mardi 17 novembre 2009

REVUE TOTH : DEUXIEME LIVRAISON IMMINENTE !



lundi 9 novembre 2009

LES MAUVAISES PHOTOS DE MAURICE LEMAITRE

Maurice Lemaître


Mauvaises Photos Lettristes

prises n’importe où, avec n’importe quel appareil,
sur n’importe quelle pellicule, dans n’importe quel éclairage,
dans n’importe quel angle, tirées n’importe comment,
sur n’importe quel papier, etc...




une proposition de Frédéric Acquaviva





Le vernissage sera aussi l’occasion du lancement du nouveau roman hypergraphique et hypergéologique de Maurice Lemaître :


Wanted”, premier ouvrage des Editions AcquAvivA

Cet ouvrage est un appel au public (supertemporel)

dont les contre-propositions seront publiées dans un second Tome.

Vernissage le 10 NOVEMBRE 2009, 18H ( exposition jusqu'au 5 DECEMBRE 2009)
MAURICE LEMAÎTRE : MAUVAISES PHOTOS LETTRISTES

Galerie Satellite 7/9 rue francois-de-neuf-chateau 75011 paris
http://www.galeriesatellite.com/lemaitre.html

aitre.html -



mercredi 4 novembre 2009

EXPOSITION L'ANTI-CINEMA LETTRISTE

Depuis le 24 octobre et jusqu'au 22 novembre se tient à la Villa Cernigliaro (via Clemente Vercellone, 4, I - 13817 Sordevolo, Biella, Italie) une exposition consacrée à "l'Anti-cinéma lettriste" organisée par Roland Sabatier et Anne-Catherine Caron. Le titre peut sembler inhabituel et surprenant pour qui pratique même modestement les créations du groupe lettriste en ce domaine. Mais il s'agit ici d'une volonté de mettre en perspective des œuvres par référence à une norme cinématographique dominante dont elles s'écartent résolument (en l'occurrence et pour rester d'actualité les films de Roman Polanski par exemple). Pas de narration en images ici mais un traitement étendu du dispositif cinématographique revu et révolutionné dans ses dimensions hypergraphiques, infinitésimales, supertemporelles et excoordistes. Cette manifestation ne vise pas à l'exhaustivité (il s'agit d'un choix d'oeuvres qui rend compte d'un projet d'ensemble porté par les deux curators) mais elle présente l'intérêt premier de proposer une entrée plus ardue dans la cinématographie lettriste. Le situationnisme vulgarisé a en effet mis en relief la dette importante de Guy Debord à l'égard du Traité de Bave et d'Eternité d'Isou en ignorant sans doute souvent l' influence de Wolman et de son Anti-concept sur le moraliste de la Société du spectacle. Du coup, une approche superficielle fait du génial Isidore l'auteur d'un seul film, et quel film ! qui a fonctionné comme les Chants de Maldoror ou les Illuminations de la nouvelle génération... Cette manifestation s'attache donc d'avantage aux propositions post-images du cinéma d'Isou du Film débat de 1952 qui clôturait l'Esthétique du cinéma publié dans l'unique numéro de la revue ION aux côtés des scenarii de Wolman, Dufrène et Debord (le débat à propos d'un film désormais impossible constituait le film), à des propositions supertemporelles comme l'Auberge Espagnol (1965). Le catalogue comprend deux contributions : l'une de Roland Sabatier qui explicite les enjeux et la genèse de cette manifestation, les grandes étapes théoriques de cette sortie de l'image pour un cinéma qui se déploie en grande partie hors du support pelliculaire et investit autant le lieu de sa mise en oeuvre que l'imaginaire des spectateurs ; l'autre contribution d'Anne Catherine-Caron s'intéresse davantage à la singularité des propositions des artistes présentés (Isidore Isou, Roland Sabatier, Micheline Hachette, Jean Pierre Gillard...). Pour un néophyte, ce cinéma "différent" oscille entre deux pôles qu'un contemporain rigoureux nommerait le conceptuel et l'interactif, aux antipodes du simple copier/coller et du détournement d'images. Décevant ? certainement pas, mais exigeant du public un investissement nouveau dans le processus créatif, préférant aux images réelles d'avant-garde comme d'arrière-garde les ressources infinies de la virtualité toujours reconduite : film objet, film à faire, à défaire, à refaire, film imaginaire, imaginable ou inimaginable... les œuvres présentées tendent à faire concept, objet ou évènement. Bref à l'heure du multimédia et du tout internet même les plus anciennes des œuvres proposées apparaissent d'une lumineuse actualité...qui sont donc nos vrais contemporains ?


