mercredi 16 janvier 2019

LE NOUVEAU MONDE ?

                                                                                       

mardi 15 janvier 2019

COMMENTAIRES SUR L'ACTE IX


- Mouvement des gilets jaunes acte IX : officiellement plus de participants et moins de violence, sans doute, sans doute, mais quand même elle prend encore des formes spectaculaires et sidérantes.... le caractère "composite" des manifestants n'explique pas cette montée en tension, les enragés et les ultras ne redoutent pas le coup de force, ils attendent l'action d'éclat, n'importe quelle occasion peut favoriser une "situation" ; croient-ils que la société dans sa majorité basculera dans le renversement du pouvoir et une insurrection généralisée ? les sympathisants situationnistes à Strasbourg ne procédèrent pas autrement, élus à la tête du association étudiante proche de l'Unef ils publient la brochure De la misère en milieu étudiant sur les fonds de la dite structure avant de la saborder ; un bel exemple de putsch qui refusait par avance toute prise de pouvoir. J'ai bien rencontré lors de la dernière manifestation des jeunes gens qui ne rêvent que du retour du Roi, du grand soir nationaliste révolutionnaire ou de la fin de la propriété privée et de "l'ordre marchand". Mais force est de constater, n'en déplaise aux commentateurs attitrés, que la grande référence historique de beaucoup de gilets jaunes n'est pas à chercher du côté du fascisme, des ligues d'extrême droite, de Mai 68 ou du Front Populaire, mais bien plutôt du côté la révolution française ; les images, les symboles, la rhétorique tout rappelle la geste révolutionnaire comme s'ils se représentaient comme un tiers-état invisible, surnuméraire, sans voix, "subalternes" condamnés à la survie réduite à la routine consommer/produire et nourrir par leurs efforts le train de vie d'un état social qui les ignore, voire les méprise. C'est sans doute l'aspect le plus intéressant et le plus déroutant du mouvement dans le paysage politique français que de représenter une critique plutôt libérale et/ou libertaire de l'Etat et de sa bureaucratie tentaculaire ; La France Insoumise y reconnait comme une avant-garde qui porte ses propres promesses électorales ; sans doute le RIC et les demandes de renouvellement de la vie démocratique annoncent-ils la fameuse VIème république théorisée par Jean Luc Mélenchon, mais la critique d'une fiscalité de plus en plus lourde au regard de revenus qui sont souvent plafonnés pour ces perdants du "marché mondial" n'appelle pas chez eux des revendications en termes de renforcement de l’État et de ses prélèvements (plus d'administration, plus d'agents de l'état). Bien au contraire c'est d'emblée à une réduction des prélèvements directs et indirects qu'invite le mouvement des gilets jaunes, ce qui laisse dans la plus grandes perplexité la droite et la gauche institutionnelle, et notre Président qui se demande comment on peut à la fois revendiquer une amélioration des services publics et une diminution des prélèvements ; et pourtant... le coût de l'Etat au local comme au au global est largement analysé et documenté par les différents rapports de la Cour des comptes qui s'empilent sans effet jusqu'à ce jour ; ce que demande les Gilets jaunes sans aller jusqu'à l'utopie d'une "société sans l'Etat", c'est de retrouver un pouvoir d'initiative, une autonomie à la fois économique et politique (voilà bien qui en fait les héritiers inattendus de mai 68, de l'autogestion et de la critique de l'état bureaucratique) comme le démontrent les Gilets Jaunes de Commercy. On comprend dès lors les réserves ou l'attentisme des syndicats et des partis de gauche (à l'exception de La France Insoumise) qui s'inscrivent plutôt dans une culture étatiste (un problème = plus de moyens pour l'Etat et de fonctionnaires) et peinent à reconnaître dans ce mouvement d'inspiration sans doute trop libérale une mobilisation qui corresponde à leur vision de la "question sociale". J'en tiens pour preuve la fameuse "solidarité" qui justifierait selon nos étatistes impénitents la prolifération d'une bureaucratie d'Etat (et ce n'est pas une expression péjorative ici) ; or, des hommes et femmes, peu politisés, ont spontanément trouvé le sens de l'action collective, crée des communautés d'expérience, de lutte et une fraternité sur les ronds points sans besoin d'une quelconque "administration du bonheur et du malheur" ; certes la puissance publique, ses ressources, ses moyens, son savoir-faire, sa logistique sont indispensables à la mise en oeuvre de solutions durables aux problèmes qu'ils rencontrent dans leur vie quotidienne ; mais ces occupants/manifestants ont démontré qu'ils pouvaient inventer des "sorties de crise" hors du périmètre de l'Etat ;  à gauche, on oublie souvent que Marx espérait un dépérissement de l'Etat non son renforcement. 

