lundi 27 mai 2019

NEWS FROM ACQUAVIVA

Hello all, this month, you can hear some of my "120 Days of Musica" performed by  

The Voice Party and Apartment House 

at the exact place where Newton discovered the speed of sound at Cambridge University (UK), June 30 


Before that, I will be at the 9th FILAF competition of the best contemporary art books of the year with my "Isidore Isou" monography (Editions du Griffon) at Perpignan (FR), June 17-23 




and on June 3, at Bibliothèque de l'Arsenal in Paris, I will give a lecture on Roberto Altmann's "Geste Hypergraphique"




details and more here

mardi 7 mai 2019

NEWS FROM GARAGE COSMOS

Sculptures d'encres


Salvador Dalí, Isidore Isou, David Mach, Sarkis, Gil Wolman

Vernissage : 10.05.19 (18h – 20h)


Dans le cadre de la semaine de l'encre à Bruxelles, Ink Brussels 2019, Garage Cosmos présente des œuvres de Salvador Dalí, Isidore Isou, David Mach, Sarkis et Gil Wolman, qui incorporent l'encre sous une forme sculpturale. L'encre est contenue dans des bouteilles, des bols, des bocaux ou des encriers. Les artistes ne font pas recours aux techniques de la peinture à l'encre sur papier, ils ne manipulent pas l'encre mais la laisse telle que, en considérant l'encre elle-même comme œuvre d'art. Ils bouleversent ainsi les canons esthétiques qui mettent l'accent sur l'expression de l'individualité. Il s'agit de démanteler les constructions et modes de pensée traditionnels auxquels l'encre est associée afin d'élargir ses possibilités. Il existe en effet un autre usage de l'encre que celui du seul pinceau sur papier.

Commissaire : Rosalie Fabre
Horaires d'ouverture : du vendredi au dimanche, 13h – 18h
Vernissage : vendredi 10 mai, 18h – 20h
Exposition : 11 – 26 mai 2019

http://www.garagecosmos.be/

jeudi 2 mai 2019

DEUX JOURNEES IMPORTANTES CONSACREES A ISIDORE ISOU AU CENTRE POMPIDOU



JOURNEE D'ETUDE LE 09 MAI

ISIDORE ISOU
INITIATION A LA SOCIETE DES CREATEURS



Petite salle - Centre Pompidou, Paris
Entrée libre dans la limite des places disponibles

S’ouvrant sur une table-ronde autour de laquelle les membres du groupe lettriste évoqueront leur expérience aux côtés d’Isidore Isou, cette après-midi d’étude se prolongera par une série de communications interrogeant la place de l’oeuvre d’Isou dans une histoire récente, sociale et culturelle de l’art. Après une discussion portant sur le vaste corpus archivistique d’Isou, véritable laboratoire de création, un récital poétique clôturera cet après-midi lettriste.
A 20h30, en Grande salle du Centre Pompidou, une représentation de la Symphonie Juvénal n°4 d’Isidore Isou sera orchestrée par Frédéric Acquaviva.

14h00 – 15h00
Table-ronde modérée par Nicolas Liucci-Goutnikov, commissaire de l’exposition, en compagnie du groupe lettriste : Roland Sabatier, Anne-Catherine Caron, Jean-Paul Curtay, Gérard-Philippe Broutin, François Poyet et de Catherine Goldstein.

15h – 15h15
Pause

15h15 – 17h
- “Art Without Art”: Isidore Isou’s and Lygia Clark’s Therapies
Kaira Cabanas (University of Florida, auteure de Off-Screen Cinema: Isidore Isou and the Lettrist Avant- Garde, University of Chicago Press, 2015)
- « Itinéraire d’un universitaire dans l’histoire du lettrisme. Archives, théories, entretiens, 2009-2019 »
Fabrice Flahutez (Université Paris Ouest-Nanterre, auteur de Le lettrisme historique était une avant-garde 1945-1953, Dijon, Les presses du réel, 2011)
- « Quand le soulèvement commence en promenade. Sur la poésie lettriste des années 1946-1951 »
Cristina De Simone (Université de Caen-Normandie, auteur de Proréfactions! Poésie en action à Paris (1946-1969), Dijon, Les presses du réel, 2018)
- “I left without any paper...”. Isidore Isou and Roumania
Igor Mocanu (National University of the Arts Bucharest / UNARTE, auteur de la thèse Political avant-garde. The other face of Romanian avantgarde in social, political and economic documents, en charge du projet “The Avant garde revisited. European avant garde in the Romanian National Archive of Films” à la Cinémathèque Roumaine)