L'absence de Maurice Lemaître dont l'œuvre cinématographique est de toute première importance (en qualité et quantité) n'en est que plus regrettable : on consultera donc avec profit les ouvrages publiés par Paris -Expérimental (Oeuvres de Cinéma et son roman-film Écran Total), le classique de Frédérique Devaux Le cinéma Lettriste chez le même éditeur, et la réédition de Ion chez Jean-Claude Rocher.



Quelques liens internet :


Le Film-Débat d'Isou réalisé le 24/09 à la Villa Cernigliaro : http://www.youtube.com/watch?v=pPnbL9jhatA
Roland Sabatier : Les mots du lettrisme http://www.youtube.com/watch?v=keJOvgPytbY&feature=related
Maurice Lemaître : Le film est déjà commencé ? http://www.youtube.com/watch?v=-e10eNq6ztI&feature=related

Re-voir qui diffuse et distribue les oeuvres d'Isou et Lemaître mais aussi de nombreuses figures reconnues du cinéma expérimental contemporain (Stan Brakhage, jonas Mekas) : http://www.re-voir.com/
Les Editions Paris-Expérimental qu'on ne présente plus : http://www.paris-experimental.asso.fr/ pour un complément livresque indispensable.




dimanche 1 novembre 2009

PETIT PANORAMA DE L'INTELLIGENCE CONTEMPORAINE 2



Dans sa défense de Roman Polanski, le Ministre de la culture a eu pourtant cette justification étonnante : "je suis le ministre des artistes". Bigre, voilà bien un scoop que seuls quelques esprits avertis ont pris la peine de relever pour en souligner l'énormité (Jean-Luc Mélenchon) ! Quelle curieuse idée se fait-il donc de son mandat ? Le Ministre de la Culture aurait donc d'abord pour vocation de défendre la personne des artistes ? Un peu comme si le Ministère de l'Economie affirmait être le Ministre des Patrons.... Je pensais qu'un tel ministère avait d'abord en charge des questions de politique culturelle (promotion et valorisation de la création passée et présente, diversité et démocratisation culturelle...). Ceci n'exclut en rien les artistes qui sont bien sûr les premiers acteurs intéressés par les choix ministériels ; en cela la loi Hadopi qu'il a portée à son terme même si elle représente une très mauvaise réponse à un vrai problème s'inscrivait dans son champ de compétences. Pour autant c'est avant tous les oeuvres que son Minsitère se doit de défendre, promouvoir et porter et non la personne même des artistes surtout dans leur dimension privée. Cette confusion est d'autant plus inquiétante qu'elle semble renvoyer à une conception aristocratique du ministère des "beaux-arts" ou le souverrain assure la protection des artistes, de leur personne moyennant leurs services exclusifs (exit l'indépendance). Faut-il comprendre par là que M. Frédéric M. ira demain secourir Florent Pagny ou Johnny Halliday dans leurs démélées fiscales ? Ou plutôt faut-il comprendre qu'il s'agit d'assurer ses faveurs comme sous l'ancien régime à quelques élus et privilégiés qui font partie d'un cercle de proches amis ? Société de cours, résaux, et amitiés réciproques... en quoi ces mondanités intéressent-elles un Ministère de la culture ? Il y a erreur de casting et de recrutement !
Tout cela ne démérite pourtant pas de la Sarkozie et sans nul doute les frasques du fils de notre Président ont-elles suscité indignation et débat pour les mêmes raisons que les déclarations de Monsieur Frédric M. car chacun pouvait ici et là y deviner le copinage, la cooptation, le passe-droit, l'endogamie des élites qui sous couvert de l'intérêt général assurent avant tout la promotion et le placement, voire la défense, de leur caste, de leurs cénacles, le détournement des institutions publiques au profit des amis, des copains, des relations, le traitement d'exception... J'avais écrit dans un post au moment de