- Si la gauche intellectuelle se mobilise enfin (voir la déclaration des 250 intellectuels publiée par Mediapart), c'est qu'elle a compris que l'histoire était pleine de ruses et qu'un mouvement de colère fiscale pouvait ouvrir à des questions bien plus larges, dépassant toutes les classes et les catégories sociales, leurs intérêts ponctuels, et ne laissant indifférent personne. Le pouvoir exécutif a semblé chanceler, il est apparu quelques semaines totalement groggy, comme sonné par ce mouvement qu'il avait d'abord traité, comme autrefois un certain Général face à la colère étudiante, avec dédain ou condescendance. Il tente depuis de reprendre l'avantage avec l'ouverture attendue d'un grand débat national aux contours encore flous ; je lis ici et là toutes les réserves qu'il inspire du côté des gilets jaunes, voire de l'opposition qui pense à tort tenir là sa revanche. Mais sérieusement, il faut ici relire Lénine et Isou ; la politique de la chaise vide, du romantisme révolutionnaire (1789 et ses spectres) ne sera d'aucune aide, une démission de Président, ou une dissolution de l'Assemblée, ne mettrait pas au pouvoir une majorité issue du mouvement, pas même sans doute, une minorité relative ; n'oublions pas le reste des concitoyens, majorité silencieuse, même ceux qui encore majoritaires expriment une sympathie pour le mouvement et ses revendications, que feraient-ils en cas d'élections organisées à la suite d'une dissolution ? inquiétés par le désordre et l'amateurisme du gouvernement, les faiblesses des parlementaires LREM, ils rééliraient sans doute le président actuel, mais reporteraient pour les législatives leurs suffrages sur des figures éprouvées, capables de tenir le pays malgré les turbulences. Beaucoup prophétisent un succès du Rassemblement National, rien n'est sûr à mes yeux ; on pourrait tout à fait voir revenir les deux partis de gouvernement PS et LR, aujourd'hui zombifiés, au terme d'une crise où les électeurs guéris de tout aventurisme privilégieraient l'expérience à l'ouverture et la jeunesse qu'a représenté le succès de LREM aux dernières législatives. Le retour du vieux-monde... De ce point de vue le mouvement des gilets jaunes n'est guère différent de la majorité actuellement aux affaires : mouvement d'outsiders/amateurs venu d'une base sociologique plus large que LREM, hors des partis et des syndicats, sur le modèle d'une horizontalité à l'image des réseaux où leurs colères, leurs révoltes se rencontrent, se découvrent, s'additionnent et font mouvement, jusqu'à venir perturber l'ordre bien réel. Beaucoup s'agacent de cette immaturité, ne comprennent pas que ces révoltés 2.0 ne suivent pas les usages et les protocoles de la tradition des luttes et du dialogue social ; j'ai même lu un Bernard Girard rageux, dans une verve désormais signature du ministre Castaner, écrire tout le mal que lui inspire ces "beaufs rouges-bruns" qui je cite "n’ont ... produit ni projet social ni analyse digne de ce nom des mécanismes économiques et sociaux" I C I; Bigre, les gilets  jaunes ne sont pas enseignants à Sciences-Po, titulaires d'une chaire universitaire... ils sont incapables de produire en deux mois une théorie critique et globale de la société contemporaine ! Scandaleux... heureusement les vrais spécialistes de la critique sociale, largement pensionnés par l'Université d'Etat, produisent eux au moins des théories critiques, que personne ne lit d'accord, sauf leurs étudiants qui constituent sans doute leur seul public... consternant ! On reconnaît toute la délicatesse de ce petit monde lettré, ces insurgés et insoumis de salon qui vitupèrent contre la domination, le capitalisme, les inégalités et injustices, qui veulent bien parler du "peuple", des indigents, des indigènes, des exclus, des estropiés, des humiliés, des offensés, mais à condition que tout ce bas monde ferme sa gueule ! les fautes d'orthographe, l'expression maladroite de certains porte- paroles des gilets jaunes, les incorrections et approximations de leur verbe n'enlèvent rien à leur exigence de reconnaissance, de dignité et à leur révolte salutaire... je laisse ce genre d'atermoiements aux intellectuels fonctionnarisés et à leurs préjugés de caste. D'ailleurs je trouve que ces novices en insurrection apprennent vite, parfois dans la plus grande confusion. Les spécialistes qui "s'autorisent à penser dans les milieux autorisés" n'y entendent rien ; qu'ils relisent les textes de Marx et de Lénine, une partie non négligeable de leur littérature est consacrée aux questions organisationnelles : que faire ? quelle stratégie ? quelles alliances ? que l'on se souvienne de l'opposition de Lénine à Rosa Luxemburg, des discussions interminables sur la question de la fin et des moyens. C'est ce travail théorique là qui a permis au mouvement communiste de connaître, pour le meilleur et pour le pire, des succès historiques. Les dissensions que l'on commente au sein des gilets jaunes, les contradictions, les tensions entre certaines figures plus médiatiques, les "coups bas" des uns contre les autres... tout cela n'est guère nouveau ; cela fait plusieurs semaines que des personnes qui jusque là menaient une vie banale, avec des vicissitudes finalement très banales, se trouvent embarquées dans une aventure qui en aurait effrayé plus d'un, les voilà avec des responsabilités inédites comme figures d'un mouvement qui les dépasse, découvrant en temps réel le conflit et les luttes sociales, sous pression à la fois d'une base qui se méfie de toute verticalité et d'acteurs institutionnels qui les désignent comme les fomenteurs de la sédition... et elles sont toujours là bien décidées à transformer cette révolte improvisée en un succès irréversible, c'est-à-dire la mise en place d'un Nouveau Contrat socail. Je distingue pour ma part deux lignes qui d'ailleurs ne s'excluent nullement : d'un côté la tentative de dépasser l'opposition de rue en un mouvement organisé, structuré à même de peser dans la forme académique du débat public et qui sait dans les urnes lors de prochaines échéances électorales, sur la base d'un corpus de revendications programmatiques (Gilets Jaunes le mouvement dont Hayk  Shahinyan et Ingrid Levavasseur sont les figures les plus connues, Gilets jaunes libres dont le représentant est Benjamin Cauchy...), de l'autre, un mouvement de manifestation et d'occupation de l'espace public (La France En Colère !!!/...), avec des exigences absolues ("Macron démission" autrement dit défaire le pouvoir actuel, organiser de nouvelles élections législatives avec l'idée que le mouvement pourra ainsi être représenté à l'assemblée nationale). Inutile de faire des plans sur la comète, ce mouvement est inédit par bien des aspects, il déjoue toutes les tentatives de réduction à des modèles antérieurs mais je peux au moins formuler une hypothèse ; la contre-manifestation en soutien au Général De Gaulle en 1968 a été un succès, si le Général a fini par démissionner, les élections législatives suivantes ont sonné la fin de la réaction, la gauche a été écrasée et il faudra attendre 1981 pour voir enfin la gauche accéder au pouvoir. L'extrême gauche (Ligue communiste, Lutte ouvrière, Parti des Travailleurs), les écologistes feront toujours des scores insignifiants, il n'y a jamais eu de liste estampillée Mai 68 mais ce qui est acquis c'est que les idées, aspirations exprimées lors des folles journées de mai n'ont cessé dès lors d'infuser dans l'ensemble du spectre politique, de la gauche à la droite et qu'elles ont fini par s'imposer pour une partie d'entre elles dans les têtes et dans les faits ; c'est la droite de Giscard D'estaing qui a accordé le droite de vote à 18 ans, qui a bataillé pour imposer les lois Veil, le collège unique... C'est un Parti Socialiste libéré d'une tradition ouvriériste d'après-guerre, ayant ouvert ses sections à la jeunesse turbulente de l'après-68, et intégré les thèmes de la jeunesse, de la culture, de la libéralisation sociétale qui a porté les mots-d'ordre de cette génération  au plus haut sommet de l'état et les a transformés en politique publique. Il ne faut donc pas attendre de miracle quant au succès éventuel d'une liste Gilets Jaunes, et si je n'ai aucun titre pour donner des conseils, il me semble qu'il faut continuer à être présent et actif partout : dans le grand débat, dans les mairies, sur les réseaux sociaux, sur les plateaux des chaînes infos, dans les tribunes des journaux, sur les ronds-points et dans les rues, de manière plus organisée, dans des partis afin de former des militants, porter des revendications, présenter des listes à toutes les élections... afin de de faire de ce un mouvement social un processus irréversible de transformation de la vie publique. 

