dimanche 31 août 2014

UNIVERSITE D'ETE SOCIALISTE : REVEILLEZ LES MORTS !




L'actuel premier ministre, est bien un ambitieux qui sans nuance a décidé de transformer un parti socialiste moribond, désormais sans doctrine, paralysé par des contractions non résolues depuis des années, en une force de frappe électorale avec pour horizon, les élections présidentielles de 2017. A l'instar d'un sarkozy minoritaire lancé autrefois à la conquête de l'UMP, notre ministre prend à rebours toute la doxa socialiste, et dans un contexte de crise où les notables de gauche s'inquiètent pour l'avenir de leur place, parvient à obtenir leur consentement et leur allégeance, alors qu'aux dernières primaires il réalisait un score peu glorieux de 5% des suffrages. Bravo... la presse s'interroge, s'inquiète ou s'impatiente (selon les officines...) : dérive libérale, réformisme enfin assumé, ou effets de manche et d'annonce qui masquent à peine l'absence de doctrine et la panique d'une majorité sans idée et sans troupe ? On évoque à propos de Valls les exemples de Blair, de Schroder, de Zapaterro, on suggère la nécessité de sortir des clivages et postures au nom d'une efficacité désirée par un peuple rongé par les démons d'une inquiétude bien légitime (chômage toujours à la hausse, succès grandissant du front national nouvelle mouture ), on s'en remet à l'homme providentiel qui dans le désert politique français peut ainsi apparaître comme un esprit visionnaire, d'une envergure "historique", amené par les circonstances à être le grand "homme" dont les manuels d'histoire et les journalistes raffolent ... l'ambitieux valls n'est pourtant ni social démocrate, ni social libéral, moins encore incarne-t-il une quelconque troisième voi(e)x ou troisième gauche... il s'inscrit davantage dans une démarche libérale/conservatrice, autant que celle-ci peut lui permettre d'espérer dans une france plus droitière que jamais ramasser les suffrages des électeurs UMP, centristes, voire frontistes, sans égard pour une gauche amenée à disparaître comme centre de gravité du paysage politique (elle le fut autrefois...). Ne cherchez pas des idées chez Valls, des convictions, un diagnostic éclairé sur l'état du pays, son arrivisme lui impose d'user de la transgression pour surprendre, déstabiliser, séduire par un volontarisme insolent et décomplexé, par sa parole débarrassée de la vieille rhétorique étatiste ; il reprend la faconde et l'argumentaire sarkozyste, en appelle à la rupture, au mouvement contre l'immobilisme de son parti et des camarades, et tout cela au nom d'une "gauche responsable" qui n'est qu'un signifiant vide agité pour rassurer les plus sceptiques... La visite de Monsieur Valls aux Universités d'Eté du Médef donne pourtant la mesure de son talent et de ses ambitions : si Monsieur Valls ne supporte pas le conservatisme de ses amis socialistes, il s'accommode pleinement des rigidités d'un patronat français particulièrement frileux en matière d'innovation ; ce dernier à travers la voix très officielle du Medef représente moins les forces vives de l'économie française, leur avenir, à savoir une puissance d'invention, de découverte et de conquête(s), qu'une officine plaidant ad vitam aeternam pour les mêmes secteurs catégoriels et leur propriétaires inquiets (les industries culturelles en sont un bon exemple, sans parler de l'automobile) . Cette séquence est particulièrement représentative de ce qu'est désormais devenue la vie politique française : une joute surréaliste entre néos, rétros et archéos, où la nouveauté de l'époque est regardée avec les lunettes des années 60 (Valls ne reprend-il pas en partie les conclusions du rapport Rueff, 1960 !?) ou 70 (le côté "lutte des classes", l'étatisme maladif, l'inintelligence économique chez les "frondeurs"). Le succès de la ligne libérale/conservatrice du premier ministre est à chercher dans l'épuisement d'une doctrine socialiste rendue obsolète, dépassée par des problèmes auxquels elle peine à donner une réponse crédible, mais aussi dans un dogmatisme réitéré de ses cadres qui finit par rendre la transgression nécessaire, indispensable voire séduisante pour un électorat qui reconnait en son for intérieur l'inadéquation du socialisme français à des mutations historiques majeures (mondialisation des échanges, succès de nouveaux acteurs économiques comme les "Brics", généralisation du numérique). Libération tente de limiter la casse symbolique en titrant sur le tournant "social démocrate" du nouveau gouvernement Valls comme si les socialistes avaient enfin gagné en maturité, renoncé à leur gauchisme infantile, protestataire... il n'en