l'élection présidentielle que Sarkozy pouvait séduire les externes car il en partageait la marginalité à son échelle (enfant indésiré de la chiraquie et outsider impatient) et en adoptait la rhétorique. Pour autant ce n'était qu'une posture car sous couvert de "rupture", on voyait déjà se dessiner le "presque parvenu" qui ne manquerait pas une fois installé de vérouiller les places et tous les ascenseurs sociaux pour donner de bons gages aux cercles d'installés où il cherchait à se voir reconnu. Ces internes là savaient dès le départ qu'avec lui, rien ne changerait heureusement. L'Unanimité du microcosme artistico-médiatique à l'annonce de l'arrestation de Polanski a traduit un réflexe quasi-organique, gégaire, de soutien inconditionnel et sans nuance à un pair pour qui il était demandé par principe l'immunité sous couvert de services rendus au grand art cinématographique. D'où les demandes en direction du pouvoir... qui en l'occurence ne pouvait rien faire. Charles Pasqua vient de faire exactement le même numéro cette semaine ! Imaginerait-on pareille mobilisation pour des faits similaires pour des écrivains aussi peu politiquement correct que Renaud Camus ou Peter Handke ? Bien sûr que non... les grands principes du petit milieu artistico-médiatique sont à géométrie variable !
M.Frédric M. plutôt que de défendre Roman Polanski qui pour ce faire peut compter sur ses avocats , et qui sur le plan de la vie quotidienne relève du droit commun comme vous et moi, serait bien plus avisé de soutenir les trois responsables de l'exposition "Présumés innocents", présentée à Bordeaux en 2000, qui sont tojours accusés de "diffusion d'image de mineur à caractère pornographique", en attente de leur procès. Voilà bien un dossier où on attendrait le Ministre (la "criminalisation" croissante des oeuvres). Ce n'est pas l'artiste qui a un statut d'exception au regard du droit commun mais bien l'oeuvre : qui demanderait sérieusement l'interdiction de Crimes et Châtiments pour incitation au meurtre ? C'est bien le privilège absolu de l'oeuvre que de se soustraire aux règles et contraintes qui régulent la vie en société quotidiennement, c'est cette mise en retrait qui permet à l'artiste d'explorer , d'élargir le champ de l'expérience esthétique au bénéfice, j'insiste, de l'ensemble de la collectivité. Cette liberté de création dans l'oeuvre ne se départit d'une éthique (non pas sur le terrain moral mais sur celui autrement plus exigeant de la création) et d'une responsabilité de l'artiste au regard de cette liberté, et aussi de cette confiance, qui lui est ainsi accordée. Mais l'époque est aux artistes sans oeuvres, qui n'ont à offrir au public que leur personne, le petit tas de secrets qui les constitue, leurs nombreux coming out et anecdotes biographiques, et sur ce plan là La Mauvaise vie en est la plus exemplaire illustration. L'autobiographie reste cependant une pratique littéraire qui comme toute bonne littérature a ses ambiguités, ses contradictions, ses amnésies et ses polysémies, ses rapports équivoques avec la vérité et le réel et très peu à voir avec la parole politique. Les références avancées (Gide, Genet, Wilde, Proust) pour défendre le texte de Frédéric M. prêtent à sourire : ces quatre là pouvaient brillamment se prévaloir d'avoir crée une oeuvre (et quelle oeuvre !), un style, ou plutôt une écriture dans laquelle des générations d'écrivains à venir viendraient à leur tour trouver la passion de noircir du papier. Gide, Genet, Wilde, Proust, Frédéric M.... cherchez l'erreur ! Comme hier Rimbaud, Orelsan ! Cherchez l'erreur ! Baudelaire, Flaubert, Frédéric M. ! Cherchez l'erreur ! Passolini, Polanski ! Cherchez l'erreur !