- sur le plan économique, Maxime Nicole, qui me rappelle un peu les facéties de Daniel Cohn-Bendit, a récemment proposé de vider les comptes en banque afin de provoquer, pensait-il, un Bank Run... hum... je reste dubitatif, outre le fait que les camarades gilets jaunes doivent avoir des comptes souvent débiteurs en fin de mois, et peu d'épargne, si je m'en tiens à leurs revendications, il me semble qu'il s'agit là comme la grève générale d'un mode d'action quelque peu daté et d'ailleurs ce sont les plutôt les plus riches qui sont sujets à ce type de panique et ce sont toujours les plus modestes qui en font les frais. Mais puisqu'il est question d'économie, je pense qu'il faut pointer un paradoxe ; pour l'instant les gilets jaunes, qui peuvent intégrer dans leurs rangs des petits patrons, des cadres, des auto-entrepreneurs contestent l'imperium confiscatoire de l'état et la qualité de la dépense publique (privilèges d'une noblesse d'état), pourtant c'est un mouvement qui est né sur les réseaux sociaux (Facebook en l’occurrence) ; or, Maxime Nicolle, Priscilla Ludoski, Eric Drouet, animent des pages facebook qui totalisent des centaines de milliers d'abonnés ; la communication, les échanges, les commentaires et vidéos génèrent une activité qui d'abord pure gratuité est ensuite monétisée sans jamais que les producteurs de cet "or noir" immatériel soit rétribué financièrement cela s'entend ; or le vrai combat économique n'est pas de vider les comptes en banque pour mettre en difficulté l'univers de la finance, mais bien de se remplir les poches en exigeant une valorisation économique de la plus-value générée par toute activité sur un réseau social ; j'ignore la faisabilité de la chose mais après tout des ordinateurs peuvent aujourd'hui traiter des milliards de données pour calculer le cours des monnaies numériques comme le Bitcoin, on devrait pouvoir établir mathématiquement l'impact d'une contribution à la valeur globale d'une entreprise cotée en bourse comme facebook ; j'ai toujours pensé que le mythe de la gratuité n'était que l'alibi cool d'une mise au pas monopolistique du nouvel eldorado numérique ; on verrait là une application des thèses isouiennes (économie nucléaire) aux questions de ce siècle ; je sais que youtube permet dans une certaine mesure ce type de monétisation), mais les outsiders gilets jaunes qui gratuitement participent à la prospérité de facebook par le buzz qu'ils y créent seraient tout à fait fondés à demander là aussi une plus juste répartition de la richesse créée (d'où l'importance d'une taxation des Gaffa et des prochaines échéances européennes). Il me semble que c'est là un des grands combats à mener si l'on veut éviter que les trusts du nouveau monde ne rapatrient dans quelques paradis fiscaux les Milliards (50 si m'en tiens aux chiffres connus en ce qui concerne Google pour l'année passée) que vous et moi, gratuitement, leur avons permis de gagner.