17h-17h15
Discussion/Questions

17h15-18h15
Table-ronde autour du fonds Isidore Isou conservé à la Bibliothèque Kandinsky, en compagnie de Mica Gherghescu, Céline Famechon et Meixin Tambay

18h15-18h30
Pause

18h30-19h30
Récital lettriste : Jean-Paul Curtay, François Poyet, Gérard-Philippe Broutin.


Organisé avec le soutien de l’École Universitaire de Recherche ArTeC (Paris 8).


Renseignements : diane.toubert@centrepompidou.fr 

Suivez notre programmation lettriste : https://www.facebook.com/events/580029699131020/


Isidore Isou / Frédéric Acquaviva

Symphonie n°4 « Juvenal »
Concerts and Live shows
9 May 2019, at 20:30 (1h00)
Grande Salle – Centre Pompidou, Paris
Tarif unique 10€
Dans le cadre de l'exposition « Isidore Isou », le Centre Pompidou présente la Symphonie n°4 « Juvénal » dans sa Grande salle. Composée par l'artiste en 2001, l'œuvre est orchestrée en 2003 par Frédéric Acquaviva, artiste sonore et compositeur de musique expérimentale proche d'Isidore Isou. Elle se présente comme une exploration spatiale et sonore des qualités sensibles de la lettre, portées par la voix d'Isou et le chœur lettriste.
Organiser : DDC / Spectacles vivants, Serge Laurent

CONFERENCE ET DEBAT LE 11 MAI

Isidore Isou, je n'aurais pu être que Léonard de Vinci

Frédéric Acquaviva
Thought and Debate
11 May 2019, at 19:00 (1h30)
Petite salle – Centre Pompidou, Paris
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Protagoniste de la redécouverte du lettrisme, Frédéric Acquaviva présentera le 11 mai une conférence à l'occasion de la sortie de sa monographie consacrée à Isidore Isou (Isidore Isou, Neuchâtel, Editions du Griffon, 2019).





jeudi 25 avril 2019

NEWS FROM DAMIEN DION


La résidence d'artiste Huet-Repolt est heureuse de recevoir, pour sa troisième édition, Damien Dion. Désireux de mettre en lumière le contexte singulier du lieu de résidence comme espace à la fois de vie,  de production et d'exposition, l'artiste propose, en guise de restitution, l'exposition Place Oddity, dans le cadre du Parcours Off d'Art Brussels 2019.

Sont invités à se joindre à lui Alexandre Barré, Orianne Castel, Sépànd Danesh, Charlotte Hubert et Elsa Werth afin de proposer ensemble un dialogue entre les œuvres et les différents espaces domestiques de la maison.

Du mercredi 24 au dimanche 28 avril 2019 sur rendez-vous en envoyant un mail à artistresidencyhuetrepolt@gmail.com , à l'exception des vendredi 26 et samedi 27 où la résidence ouvre ses portes sans rendez-vous de 14h à 18h.

Résidence Huet-Repolt
Rue du Relais 42
1170 Bruxelles

Bus 95, arrêt Relais
Tram 25 ou 94, arrêt Solbosch

ACTUALITE D'ISIDORE ISOU


(Isou bien encadré par deux Altmann !!!)