PANORAMA DE L'INTELLIGENCE CONTEMPOARAINE I




Décidément, l'actuel Ministre de la Culture à chacun de ses pas soulève polémiques et indignations. Bien sûr la culture est peu concernée par cette curieuse agitation et tout cela relèverait tout au plus dans un monde déniaisé de la rubrique des faits divers ou des chroniques mondaines pour stars déclinantes et groupies ménauposées... Hélas, ici, maintenant c'est le débat du moment : M. Frédéric M. a-t-il fait l'apologie du tourisme sexuel ? Voire pire de la pédophilie ? Le viol est-il un truc « fun », « cool », « tendance » quand il est le fait d'un artiste universellement reconnu et au destin ô combien tragique (Le Guetto de Varsovie,. Charlie Manson et Sharon Tatte..) ? Certes, certes, au delà de l'anecdote cette autre petite fable post-moderne s'avère être riche d'enseignements malgré la médiocrité de tous les figurants (à commencer par M. Frédéric M. mais aussi Finkelkraut, BHL et leurs adversaires potiches que sont les ligues vertueuses de la pédo-philie associative et de quelques officines féministes assez bien inspirées pourtant).
Retour sur l'évènement : le cinéaste R. Polanski est arrêté en Suisse dans des conditions en effet douteuses et peu fair-play, il est en effet recherché pour une sombre affaire de mœurs qui remonte aux années 70 et a trouvé refuge en France afin d'éviter et le procès et la prison. Le positionnement de Monsieur Frédéric M., ministre d'Etat, en faveur du très populaire R. Polanski, le lyrisme maximaliste à la limite du grotesque déployé en la circonstance (« Si le monde de la culture ne soutenait pas Roman Polanski, ça voudrait dire qu’il n’y a plus de culture dans notre pays/ Je pense que tous les Français doivent être avec Polanski dans cette épreuve" ), le déni portant sur les faits (aucun de ses défenseurs hexagonaux ne semble même envisager que leur sympathique cinéaste aie pu commettre les faits pour lesquels il est poursuivi dans leur crudité) ont cependant installé le trouble et la confusion au détriment du ministre qui est vite devenu la cible de l'emballement public et du délire internautique. M. Frédéric M. devant le buzz grandissant contre sa personne, les allégations et accusations venues de la presse, de l'extrême droite mais aussi de la gauche (Walls et Hamon) a fini par sortir de sa réserve aristocratique et, final sordide, est venu à un journal de 20h00 démentir tous les fantasmes nauséeux qui enguirlandaient sa personne. Chacun aura donc tenu à la perfection son rôle dans cet opéra comico-pathétique à deux balles et personne n'en sort grandi :
D'abord les partisans de R. Polanski : on a vu à cette occasion combien des faits identiques peuvent se voir qualifiés différemment selon l'appartenance sociale de leur auteur. Un viol sous Ghb conduit aujourd'hui le premier Don Juan râté devant une cour d'assise, mais s'il s'agit d'une personnalité notoirement établie dans le domaine des arts comme Roman Polanski, les uns évoquent avec nostalgie l'époque libertaire et libertine des seventies légères et défendent à travers polanski le souvenir de leur jeunesse révolue, les autres dénoncent avec des airs graves de démocrate devant la bête fasciste un retour de l'ordre moral, voire une forme de « barbarie » qui se confond comme dans la tête vide de M. Frédéric M. avec le klux klux klan, les armes en vente libre, la peine de mort, le refus de l'avortement... Autant de figures de l'amérique archaïque contre qui tout bon boyscout progressiste doit se mobiliser et agir. Procès de la révolution culturelle et sexuelle à travers l'affaire Polanski ? Retour en force des réacs, du vieux monde de la morale restrictive...