- Enfin, les violences contre les journalistes ont connu une montée en puissance inquiétante ; rien de plus abject qu'une meute cagoulée qui passe à tabac un homme à terre comme à Rouen ; l'hostilité semble d'abord dirigée contre les journalistes des chaînes d'infos continues (bfm, lci, cnews) mais le service public on s'en doute n'est pas épargné ; à Paris comme la vidéo en lien le montre (cf post précédent) les journalistes étaient nombreux. La profession voit dans ces attaques lamentables la preuve d'une démocratie menacée dans ses piliers. Mais sur ce terrain là, si le lynchage d'un homme à terre est indéfendable, que penser du lynchage d'un groupe, d'une communauté par une meute de journalistes devenus chiens de garde hostiles d'un ordre politique en accusation. Je ne mets pas sur le même plan la violence symbolique des accusations répétées en boucle par les spécialistes et éditorialistes ("poujadistes, racistes, fascistes, extrémistes..."), et la violence, les coups bien réels qu'ont essuyé certains journalistes, mais tout de même je n'ai guère entendu de retour critique du petit monde journalistique quant à l'hostilité des manifestants et des ronds-points à leur encontre. je vois même un Jean Miche Apathie, droit dans ses bottes, habitué qu'il est de parler pour s'écouter, répondre aux timides interrogations/suggestions de Nicolas Domenach et Apolline de Malherbe que non décidément non, il ne voit pas ce qui a failli du côté des journalistes qui ont fait leur travail au mieux comme des "professionnels"... Pour ce qui me concerne ma conviction est faite, la presse officielle ne représente pas un pilier de la démocratie mais un appui au pouvoir établi, rien ne différencie les mots de la panique morale des éditorialistes des invectives vomies par le ministère de l'intérieur ; en termes de pluralisme et d'indépendance voilà qui est tout à fait inquiétant ; un seul exemple entre milles sur LCI après l'arrestation d'Eric Drouet un gilet jaune interviewé parle de "rafle", l'un des chroniqueurs intervient pour dire qu'il ne peut pas laisser passer une pareille expression, il a raison le terme est outrancier, déplacé mais que penser d'une Ruth El krief interrogeant le député Ruffin et affirmant ne pas comprendre son soutien à ceux qu'elle compare à des ligues d'extrème droite défilant comme en 1934, qui pour la reprendre, lui dire que le terme est outrancier voire insultant, indigne d'une analyse journaliste sérieuse, bassement polémique ? Dernier exemple, un porte parole des gilets jaunes invité sur la Matinale d'Europe 1 début décembre en vient-il à affirmer que le gouvernement doit être remplacé par le général de Villiers, propos qui bien sûr n'engagent que lui, et voilà que partout on affirme que le mouvement des gilets jaunes veut mettre en place une dictature militaire ! C'est sérieux ? honnête ? professionnel ? Quels liens ces "journalistes politiques" (les pires...) ont-ils encore avec la société française que visiblement ils ne connaissent ni ne comprennent mais sur laquelle ils veulent pontifier ? Le problème, contrairement à ce que j'ai pu entendre lors des manifestations ("vendus"), n'est pas la main-mise de groupes financiers sur ces moyens d'informations, Le Figaro vox a fait un travail remarquable de compréhension d'un mouvement qui doit sans aucun doute irriter de nombreux lecteurs du journal ; Le monde n'a pas été en reste mais du côté des éditorialistes prescripteurs d'opinion qui pérorent sur les chaînes d'infos en continu on accompagne davantage le pouvoir qu'on ne le critique ou que l'on cherche à comprendre la sociologie du pays, ses ressorts politiques. On ne demande pas aux journalistes (mais s'agit-il encore de journalistes ?) de prendre parti mais au moins d'éclairer les enjeux du débat honnêtement ; or il n'en est rien, les prescripteurs accompagnent la majorité au pouvoir dans cette simplification infantile qui réduit le désordre actuel à une opposition entre la "démocratie" (ploutocratie !) et des masses dangereuses mobilisées par les plus tristes passions. La caste des éditorialistes ressemble à ces courtisans qui pouvaient commenter sans fin le moindre changement d'humeur du monarque (une ride, un pli sur le front, la couleur d'un vêtement) en passant sous silence que son peuple pliait sous les impôts, la famine ou une guerre. Quand le pouvoir est attaqué, courtisans cohérents, ils ont toutes les raisons de redouter que leurs têtes ne tombent avec celle du roi renversé. Il n'y a rien d'irréversible à cela, il faut juste que les journalistes se remettent sérieusement à travailler, à reprendre contact avec le terrain et avec la société. Cela fait bien longtemps qu'à mes yeux internet malgré tous ses travers, ses anomalies, ses fake news, reste une source d'informations bien plus précieuse et le seul garant d'un vrai pluralisme ; j'entendais sur france info je crois l'autre jour un journaliste qui parlait des medias préférés des gilets jaunes ; il citait Russia Today, parce que les séquences filmées en direct, sans montage,sont présentées comme plus authentiques, moins propres à des interprétations/falsifications mais il opposait que la contextualisation, l'interprétation étaient constitutives de l'information ; c'est vrai mais voici un cas d'école : un extrait d'une manifestation des gilets jaunes, voilà pour l'image, pour le commentaire un mot, un seul "fascistes", sérieusement qu'est-ce que cela vaut du point journalistique ; rien ; qu'est ce que cela dit de l'auteur et du diffuseur : nous sommes des supplétifs du pouvoir. Ce qui a changé ? des gens n'acceptent plus de se faire insulter, diffamer, conchier par ces mêmes supplétifs, c'est mal ?  






dimanche 13 janvier 2019

GILETS JAUNES : ACTE IX PARIS

                                                                                         

source : where the claim is
commentaires des Cahiers de l'Externité : bravo et merci à Fouazi Lelouche et à ses camarades pour la manifestation, qui fut un succès, et pour avoir réussi à encadrer au moins pendant les 3 heures de notre déambulation parisienne les "ultras" et "enragés" présents dans le cortège... avant de voir les étoiles Place de l'Etoile !  