Riche actualité pour le créateur du lettrisme 12 ans après sa mort ; une rétrospective au Centre Pompidou, une exposition à la Galerie Trigano, un catalogue (le Centre Pompidou) et bien sûr une imposante monographie consacrée à la dimension artistique de son oeuvre aux Editions du Griffon. Le lettrisme serait-il enfin victorieux dans la Cité ? pour le lettrisme on a encore un doute mais aussi quelques victoires et une certitude de plus en plus partagée : il faudra désormais compter avec ce mouvement ; dans un monde où Fluxus, les Nouveaux réalistes, les situationnistes et leur Pape, Guy Debord, triomphent comme des valeurs, des références, voire pour certains des exemples, on ne comprend plus par quelle curieuse omerta leurs plus talentueux détracteurs et opposants, devraient patienter plus longtemps encore dans les coulisses de l'histoire officielle. En ce qui concerne son créateur, il semble bien que les institutions après l'avoir snobé si longtemps, lui qui ne demandait qu'à y entrer, et bien sûr à la meilleure place, témoignent désormais d'un réel intérêt pour l'artiste, le théoricien, l'homme aux centaines de milliers de pages noircies, publiées ou encore inédites et aux centaines de tableaux, gravures, propositions plastiques infinitésimales et supertemporelles...
Commençons par l'exposition au Centre Pompidou ; inutile de bouder son plaisir, la manifestation fait toute sa place à des oeuvres majeures que l'on ne voit que très rarement (je pense ici à l'étonnant groupe de toiles consacrées aux mathématiques), d'autres sont plus connues mais gagnent vraiment à être contemplées in situ et non dans les pages de quelque catalogue (La Grande mélangée, les deux clichés de Amos présentés, les toiles de la série Les Nombres...). Le Centre Pompidou, désormais propriétaire du fond des archives Isou, a voulu sans doute asseoir la manifestation sur un corpus riches en manuscrits et donc en théories, en divisant l'espace muséal en 4 volets qui n'épousent pas nécessairement la poussée verticale de l'hybris isouien : l'amplique et le ciselant qui renvoient à la manière dont Isou comprend la décomposition de l'art moderne ; l'hypergraphie qui représente un premier bouleversement substantiel, l'infinitésimal - un second - et le supertemporel qui offre des oeuvres ouvertes à l'action du public, enfin la dimension méca-esthétique s'intéresse notamment à des réalités infra-esthétiques comme le cadre, le support ou encore la matière de l'oeuvre ; sur ce dernier point Isou se positionne à rebours de tous les artistes héritiers de Duchamp et Dada (nouveaux réalistes,  pop art, affichistes...) qui reprenant le principe du ready made font de la réduction à l'objet détourné le langage dominant de l'art, voire le seul langage possible. 
On comprend, à déambuler dans les quatre salles, que la dimension conceptuelle, la prolifération théorique, ou pour mieux dire la réflexivité inhérente à l'art moderne a servi de viatique aux curators pour ancrer  le geste isouien dans un corpus plus large et reconnu du champ institutionnel et de sa grammaire. On sait qu'Isou lui-même se souciait fort peu de justifier par des oeuvres valables l'importance de ses manifestes dans un premier temps (on relira quelques pages des Mémoires sur les forces futures des arts plastiques et leur mort, 1950, où grosso modo l'urgence affichée par lui est de faire la révolution dans toutes les branches culturelles et non d'illustrer par des toiles la révolution métagraphique qu'il propose à ses lecteurs, les artistes de demain !). Et pourtant la peinture n'est pas pour Isou un moyen de continuer la théorie par d'autres moyens ; s'il a toujours pensé une division sociale du travail à l'intérieur du groupe (le théoricien révélateur de nouveaux territoires artistiques matériels et immatériels et le premier cercle des artistes/explorateurs qui marqueront de leur nom l'exploitation/exploration de cette terra incognita), il a lui-même donné à sa nouveauté formelle une anatomie, des lignes reconnaissables, des styles et des formes comme s'il voulait épuiser en une suite vertigineuse d'oeuvres toutes les propositions plastiques possibles. Aussi l'artiste est-il aussi important que le théoricien, et la pure jouissance de ces écritures improbables qui se combinent en modèles extravagants, énigmatiques ne doit pas honteuse rentrer dans l'ombre alors qu'elle fut, qu'elle est un des ressorts qu'Isou lui même a toujours recherché : un nouvel objet et un nouveau principe de plaisir. Certes il y a du très cérébral chez ISou, de l'hyper-réflexif, qui dialogue avec ses pairs en création, se fait le commentaire ininterrompu de sa propre nécessité historique et de sa génialité incommensurable, mais il y a aussi la volupté des formes insolites, inédites, de ses lettres impossibles qui se composent, se décomposent, se stratifient, s'atomisent dans des configuration qui finissent par faire style pour le plus grand plaisir des "regardeurs". Si toute rétrospective fige nécessairement l'élan vital (la "super vie") dans une forme académique, elle présente ici l'intérêt de remettre le travail d'Isou dans une historicité qui a longtemps regardé le lettrisme comme une excentricité à la marge du champ officiel, une curiosité... Or, une fois dépassé la barrière du "langage" isouien, le