’extrême droite traditionnelle. Les événements de Gaza servent ainsi de révélateur à une dégradation déjà à l’œuvre. Ainsi, il apparaît - on s’en doutait déjà - qu’on peut être à la fois exclu et intolérant, victime et bourreau, en butte au racisme et raciste soi-même.Au cœur de la République, après de décennies de pédagogie et d’appel à la mémoire, les préjugés les plus dangereux trouvent une nouvelle et glaçante incarnation. La faute n’en revient pas seulement à quelques gourous désaxés à la Soral. Une société fracturée où les élites économiques vivent dans un autre monde et où des politiques irresponsables agitent comme une torche leur obsession identitaire est également coupable.
 http://www.liberation.fr/societe/2014/07/22/dangereux_1068554

Il y a deux ans, Mohamed Merah avait représenté une sorte d’énigme pour les médias embarrassés par cette petite frappe métamorphosée en tueur, dont l’équipée sanglante révélait l’impuissance des services de renseignements français à prévenir les conséquences de l’islamisation des quartiers. Au moment du drame de Toulouse, la thèse encore largement admise était celle du profil « atypique », défendue par exemple par Gilles Kepel, celui d’un jeune djihadiste autoradicalisé ayant rencontré, sur le chemin d’un voyage initiatique en zone tribale au Pakistan, ses « frères d’armes » d’Al-Qaïda qui l’ont reconnu et adoubé. Anders Breivik, lui, avait plutôt suscité  l’hypothèse contraire : celle du bras armé d’une mouvance néo-fondamentaliste chrétienne organisée, dont Breivik devait être un simple exécutant. Mais aucune organisation suprématiste européenne ne se cachait derrière Breivik, même si la tragédie laisse craindre la multiplication possible de ce type d’explosion de violence individuelle à l’avenir. Il s’avère en revanche aujourd’hui que la mouvance fondamentaliste la plus dangereuse soit bien, en Europe, celle engendrée par les mouvements islamistes radicaux, le conflit syrien, remplaçant, dans le cœur des jeunes musulmans radicalisés, la cause palestinienne. Le recrutement de plus en plus important de jeunes djhadistes s’appuie néanmoins en partie sur les mêmes ressorts qui ont poussé un Breivik à passer à l’acte : frustration, absence d’échelle de valeur morale et fantasme de puissance. En cela le djihadisme n’est pas un corps étranger aux sociétés européennes qui existerait seulement grâce à l’endoctrinement efficace de jeunes naïfs de même qu’il n’est pas non plus un phénomène étranger à l’Islam qui ne serait que victime de la dérive fanatique de quelques-uns. Au contraire, il témoigne aussi bien du problème épineux de la relation entre religion et société dans l’Islam qu’il illustre les conséquences du sacre de l’individu moderne dont le désir de reconnaissance n’a d’égal que la frustration constante qu’il engendre dans les sociétés occidentales.
http://www.causeur.fr/portrait-de-lassassin-en-perdant-radical-28630.html

L'antisémitisme des années trente agonise et la grande solidarité antiraciste des années quatre-vingt a volé en éclats. On a affaire aujourd'hui à l'antisémitisme de ceux qui se disent les damnés de la terre, d'où l'embarras des progressistes. Ils n'en reconnaissent l'existence qu'à contrecœur et quand ils ne peuvent plus faire autrement. Ainsi parlent-ils aujourd'hui de «nouvel» antisémitisme pour un phénomène qui existe depuis près de trente ans. Cette haine ne vise d'ailleurs pas que les juifs. On l'a vu lors des manifestations qui ont suivi les victoires de l'Algérie dans la Coupe du monde, des rodéos de voiture au remplacement des drapeaux français par les drapeaux algériens sur les édifices publics, comme à Provins par exemple. Il s'agissait d'exprimer tout ensemble sa fierté nationale et son mépris pour la nation où l'on vit.
 http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/07/26/31001-20140726ARTFIG00004-alain-finkielkraut-au-nom-de-la-lutte-contre-l-islamophobie-on-sous-estime-la-haine-des-juifs-et-de-la-france.php
 comme hier...