A LIRE SUR MEDIAPART : "NOUS NE SERONS PAS LES CHIENS DE GARDE DE L'ETAT !" (DÉCLARATION COLLECTIVE SIGNÉE PAR PLUS DE 250 INTELLECTUELS A PROPOS DU MOUVEMENT DES GILETS JAUNES ET DE LA RESPONSABILITÉ HISTORIQUE DE LA GAUCHE)

EXTRAIT "partant d'une révolte anti-fiscale, le mouvement des Gilets Jaunes a connu une politisation rapide qui s'est effectuée en dehors de tous les partis. On a assisté à l'émergence de revendications radicales portant sur les institutions et l'exercice du pouvoir. En se référant aux traditions historiques de la Révolution française (cahiers de doléances, appel à des États Généraux, "marche des femmes"…), les Gilets Jaunes ont réveillé l'idée de citoyenneté active fondée sur la compétence du peuple. On commettrait une grave erreur en condamnant comme "populistes" ou réactionnaires leur revendication de "référendum d'initiative citoyenne" ou l'appel des Gilets Jaunes de Commercy à créer partout des "comités populaires" de citoyens et à les fédérer dans une "assemblée des assemblées".
L’exigence d’une expression directe de la volonté populaire, la revendication d'un contrôle des élus par leurs électeurs qui les soumettrait à un mandat impératif et révocable : tout cela appartient à la tradition démocratique et révolutionnaire, depuis les Sans-Culottes, la Révolution de 1848 et les Communards jusqu'aux Conseils ouvriers du XX° siècle. Le refus de toute délégation de pouvoir qui caractérise la plupart des Gilets Jaunes s'inscrit dans la même tradition, celle de la démocratie radicale et libertaire, ravivée par la mémoire des révoltes trahies.
Aujourd'hui, le mouvement des Gilets Jaunes est à la croisée des chemins. Même s'il ne doit pas être surestimé, le risque existe que l'extrême-droite arrive à lui imposer son orientation autoritaire, haineuse et xénophobe. C'est la responsabilité historique de la gauche de ne pas lui laisser le champ libre.
Pour toutes ces raisons, nous appelons les universitaires, les intellectuels et les artistes fidèles aux idéaux d'émancipation à soutenir activement les Gilets Jaunes, à relayer leurs revendications et à les rejoindre dans la lutte."
TEXTE COMPLET SUR MEDIAPART I C I

samedi 12 janvier 2019

LES "FACTIEUX", LES "SÉDITIEUX".... PARIS SAMEDI 12 JANVIER

  Des femmes, des hommes de gauche, du centre, de droite, nationalistes, mondialistes, libertaires, anarchistes, conservateurs, enragé(e)s, pacifistes, utopistes, révolté(e)s, radicalisé(e)s, modéré(e).... mais réuni(e)s ce jour....    









                                                                                                                        





    
                                                     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

























lundi 7 janvier 2019

LE COMMENCEMENT D'UNE EPOQUE ?

                                                                                           


(paris le 5 janvier 2018) la République en marche !!!



"Le constat qui est fait par les Gilets jaunes, c'est le même qu'on faisait au début de la création d'En marche  !, quand on disait qu'on était dans une société de rentes de situations, une société où il y a des assignations à résidence, une société où il faut plus d'émancipation. On portait aussi un message de renouvellement, à la fois des institutions et du personnel politique. Les Gilets jaunes sont un peu parfois les jusqu'au-boutistes d'En marche !..."
MarlèNe Schiappa entretien in LE Point I C I

vendredi 4 janvier 2019

APPEL DE COMMERCY (qui vaut bien plus que toutes les internationales situationnistes)




sur la dimension libertaire du mouvement : une synthèse de Charles Mac Donald I C I

l'internement mais au prix de quels renoncements ! parcours politique d'un jeune devenu vieux !


Benjamin Griveaux aujourd'hui :



Benjamin Griveaux hier :


ARGUMENTAIRE DE L'EDITEUR :
"Le modèle social français est menacé et la droite a trouvé les coupables. Les « assistés », volontiers décrits comme passant leurs journées à se prélasser devant un écran plat financé par leurs allocations, mettraient la république en péril ! 
Finie l’opposition entre travailleurs et chômeurs. C’est désormais le conflit entre les déclassés et les assistés, entre les working poors et ceux qui n’ont plus rien, que la droite instrumentalise. Quant à la gauche, elle se laisse – une nouvelle fois ? – dicter les termes du débat. 
Élu de terrain et expert des questions sociales, Benjamin Griveaux veut faire un sort aux caricatures. Non, les bénéficiaires de minima sociaux ne gagnent pas plus en restant chez eux qu’en allant travailler. Non, la France n’est pas, et de loin, le pays européen le plus généreux avec les personnes défavorisées. Non, les étrangers ne débarquent pas par milliers pour bénéficier de notre système d’aides sociales. 
Dénonçant le choix français de la pauvreté, il ouvre le débat sur la place des droits de l’homme pauvre dans une république construite autour de la solidarité et non de la charité. Il propose six mesures concrètes et inédites pour refonder notre État providence à bout de souffle. Et dessine ainsi les contours d’un « État d’investissement social » performant."
Benjamin Griveaux a 34 ans. Ancien élève de l’IEP de Paris et d’HEC, il est vice-président socialiste du conseil général de Saône-et-Loire et du Grand Chalon, et conseiller de la Fondation Jean-Jaurès sur les questions sociales.