visiteur reconnaîtra des problématiques et des recherches qui sont partagées par des figures et acteurs autrement plus reconnus aujourd'hui : la lettre et le signe, l'immatériel et la participation, le statut de l'objet, la figure du créateur et la dimension créative du public, le principe de clôture ou d'ouverture des oeuvres... Notons pour finir que l'exposition n'échappe pas à un paradoxe : c'est la Bibliothèque Kandinsky qui est désormais l'heureuse dépositaire des Archives Isou ; celles-ci sans doute pour l'essentiel manuscrites se composent d'une masse de pages qui sont comme autant de pièces d'une mécanique et d'un système qui poursuit depuis 1946 le même agenda "révolutionnaire" : remettre l'histoire dans chaque discipline culturelle en mouvement, dépasser la dernière position acquise pour diminuer les peines (la répétition, le ressassement, l'éternel retour de la même cuisine, la réification) et multiplier les joies (le geste créateur et son partage). Elles dépassent donc largement le seul domaine de l'art. On aurait imaginé la Bibliothèque Nationale plus intéressée par ce graphomane insaisissable, systémique, dévorant le savoir des livres, sans jamais les collectionner, afin de les dépasser dans une "nouvelle carte de la culture", abordant sans modestie toutes les branches de la connaissance (médecine, économie, érotologie, psychiatrie et psychanalyse, droit, technique, philosophie...) pour en écrire un chapitre supplémentaire, mais non, pas pour l'instant, un jour peut-être...
Le visiteur peut compter sur le catalogue pour entrer de diverses manières dans le corpus isouien, mais au catalogue, qui n'est pas sans intérêt, il faut ici préférer la monographie.  Les Editions du Griffon viennent justement de publier un Isidore Isou de Frédéric Acquaviva I C I qui s'impose comme le livre de référence sur l'artiste tant par l'exhaustivité de l'entreprise que par la foule d'informations que l'amateur comme le spécialiste ne manquera pas d'y trouver. D'abord c'est un véritable livre d'art à l'image des grandes monographies que n'importe quel éditeur sérieux consacrerait à un artiste d'importance (Ernst, Magritte, Bacon, Warhol...), là encore ne boudons pas notre plaisir et savourons avant même d'avoir lu le texte la très haute tenue graphique et visuelle du bel objet. Et entrons dans le vif du propos, fondamentalement cette monographie pour bien des années (en attendant d'autres contributions) représente une somme exceptionnelle qui est une source de jouvence autant pour le chercheur, l'érudit que le simple amateur ébloui par la découverte de l'artiste au Centre Pompidou. Loin de moi l'idée de récuser les offres universitaires qui depuis quelque temps reconnaissent de manière critique et distancée le lettrisme comme un objet d'étude légitime, ni d'ignorer le travail de promotion et d'explicitation mené depuis des décennies à l'occasion des manifestations lettristes par le biais de catalogues, brochures ou tracts, mais la démarche adoptée ici toute singulière. L'auteur a fréquenté l'artiste, travaillé sur plusieurs projets avec lui (l'enregistrement de la symphonie La guerre par exemple), et depuis près de 20 ans, il a été à la recherche de l'information, des pièces justificatives, disséminées ici et là, avec la volonté de rassembler tous les éléments d'un puzzle dont lui-même ignorait au début la forme qu'il prendrait in fine. En amont de ces pages, il y a de nombreuses rencontres, pour accéder à des oeuvres peu visibles, car n'ayant plus l'opportunité de s'exposer comme lors des années 60, 70 ou même 80, et des trouvailles étonnantes dans le secret des collections privées, la constitution d'un fond important de documents d'époque, de coupures de presse, afin de remettre l'histoire en ordre et de comprendre méthodiquement, systématiquement la "brisure" isouienne. C'est la méthode adoptée par Frédéric Acquaviva. Aussi à la lumière de ce travail, l'étendue de cette brisure sur le plan artistique apparaît dans toute son étendue et sa profondeur. J'ajoute que l'actualité bibliographique d'Isou connaîtra sous peu de nouveaux et heureux rebondissements ; Eric Fabre, galeriste, collectionneur, et mécène, publiera à partir de septembre plusieurs volumes consacrés à sa collection d'oeuvres d'Isou. Affaire à suivre ici I C I
Et après, que manque-t-il à cette reconnaissance qu'Isou aura tant espérée de son vivant ? une rétrospective plus large encore (première division !) à l'image de celle qui fut accordée à Yves Klein, Magritte, Picabia, ou aujourd'hui à Vasarely ? On imagine sans mal le Centre Pompidou saturé d'oeuvres, avec ici une salle entière consacrée aux Nombres, là une autre entièrement dévolue aux Réseaux, plusieurs autres consacrées aux séries réalisées dans les années 80 (sur Soutine, Cocteau, Van gogh...), une plus grande encore dédiée à la méca-esthétique... Et au delà il reste à organiser ici ou ailleurs la grande exposition consacrée au mouvement lettriste, à la richesse de ses acteurs et de leurs styles, qui fixera une fois pour toute, pour le grand public comme pour les spécialistes, l'importance passée et présente de cette avant-garde trop souvent minorée. 
Exposition au Centre Pompidou jusqu'au 20 mai, à la Galerie Trigano (4 bis rue des Beaux Arts 75006 Paris) jusqu'au 4 mai