En fait par le jeu combinée de la poussée démographique et de la mobilité sociale exigée par le développement, des postulats idéologiques de démocratisation qui régissent a priori les universités françaises depuis 1930, il s'agit de masses de jeunes que les fonctionnaires d'état à tendance idéologique , logocratique ont de plus en plus parquées sans prévision dans des campus de concentration ; ils se sentent, à l'appel des meneurs, physiquement assez forts pour "casser le système" qui extrait un petit nombre d''un plus grand (par concours et examens) et , en toute imprévision, ne voient que le présent : destruction immédiate des supériorités manifestes, après on verra.
Les opérations révolutionnaires peuvent cheminer un certain temps sous de tels couverts.
Ortega y Gasset a prophétiquement décrit dans LA révolte des MAsses, l'action de bas en haut d'un envahisseur vertical. L'un des signes les moins récusables du malaise d'une culture est de produire, trop vite et en trop grand nombre, ses propres barbares.
(...) Aujourd'hui plus que jamais, l'esprit grec devenu esprit scientifique, et l'esprit messianique devenu esprit révolutionnaire, s'opposent irréductiblement. L'existence de sectaires et de fanatiques à froid à qui la participation subjective à un corps de vérités révélées, à une gnose, donne, à leurs propres yeux, droit sur tout et sur tous, droit de tout faire et de se permettre, persiste encore en 1968 à poser une question de vie et de mort à une société qu'ils viennent de mettre une fois de plus, avec les prétendues "révoltes d'étudiants" au bord, non plus d'une guerre de religion, mais d'une forme peut-être prochaine de ce fléau historique : la guerre de civilisation.
Jules Monnerot, Sociologie de la Révolution, Fayard, août 1968

nb : pas assez "grecs", "scientifiques", "français", trop "frustrés", "identitaires", trop "d'ailleurs" pas assez "d'ici", susceptibles de tous les "pogroms", toutes les "cruautés"... Que réservent donc tous ces "vieux sages" à cette jeunesse qui les inquiète tant... la barbarie qui vient, un classique, un classique... et bien pour comprendre nos modernes "barbares", il faudrait que nos commentateurs atterrés dépassent le freudisme de comptoir, leurs préjugés de caste, leur ton apocalyptique (l'effondrement des valeurs traditionnelles..), un catastrophisme aveuglant, leurs phantasmes envahissants, le recours paresseux et déterministe à l'histoire et ses drames pour rendre compte d'un présent inédit...  Libérés de toute cette vieillerie rhétorique ils pourraient envisager plus sereinement, de manière quelque peu décalée, le désordre social ambiant ;
 
L’économie nucléaire met à la base de la sphère sociale, le désir insatisfait des biens existants ou possibles et installe comme juges provisoires, les agents du marchés, fondés sur les catégories de goût des emplois ; ceux-ci départagent par leur existence concrète le bien du mal, le normal de l’anormal.
Dès lors contrairement au freudisme et au marxisme, pour qui le normal et l’anormal dépendant des agents figés – le circuit « moral », la « censure » ou la « nécessité libidinale » suffisante chez le sexologue- ; la "mentalité" et « l’homme prolétarien » chez le philosophe économiste - en donnant au désir une force de combat certaine, grâce à l’action de l’externité créatrice, nous révélons les raisons du bouleversement et de la transformation collective des normes, de tous les domaines de la culture et de la vie.
Nous rendons l’économie responsable des névroses psychologiques individuelles et nous offrons aux impulsions psychologiques des fondements économiques, c'est-à-dire des bases quantitatives, mathématiquement formulables.
Des millions de « fous » (jeunes antisémites, nationalistes, révolutionnaires, assassins) qui échappent aux motivations psychanalytiques et qui passant entre les mains des psychiatres et de leur bavardage philosophique, sortent encore plus fous qu’ils n’y sont entrés, démontrent la nécessité et les pouvoirs futurs du territoire isouien de la science des peines- plaisirs.

 Isidore ISou
Traité d’économie nucléaire supplément  tome 1 chapitre 1 le désir paradisiaque et l’externité p.158/159 (CICK, 1972)