PS : Monsieur Griveaux est le porte-parole d'un gouvernement qui visiblement privilégie un traitement "droitier" heu pardon... non "peu progressiste" du problème du chômage

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2019/01/01/20002-20190101ARTFIG00102-de-nouvelles-sanctions-pour-les-chomeurs.php

PS2 : UNE CRITIQUE DU LIVRE DE BENJAMIN GRIVEAUX (le lecteur reconnaîtra l'idée d'un capital de lancement et d'une intégration par la sphère économique bien connue de ceux et celles qui fréquentent la prose isouienne, perspective qui semble contrarier le chroniqueur de Mediapart mais de tout cela il ne reste désormais pour LREM qu'une politique punitive d'acceptation à n'importe quel prix de n'importe quelle activité, pour pouvoir présenter des statistiques du chômage satisfaisantes, et le mépris pour ces gens qui "fument des clopes et roulent au diesel")

https://blogs.mediapart.fr/yves-faucoup/blog/220617/benjamin-griveaux-et-ces-salauds-de-pauvres

PETITE ANATOMIE DE LA RÉACTION AVANT MANIFESTATION


la société du spectacle en accusation

la défense

On peut dire du mouvement des Gilets Jaunes, que tout le monde, (y compris le Président désormais pressé comme eux de transformer la France au pas de charge !) aujourd'hui s'efforce de récupérer politiquement à gauche comme à droite, qu'il reste paradoxalement sans débouchés politiques immédiats. Au hasard des ronds-points et de leurs occupants, des intervenants désormais consacrés par les plateaux des chaines d'informations en continu, un même mot d'ordre revient mécaniquement, expression d'une défiance à l'égard de tout ce qui se représente une institution ou une  organisation, et surtout une hiérarchie : "nous sommes apolitiques". Bien sûr que cela n'est que partiellement exact, et il n'est qu'à écouter, lire leurs nombreuses demandes pour voir combien celles-ci relèvent du Politique, dans le meilleur sens du terme, même si souvent les intervenants pensent se situer à des années lumières de la vie des idées et de ses codes. Mais ce credo toujours réaffirmé, ce refus de se voir embrigadé sous une bannière ou une autre, cette tolérance de toutes les sensibilités en récusant par avance toute orientation exclusive et partisane, constitue la signature d'un mouvement qui a davantage vocation à produire à terme sa propre représentation politique (avec ses différentes sensibilités, conservatrices et progressistes, libérales ou plus étatistes, tout cela est déjà bien là) qu'à se ranger à le remorque de partis dont il a toutes les raisons légitimes de se méfier. Allez je me hasarderais à avancer qu'il s'inscrit à la suite de LREM dans une recomposition politique que notre majorité actuelle, grisée par ses succès récents et inattendus, n'avait pas vu venir, pensant constituer à elle-seule le stade ultime d'un dépassement du vieux clivage Gauche/droite, comme le fin mot de l'histoire.

Si je hasarde cette hypothèse, c'est que ce mouvement, finalement modeste numériquement, mais bénéficiant de manière constante d'une sympathie de l'opinion publique, malgré les violences, les dérapages ici et là, a réussi à coaliser contre lui le Nouveau Monde et tous ses officiants, obligés soudain de jeter bas les masques et de montrer la nature véritable d'un pouvoir décidément hémiplégique. J'ai vraiment vécu cette séquence, comme un moment de vérité, où tout à coup quelqu'un se décide à rallumer la lumière dans une pièce plongée dans l'obscurité, le roi est nu, ses courtisans aussi ; les formes entre-aperçues dans les ténèbres perdent leur caractère inquiétant, fantastique quand elles sont rendues à la lumière, il ne s'agissait que de meubles anciens recouverts d'un drap plus vieux et usé encore.... la Virulence des attaques venant dans un premier temps du Cercle de la Raison (le Centre du spectre politique où je me tiens habituellement, convaincu cependant par la fréquentation des thèses isouiennes que les marges, et leurs extrêmes, possèdent des éléments de résolution qui leur échappent souvent et qui sont au cœur de la conflictualité sociale), l'hostilité affichée des commentateurs et journalistes, plus prompts à courtiser les pouvoirs du moment qu'à dénoncer leurs errements, le mépris affiché devant les paroles de ces contestataires inédits, "gens de peu" devenus "gens de rien " sous le regard de ces flatteurs impénitents dont les chroniques souvent mondaines se veulent de "fines" lectures politiques... tout indiquait que le Pouvoir sortait du bois, de tous les bois où il se tenait habituellement tapi, assuré de pouvoir compter ses ses "nervis" pour faire le travail habituel, peu glorieux, celui de la Réaction :

Premier argument de la Réaction : "vous n'êtes pas légitimes" ; autrement dit, vous ne représentez rien, ni personne, que vous-même, vous n'avez été élus, désignés par personne, et votre parole ne vaut pas plus que les conversations entendues sur les quais du métro, et d'ailleurs Nous vous avons invités sur ce plateau pour vous dire cela, et pour en assurer le spectacle sur tous les écrans, en boucle, en continu. On reconnaîtra ici les "aboiements" de Romain Goupil véritable chien de garde de la Macronie (I C I) (Et le Président mérite sans doute mieux que ce genre de "porte-flingue"). Jean Quatremer n'est pas en reste pour vomir tout le dégoût que lui inspire cette jacquerie postmoderne (I C I), ce "journaliste" (???) officie encore, paraît-il, dans les pages de Libération, c'est dire si le Rotary Club l'a vraiment emporté sur le col mao... 
Très vite arrive une variante : "vous prétendez parler au nom du peuple, mais vous n'êtes pas le peuple", d'ailleurs le peuple n'existe pas, c'est une fiction, une alibi, une facilité rhétorique, un abus de langage... pourquoi parler des problèmes d'une chose qui n'existe pas ? Ou mieux vous ne représentez qu'une partie du peuple, Monsieur, Madame, car moi aussi je fais partie du peuple en tant que journaliste et je ne suis absolument pas d'accord avec ce que vous...hum...hum...vous "tentez" d'exprimer ; mais monsieur, Madame le/la journaliste (porte-flingue ?), je tiens Rousseau en meilleure estime que le journalisme ordinaire que vous représentez  si mal et je tiens de lui qu'il n'y a pas de vie inférieure ou supérieure, que toute voix mérite d'être entendue, la vôtre, celle de monsieur Apathie "animateur vedette" effondré par ce qu'il voit et entend, à savoir de possibles fraternisations entre forces de l'ordre et manifestants (I C I), et aussi celle de ce manifestant ou de cette manifestante qui dans un français qui vous fait sourire exprime son désir d'une "super-vie" à laquelle je crois chacun d'entre nous peut légitimement prétendre, non ? Ou alors, vraiment nous ne sommes plus en démocratie mais sous un despotisme technocratique, une ploutocratie, la tyrannie soft de cols blancs...