est rien, le virage économique libéral des socialistes (prêts à défendre aujourd'hui ce qu'ils dénonçaient hier comme ces 200 députés solidaires du gvt qui craignent vraiment pour leur poste) repose sur des prémisses erronées : à écouter le premier ministre, il y aurait d'un côté un patronat vertueux qui ne demande qu'à créer massivement des emplois, de l'autre des rigidités, des blocages, des conformismes... Et d'ignorer de fait les blocages, les conformismes qui font du Medef une organisation soucieuse surtout de prolonger le statu quo à son avantage (peu différente en cela de la CGT) et certainement pas ce laboratoire schumpeterien dont la France a en effet grand besoin. Les entrepreneurs qui compteront demain, qui dans l’anonymat et l'indifférence des politiques, travaillent à l'économie future, qui cherchent à entrer sur un marché déjà occupé par des vieillards satisfaits, avec des idées neuves, peuvent difficilement se reconnaître dans une organisation syndicale qui gèrent des situations acquises et des rentes ; à l'intérieur même du monde de l'entreprise, les intérêts entre ceux qui arrivent et ceux déjà là sont contradictoires voire divergents, le premier ministre choisit les seconds et ne soupçonnent même pas l'existence et surtout l'importance des premiers. Ce sont pourtant ces acteurs de l'ombre (souvenons-nous d'un Steve Jobs à ses débuts) qui ont surtout besoin d'un "choc de simplification", d'un assouplissement du cadre et des règles, bien plus que ces groupes ayant pignon sur rue qui visiblement attendent du plan compétitivité/emploi des opportunités de gain et non l'occasion de relancer l'investissement et la recherche. Mensonge du terme "social-démocrate" quand on comprend le deal passé entre le gouvernement et le Medef (j'assouplis les règles et vous me créez des emplois) dans la plus grande tradition du dirigisme étatiste, véritable ADn de la France, avec le souci exclusif de présenter aux français des résultats fussent-ils fondés sur un néant économique validé par le patronat. Mensonge du terme "social-démocrate" encore quand on note l'absence totale de toute politique sociale du gouvernement sommé de réformer, de réduire une dépense publique abyssale et sans doute notoirement inefficace dans ses affectations. Le premier ministre se fait fort de n'offrir à la jeunesse (le thème de campagne du candidat hollande !) qu'un programme d'austérité janséniste, le plaisir masochiste de suivre dans la douleur la réduction infinitésimale de la dette avec comme message subliminal une morale douteuse (nous avons dépensé, vous devez payer !) et la tentation grandissante de l'exil pour les mieux formés, sans doute effrayés par le no future français (la "french touch" comme ils disent). Réduire le volume de la dépense publique qui écrase les français sans apporter les soulagements sociaux espérés, rendre autonomie, initiative et pouvoir(s) aux citoyens plutôt que de déléguer à l'état puissance et monopole d'action, bien sûr d'autant que ce même état peut se muer en puissance d'oppression de la société (c'est le volet "neo-conservateur" de l'actuelle majorité). Tout se  passe pourtant comme si les "réformes nécessaires" (principe de réalité) exigeaient l'abolition de toute dimension sociale alors qu'au contraire c'est aussi en matière de protection et d'accompagnement qu'il faudrait faire preuve d'inventivité. Quid d'un revenu universel qui garantirait aux jeunes une autonomie réelle ? Et d'un Crédit de lancement à destination de ceux et celles qui portent des projets, veulent prendre le risque de la création d'entreprise, sans pouvoir compter sur l'aide des banques, toujours aussi dubitatives face au risque entrepreneurial, ou d'un patrimoine familial ? Enfin imposture du terme "social-démocrate" sur des sujets aussi régaliens que la formation ou l'éducation ; le dirigisme d'état ne parvient plus à masquer la médiocrité des résultats, obtenus dans le broyage des enthousiasmes, d'un ministère de l’éducation nationale qui représente le premier budget de la Nation, un mythe voire une mystification qui sous couvert de "méritocratie" organise la confiscation des places stratégiques au profit d'élites endogamiques : beaucoup de peines pour si peu de joies.... De quoi faire sourire nos amis scandinaves.
Bref, vivants si vous passez par La Rochelle, passez votre chemin, vous n'y verrez que des spectres agitant des slogans du programme commun contre un gouvernement qui découvre tatcher et reagan avec 40 ans de retard... les morts parlent aux morts....

1 commentaire:

JEAN-PIERRE GILLARD a dit…

Certes, mais tant de critiques pour si peu de solutions !