Bien sûr il n'en était rien, et c'est bien en cela que cette farce est emblématique d'une post-modernité qui agite dans un théâtre d'ombre dérisoire les faux-semblants et leurs justifications vides. Car qui trouvait-on pour demander que la justice passe, y compris pour M. Polanski , pour demander qu'on ne banalise pas le viol comme une « affaire sans importance » ? des bigots et des dévotes ? Non, les descendants naturels de la révolution culturelle et sexuelle des sixties, de ses idéaux démocratiques, de son refus des hiérarchies et des figures d'autorité (papa, patron, professeur) au premier rang desquels les féministes, mais aussi les quadras socialistes....
Si il y en avait bien un qui faisait ringard dans l'histoire c'est ce pauvre Polanski soupçonné d'avoir pratiqué tel un seigneur sorti de sa féodalité le droit de cuissage dans un monde où les valeurs démocratiques sont universellement admises et où la contrainte des corps et des esprits est perçue comme une anomalie sociale et morale. Anachronique mon vieux Roman ! Heureusement Marine lepen était là, dans le rôle de l'irréductible archaïque, de l'empêcheur de jouir tranquille, heureusement ! car sans elle tout ce beau monde aurait fini par comprendre qu'ils parlaient tous du « même lieu » comme on disait en 68 (je te tiens, tu me tiens par la barbichette) et que leur querelle était de fait bien vaine sauf à en interroger la racine commune et parodoxale : moderne contre moderne (Total respect pour Philippe Murray qui nous manque vraiment devant de pareils trésors de la bêtise extraordinaire), partisan de la liberté des mœurs, défenseur du jouir sans temps mort et sans entrave contre défenseurs de l'émancipation et critiques du vieux patriarcat.... Les réactions à l'occasion de l'arrestation de Polanski ne témoignent donc en rien d'un retour de l'ordre moral ainsi que quelques commentaires hâtifs et sans profondeur (le très consternant BHL) le suggéraient : c'est au contraire l'extension sans limite de la vie démocratique issue du joli mois de mai qui fait que ce qui hier était supporté dans tous les sens du terme (le dépucelage forcé par un adulte mais aussi la violence physique des professeurs dans les écoles par exemple) sous l'indifférence d'un ordre social et symbolique, ne l'est plus aujourd'hui. On peut s'en réjouir ou le déplorer ou en rire mais les petits enfants de mai 68 n'ont pas démérité de leurs grands-parents. Mentionnons enfin au passage qu'à ce petit jeu du réac vs progressiste certains se sont trouvés confondus par leurs propos : que penser de Finkelkraut s'échauffant contre les bas instincts homicides et guillotins du peuple réclamant la tête de Polanski et qui prenant maladroitement la défense de ce dernier (solidarité artérielle ?) finit par lâcher : "Sa victime, la plaignante, qui a retiré sa plainte, qui n'a jamais voulu de procès public, qui a obtenu réparation, n'était pas une fillette, une petite fille, une enfant, au moment des faits.C'était une adolescente qui posait dénudée pour Vogue homme" (Entretien sur France Inter). C'est toujours un choc de voir un brillant intellectuel (si, si...) rattrapé par un impensé dont on le pensait a priori exempt : quel vieux cliché sexiste ! Qui pose nue mérité d'être violée ? Syllogisme du sexisme ordinaire : une fille respectable ne pose pas nue, or cette jeune fille a posé nue, donc cette fille n'est pas respectable... Le respect n'est du qu'aux filles respectables, or..., donc.... quelle misère...
Mais tout cela vient trop tard, 30 ans après... Alors oui, la justice doit passer et être juste : désolé de faire aussi plat mais en la circonstance, c'était bien le seul commentaire qui s'imposait, au lieu des emballements hystériques et autres procès en sorcellerie ou copinages germanopratins.