Second argument de la réaction : "c'est un mouvement dangereux pour l'ordre établi... pardon pour la démocratie, une menace pour les institutions de notre république" ; on s'étonnera qu'un mouvement comme celui des Gilets Jaunes qui a eu pour conséquence provisoire d'obliger le pouvoir à suspendre son rouleau compresseur technocratique, à organiser un grand débat en direction de tous les citoyens, débat qui doit permettre de prendre le pouls démocratique du pays et ses aspirations, d'améliorer la vie et la vitalité des processus démocratiques (référendum d'initiative citoyenne ou populaire ? démocratie plus inclusive et participative ? vieillissement de l'ancienne démocratie représentative... ) puisse se voir qualifié de "danger" pour les libertés et les droits privés autant que publics ; il faudrait chercher à savoir plutôt qui a peur de voir la démocratie reprendre en charge tous ces individus qui avaient fini par s'écarter de la routine électorale, pour le plus grand bonheur d'une partie des prescripteurs d'opinion. Plus inquiétant, la variante de cette charge accusatoire a été constamment martelée depuis le début du mouvement par le sinistre ministre de l'intérieur Castaner, double à peine plus glorieux de feu-manuel Valls,  dénonçant les "factieux", les "séditieux", les "extrêmes" prêts à tenter le coup de force et à instaurer... quoi ? une dictature ? C'est le principe même de toute propagande que de falsifier le réel : ce qui est établi, c 'est que les demandes de démocratie émanent de ce mouvement des gilets jaunes, qui exigent d'être associés aux choix de l'Etat, de pouvoir discuter des décisions prises par les chambres, de pouvoir proposer... bref c'est ce mouvement qui vient comme un véritable et salutaire contre-pouvoir vivant. Ceux qui ne voient dans la démocratie et sa délibération  nécessaire qu'un contre-temps fâcheux sont bien plutôt à chercher parmi ces élites progressistes auto-proclamées, soucieuses d'efficacité et d'une mise sous tutelle technocratique de la vie citoyenne. Enfin il est plaisant de voir nos journalistes "citoyens" s'inquiéter d'une démocratie mise en danger par ceux et celles qui demandent à y être associés davantage alors que depuis 18 mois, nous sommes en présence d'un pouvoir entièrement concentré entre les  mains d'un seul homme, le Président, en lévitation jupitérienne, qui passe outre tous les corps intermédiaires (syndicats, associations, les maires), s'appuyant exclusivement sur une armée de députés majoritaires visiblement au service non de leur circonscription mais d'un parti unique mâchant maladroitement les mêmes exposés pontifiants d'un plateau Tv à l'autre... On se croirait revenu à l'époque du Pc soviétique triomphant avec son Secrétaire général et ses délégués/représentants interchangeables...Qui pour s'inquiéter de cette dérive absolutiste, monarchique, solitaire à laquelle notre président semble visiblement incapable de résister  ? Raymond Aron en son temps s'inquiétait déjà d'une possible dérive autoritaire du Général de Gaulle avec sa Vème république taillée sur mesure... 