jeudi 22 octobre 2009

UNHAPPY HADOPI

L'adoption en deuxième lecture d'une version « améliorée » de la très controversée loi Hadopi 2 semble avoir calmé provisoirement les esprits...mais personne n'est dupe, les problèmes auxquels cette loi a voulu répondre sont loin d'être réglés. Dans la passion des discussions, les prises de position maximalistes des uns ou des autres, les appels délirants à des grands principes de manière pour le moins outrancières, il était difficile de distinguer la totalité des enjeux du débat, ceux clairement prioritaires et ceux davantage anecdotiques. Le clivage gauche/droite particulièrement affectionné en France a fait illusion quelque temps (une droite « dure », « répressive » versus une gauche « cool », « compréhensive »), mais l'intervention inattendue de Lang a brisé cette aimable fiction montrant s'il en était besoin que chaque famille politique est loin d'avoir l'unanimité en son sein sur cette question. Si Hadopi est un pis-aller qui ne satisfait vraiment personne, il faut pourtant en préparer la relève, sur la base de cette révolution permanente que constitue pour longtemps internet. Plusieurs logiques dans ce débat se sont télescopées :
Hadopi se focalise essentiellement sur ce que l'on pourrait qualifier le « cyber-transgressif » (évitons de « criminaliser » et laissons l'appellation de cyber-délinquant à d'autres !) : l'internaute qui ayant acquis un ordinateur et un libre accès à internet veut légitimement jouir de toutes les ressources que lui offrent ces nouvelles technologies ; sur le chemin de son « bon plaisir », il butine et va émerveillé de sites en sites, rapportant de ses interminables explorations mouts trésors... Quand soudain surgit de la cyber-jungle le grand méchant Hadopi !!!! Voilà bien la base d'une fable post-moderne ! Dans un premier temps, c'est donc sur l'internaute que se sont arrêtés les débats : pour l'accabler (qui télécharge illégalement un fichier vole un vélo !) ou le défendre (le droit à l'information et à la culture doit l'emporter sur le corporatisme des auteurs !), la loi se proposant donc de manière graduée de « changer les comportement », d'apporter un peu de civilité, et de régulation. A ce niveau là du débat, j'ai noté les contradictions terribles que la gauche devait douloureusement surmonter : devait-elle prendre le parti des auteurs contre les internautes quitte à s'aliéner ces derniers ? Le téléchargement compulsif (comme il y a des achats compulsifs...) a-t-il vraiment à voir avec une défense inconditionnelle de la démocratisation de la culture ? Tout avoir pour rien nous rapproche-t-il d'un monde post-luttes des classes, peuplés de lutins et de fées libertaires, ou davantage d'une préhistoire dominée par les prédateurs qui siègent aux conseils d'administrations des grandes entreprises cotées en Bourse ? Quid du financement de la culture (notamment le cinéma) si celle-ci ne se décline désormais que sur le mode de la libre circulation et de la gratuité (retour/recours du mécénat ? Fonctionnarisation des artistes, créateurs et travailleurs culturels ?) ?
Pourtant, sans négliger la place de l'internaute dans la discussion, force est de constater que la révolution internet est moins le fruit d'un bouleversement des comportements individuels que d'une lutte industrielle féroce entre deux pôles qui auraient pourtant tout intérêt à s'entendre : une industrie culturelle installée avec ses marchés, ses réseaux (musique, cinéma, livres), ses rentes, et d'autre part l'industrie des communications qui n'a cessé de prendre de l'importance depuis ces dix dernières années. Pour faire simple, sans être caricatural, si il y 20 ans la communication était un exercice obligé pour assurer la promotion d'un film, on peut dire qu'aujourd'hui la logique est totalement inversée : c'est le film qui est le produit d'appel destiné désormais à promouvoir le fournisseur d'accès, acteur central de ce nouvel ordre technologique qui est aussi un nouvel ordre économique. Le « piratage » a toujours existé (que l'on se souvienne des pressages italiens des Beatles ou des copies venues de l'est) et existe toujours (en Afrique les copies officielles sont rares !) mais il ne jouait qu'à la marge d'un système dont l'ensemble des acteurs trouvaient des droits, des revenus, des positions reconnus et garantis par la loi. Aujourd'hui la libre circulation des fichiers, facilitée par les innovations technologiques, est devenue le cœur même de la révolution internet. Les positions d'hier vacillent (le manque à gagner est énorme), les acteurs installés n'ayant pas anticipé cette mutation se sont efforcés via un volet répressif de sauver les meubles puis de prendre l'histoire en cours avec plus ou moins de succès (les plateformes de téléchargement légal sont arrivés bien tardivement), il n'en reste pas moins que même si le consommateur est le grand bénéficiaire provisoire de cette dématérialisation de l'offre culturelle (exit le support, ses coûts et ses intermédiaires !), c'est surtout au profit des nouveaux acteurs économiques de l'immatériel que ce procès du support se fait (prestataires de services, mais aussi fabricants d'Ipod et autres gadgets technologiques à forte plus-value). So what ? Exemple typique de « destruction créatrice », étape ultime de la post-modernité économique qui verrait célébrer les noces d'un super-capitalisme conquérant et du gauchisme collectiviste ? Il n'y aurait pour contester ce brave new world que les tenants du vieux monde, attachés à leurs rentes et leurs privilèges ? Ou quelques mauvaises langues bien connues pour tirer sur tout ce que le monde présent peut offrir en matière d'innovations et de « progrès » ?
Rien n'est moins sûr... Certes, les industries culturelles voient leurs monopoles fortement contestés par la libre circulation des fichiers ; cette crise, elles ne l'ont pas souhaitée mais l'incapacité à réellement faire leur job, leur intégration dans des ensembles de plus en plus vastes, sans rapport aucun avec leur coeur de production initial (Que l'on se souvienne de Vivendi Universal et de son icône Jean Marie Messier et que l'on regarde le monde des livres aujourd'hui). Les années 90 ont vu le succès du nouveau format Cd sur le vieux vinyl mais cela n'a guère été dans le sens d'une baisse des coûts unitaires et d'un surcroît de signatures de nouveaux talents. Bien au contraire, les phénomènes de concentration propres aux bureaucraties de type capitaliste se sont traduits par la création de grands groupes multidisciplinaires où la production dite culturelle n'est qu'une activité parmi d'autres, soumises à des obligations de rendement qui privilégient de fait les block-busters aux artistes débutants, le conformisme esthétique à l'audace, la diversité et à la prise de risque... Les acteurs de l'industrie culturelle ont eux même par leur inertie contribué à se couper des artistes qui ont immédiatement vu l'intérêt d'Internet pour promouvoir leur travail, lui donner une visibilité quitte à reporter à plus tard la question d'un éventuel retour sur investissement. Il n'en a pas toujours été ainsi et ceux, théoriciens du piratage généralisé, qui justifient le téléchargement illégal en pointant d'un doigt accusateur les « majors » gourmandes et peu soucieuses des artistes, n'oublient que ces acteurs de l'industrie culturelle ont d'abord joué un rôle d'indispensables propagateurs, qu'à l'origine, il y a toujours eu un rêve, une ambition, voire un combat pour imposer dans l'espace public des esthétiques, des artistes et des œuvres qui étaient loin d'être consensuelles : Daniel Miller en Angleterre a signé Depeche Mode après les avoir vus en concert dans un pub sur son label Mute qui a promu des artistes des premières vagues électroniques : ce fut à la fois la maison de disque de Moby et celle de Diamanda Galas, Laibach, Boyd Rice..., Rough Trade le label de Geoff Travis reste un des grands fleurons en matière de pop et ce depuis 1977, malgré quelques vicissitudes financières, John Zorn de son label Tzadik propose un impressionnant catalogue de musiques contemporaines et nouvelles, et que dire des méritants « Metamkine » et Orkhestra, ou encore de Sub-Rosa... Et on pourrait multiplier les exemples dans le hip hop, les musiques électroniques, le metal pour ne s'en tenir qu'à la pop-culture... La maison de disque, même modeste, sans budget, underground, permettait d'accéder à une reconnaissance symbolique et sociale (voir son premier disque – même tiré à très peu d'exemplaires - dans les bacs comme pour les écrivains de corriger les premières épreuves) et hypothétiquement économique, elle pouvait transformer un désœuvrement ou un loisir en un possible succès social, et en signe fort de reconnaissance en même temps qu'elle apportait des valeurs esthétiques nouvelles. Même à l'heure des artistes/internet la signature avec une maison de disques, la sortie d'un disque et le concert, restent des moments forts en terme symbolique même si une partie essentielle de la communication de la musique se fait via le flux de la toile (Le succès en vente des Artic Monkeys découverts via myspace en est un bon exemple).
Pour autant, le libre accès technique théoriquement illimité à tous les contenus audiovisuels du web ne règle pas tous les problèmes : on peut légitimement critiquer le conservatisme des majors, leur « financiarisation », leur abandon d'une politique ambitieuse en matière de découverte et de lancement de nouveaux talents, mais au moins avaient-elles vocation à investir les gains réalisés dans le domaine musical. Et qu'en sera-t-il demain des fournisseurs d'accès qui tirent un grand bénéfice du travail des autres (cinéastes, écrivains, chercheurs, musiciens...), sans pour autant en rétribuer le travail ? Les artistes doivent-ils désormais se réjouir d'avoir changé « d'exploiteurs » au nom d'une plus grande visibilité de leur travail ? Car dans ce procès permanent des intermédiaires, même les artistes finissent par devenir encombrants (les fameux droits d'auteur)... on oublie cependant un peu vite quelle avancée cela a constitué pour les auteurs et artistes (en terme notamment d'indépendance au regard du pouvoir politique) et combien la possibilité de vivre de son travail a suscité des vocations (Si ! Si ! Plutôt punk qu'ouvrier en usine !). Sans parler d'une diversité qui est en partie liée à cette viabilité économique.... Dans les arguments pour un téléchargement libre et sans contrainte ni contrepartie, on voit revenir les vieux rêves des utopies gauchistes qui à défaut d'avoir prise sur le monde réel reportent sur la toile leur vieux rêve de démocratie culturelle absolue aux cotés de... Google ! Les discussions sont en cours, elles n'excluent pas des recours devant les tribunaux y compris Google qui se trouve obligé désormais de négocier a minima avec les syndicats et organisations qui représentent les auteurs, les éditeurs... mais on voit bien que sous couvert de « démocratie » la nouvelle donne cherche à passer en force, sans égard pour les créateurs et producteurs sans qui pourtant le web serait une toile bien vide.