Troisième argument de la réaction : la disqualification morale du mouvement par ses marges honteuses ; la mythe de la "foule haineuse" dont les ressorts seraient comme il se doit les quatre cavaliers de l'apocalypse moral : "l'antisémitisme, la xénophobie, l'homophobie, le sexisme" ; il faut ici souligner combien les médias officiels fonctionnent de concert avec le pouvoir en place, dans un numéro de duettistes qui laisse rêveur quant aux plaidoyers pro domo de la profession sur son "indépendance"  ; j'ai dans un post précédent mis en lien deux vidéos à haute teneur polémique, la première montre les événement survenus lors du rassemblement devant le Sacré-Cœur à Montmartre, la seconde montre l'agression de trois policiers par un groupe de manifestants le même jour sur les champs Elysées... ce qui est intéressant c'est de comparer les images dans l'intégralité de la séquence, et l'échantillonnage qui en est présenté dans les nombreux journaux Tv ; viennent alors les questions élémentaires et légitimes : en quoi ce détournement du chant des Partisans par des sympathisants de la Quenelle est-il significatif de la manifestation du jour ? du mouvement ? des revendications portées sur beaucoup de ronds-points en France ? Ce qui est sûr c'est cette micro-séquence (signifiante ? insignifiante ? à vous de juger) faisait la Une de l'actualité en début de soirée ; à ce premier "dérapage" (selon les voix autorisées) s'ajoutaient les propos échangés entre une vieille dame agacée et trois manifestants visiblement "possédés" et particulièrement irrespectueux (papiers mis en ligne dans la foulée sur les sites de lobs I C I, l'Express i c i Le Point i c i) avec cette charge accusatoire déclinée sur tous les plateaux tv : "mouvement des gilets jaunes, la dérive antisémite ?". Il est bien évident qu'il ne s'agit plus ici d'informer, d'éclairer mais de diffamer, d'obscurcir, de pourrir dans l'espace public et médiatique un mouvement en lui décernant arbitrairement des qualificatifs ("éléments de langage") peu glorieux qui vont lui "coller" comme un stigmate infamant ; le journalisme sert de main gauche au pouvoir politique, la main droite étant assurée par la police lors des manifestations (jusqu'au moment où elle décide de fraterniser avec ses pairs en externité...), qui peut compter sur cette petite musique de fond, insidieuse, infondée, pernicieuse, qui passe en boucle, à seule fin de formater une opinion publique, qui se laisse de moins en mois abuser par ces procédés qui rappellent quelque peu (comparaison n'est pas raison) l'incendie du Reichstag et la répression d'un "complot communiste" qui en résulta. Ce qui se voit disqualifié par ce genre de raccourci minable, c'est le journalisme (d'où sans doute les équipes de Bfm conspuées et malmenées lors de certaines manifestations) et la lutte contre l'antisémitisme devenue dernier alibi de tout pouvoir désavoué. Sur ces questions des relations "compliquées" entre Gilets Jaunes et Medias officiels, je renvoie à deux contributions publiées sur le site Arrêt sur Images, Daniel Schneidermann I C I  et Laélia Véron (I C I), sur l'antisémitisme comme arme de disqualification massive, je renvoie au texte remarquable de Claude Askolovitch qui déconstruisant la charge accusatoire en souligne tout le paradoxe : au nom de la lutte contre l'antisémitisme faut-il défendre tout pouvoir établi et rejeter tout mouvement social qui le critique (I C I) ? ; tout le travail de disqualification opéré par nombre d'intervenants "prescripteurs" consiste à hypertrophier des micro-récits, des débordements factuels (la figure obligée du "casseur" un classique de la dénonciation des manifestants), indéfendables bien sûr (faut-il le dire ?) pour "sidérer" l'opinion et obtenir la bascule tant attendue qui à ce jour n'a pas (encore) eu lieu... d'où l'impression un peu surréaliste, dépaysante, de vivre dans deux réalités parallèles, pour qui comme moi a participé aux manifestations et suit après coup les analyses et tables rondes journalistiques, toujours très partisanes. on comprend la colère d'un Eric Drouet qui entend mener la lutte des Gilets Jaunes dans l'espace médiatique ; on notera au passage la disparition discrète de l'accusation de "sexisme" sans doute au regard du nombre de femmes parmi les gilets jaunes et l'apparition timide d'un nouveau trait rédhibitoire "le complotisme".... A quoi servent donc ces brillantes études supérieures, ses diplômes qualifiants, ses cursus prestigieux dont peuvent se prévaloir nos "prescripteurs d'opinion" ? à cracher à la face de ceux qui tournent dans la nuit et sont dévorés par le feu...
 L'information en continu finit par provoquer des vertiges, les mots pièges et les images aveuglantes se succèdent dans un flot hypnotique, l'esprit saoulé cherche à se rattacher à un appui solide, perdu dans ces messages en boucle qui finissent par inquiéter, les experts et les éditorialistes sont "heureusement" là pour rendre intelligible cette petite musique entêtante ; ouf ! je comprends danger ! danger ! danger ! la mine austère, le diagnostic implacable ("radicalisation"), le chaos de l'information prend un tour délibérément inquiétant, anxiogène, ces Gilets Jaunes sont vraiment d'odieux personnages... que fait donc la police, que fait l'armée ? semble implorer le regard désespéré d'une éditorialiste qui pythie improbable entrevoit dans le fond de sa tasse de café des "ligues d’extrême droite" déferlant comme en 1934 sur les Champs Elysées...

Bien sûr, je n'idéalise pas ce mouvement, j'ai discuté avec des gens "aux préjugés terribles" pour reprendre Lénine, mais aussi avec des hommes et des femmes pris dans des mécaniques sociales, économiques diaboliques, aux vies diminuées, empêchées, qui cherchent la lumière dans leur nuit,  qui ont soif de liberté, qui réinventent la critique sociale, sans jamais avoir lu ni Castoriadis, ni Bourdieu, ni Debord en des lieux improbables (iront-ils jusqu'à ISOU ?) qui bricolent au hasard d'une culture numérique des appuis théoriques parfois peu convaincants, bancales,  mais à l'image de ce que sont les usages numériques aujourd'hui. Que l'on vienne à relayer une vidéo, un post venant de tel ou tel site, et vous voilà étiquetés politiquement ! Et après, quel exemple montre les médias officiels ? Quel sérieux et quel professionnalisme dans le traitement mass-médiatique du phénomène "Gilets Jaunes" ? Le mépris et l'insulte de notables de l'information, l'amusement facile, la suffisance et l'arrogance des bavards pensionnés... Sans doute la stratégie de la chaise vide est ici une option mauvaise ; le gouvernement ouvre un débat national, c'est l'occasion de rappeler dans toutes les mairies au Président sa promesse de Révolution, car ce qui est En Marche actuellement avec cette majorité et ce gouvernement ce n'est pas la République mais tout à fait autre chose... Et si demain je participe au Rassemblement devant l'Hôtel de Ville, c'est d'abord parce que j'ai le sentiment que les authentiques acteurs d'un progrès social et démocratique ne sont  pour l'heure ni au gouvernement, ni à l'assemblée, ni dans les salles de rédaction du bavardage médiatique mais bien dans la rue !



jeudi 3 janvier 2019

LES CAHIERS RECOMMANDENT : Déclaration du collectif LA FRANCE EN COLERE qui doit être lue ce samedi devant l'hôtel de ville à Paris, venez nombreux et en paix !

 SOURCE : https://twitter.com/PLudosky
La France en Colère Events : plus d'infos ici