Cela m'amène à un dernier point : celui de la justice sociale qui d'ailleurs est brandi comme l'étendard absolu face à toutes les restructurations liées à la globalisation « marchande » ; on imagine mal un monde où les artistes seraient des sous-citoyens ne bénéficiant pas des droits et garanties par ailleurs accordés à l'ensemble des autres citoyens notamment en ce qui concerne la possibilité de tirer un revenu de son travail, condamnés donc à créer en remettant leur survie au bon-vouloir d'un éventuel mécène ou de la compassion du public (un peu à la manière des artistes de rue)... Je l'imagine d'autant moins que la diversité et l'abondance en matière de productions/créations reste liée à l'existence d'un marché du livre, de la musique et du cinéma, n'en déplaise aux ennemis définitifs du marché, et à la rétribution de ses acteurs, et que la disparition du dit marché conduirait sans nul doute à un appauvrissement qualitatif de l'offre. Que nenni répondent en cœur les évangélistes du nouveau monde immatériel : il est fini le temps de l'artiste spécialiste, désormais chacun peut accéder aux contenus et interagir avec eux un peu à la manière d'un Marx dans ses rêveries les plus fumantes : chacun peut être toute à la fois journaliste, artiste de variété, penseur, vidéaste.... sans doute entre 19h00 et 23h00... Et pourtant, c'est bien cette division des taches, des domaines et des attributions qui permet à chacun de ceux-ci de se ramifier toujours plus, d'aller d'approfondissement en renouvellement et non de végéter dans un butinage de surface. La division du travail loin d'être une malédiction s'avère être un extraordinaire accélérateur qualitatif. La disparition de cette division ouvre en effet à la multiplication sans fin des œuvres de chacun hors de toute spécialisation : bout de concerts filmés de manière déplorable sur youtube, films de vacances sur fond d'electro-pop maison « cheap », demos qui en d'autres temps n'auraient jamais quitté le garage qui avait servi de studio d'enregistrement... mais que gagnons-nous véritablement dans cette prolifération de contenus (a)variés ? Les derniers concerts de Prince à Paris donnent un avant-goût de l'avenir : une musique universellement accessible sous format fichier et des manifestations/évènements rares, à un prix très élevé, uniques et non reproductibles. Les contenus sont désormais librement accessibles mais le temps devient le nouveau critère de division sociale : le temps est argent et le moment artistique vulgarisé sous format reproductible rejoint comme manifestation le domaine jamais aboli de la rareté symbolique et économique, avec tous les risques de bulles spéculatives.
On a vu à l'occasion de loi Hadopi que les artistes étaient divisés sur l'attitude à adopter : les uns sont prêts à céder sur la question du téléchargement illégal dans la mesure où ils peuvent escompter une rétribution de leur travail venue d'ailleurs (multiplication des concerts et des festivals, participation à des pubs, des bandes originales de films, commandes d'Etat...). D'autres restent attachés à un contrôle de leurs œuvres et voient d'un mauvais œil une libre circulation qui s'apparente à un pillage... Si l'intérêt de fournisseurs d'accès comme Google est de pouvoir compter à moindre frais sur le maximum de contenus audiovisuels, il n'est certainement pas dans l'intérêt de la société et des usagers de laisser les artistes sans revenus, ce n'est pas seulement une question de justice sociale, mais c'est aussi une condition de la diversité et de son foisonnement créatif. Le bouleversement technologique du web oblige à terme à trouver un nouveau modèle économique, de nouvelles normes juridiques et un consensus social qui permettent d'articuler des intérêts divergents des opérateurs en nouvelles technologies, des usagers et des artistes. Pour l'heure il est plaisant de voir que souvent les plus ardents défenseurs du téléchargement libre déploient une rhétorique que les promoteurs de la mondialisation cannibale ne réfuteraient pas. Et plaisant de voir que les vrais amateurs de musique n'hésitent pas à lancer des cyberlabels sur les modèle des souscriptions des libraires du XIXème afin de palier au manque d'ambition des maisons de disques et de financer de nouveaux artistes via le web. Voilà qui nous amène loin de la jungle de téléchargement compulsif et consummériste...

TERRORISME INTELLECTUEL : SECOND COMING !