mardi 16 avril 2019

LE CINEMA DE ROLAND SABATIER AU CENTRE POMPIDOU LE 17 AVRIL



LE CINÉMA DE ROLAND SABATIER AU CENTRE POMPIDOU 

MERCREDI 17 AVRIL, A 19H, CINÉMA 2 (NIVEAU -1) 
SÉANCE INTITULÉE "QUELQUES DÉSORDRES" AVEC LA PRÉSENTATION DE CINQ FILMS SUIVIE D'UN DÉBAT EN PRÉSENCE DE ROLAND SABATIER.

Programme :

- "Contre les charlatans du cinéma", 1969, film infinitésimal, durée variable. Tous les rires que vous manifesterez aujourd’hui et à l’avenir devront vous conduire à imaginer de multiples images, les différents sons et tous les montages possibles et impossibles d’un film hilarant critique et méprisant à l’égard des charlatans de l’art cinématographique du monde entier.

-"Le Songe d’une nudité", 1968, film ciselant 16mm (numérisé), nb/coul, son, 19 min. Ce film est essentiellement composé de longues séquences de pellicules détournées, altérées et en partie abrasées, et entrecoupées de brefs passage de manifestations en faveur du Soulèvement de la jeunesse tournés dans Paris et de négatifs montrant un personnage aux prises avec une attente vaine. Outre la destruction des filmages, son intérêt principal réside dans la proposition d’une bande sonore qui est, elle-même, mise en abîme au point de ne plus laisser subsister que quelques phrases, des mots détachés ou des syllabes séparées rendant celle-ci en partie mutilée. « Discrépant, ciselé et narquois, le Lettrisme au service de la subversion esthétique ». J. P. Bouyxou

- "Hommage à Buñuel," 1970, film hypergraphique polythanasé, sans pellicule, réalisé en public par l’auteur. Durée indéterminée. Le cinéaste raconte au public ce que sera son film qu’il est sensé présenter en donnant des précisions sur le contenu du son et de l’image. La fin, inattendue, sera sans doute décevante pour le public, mais heureuse pour l’évolution du cinéma moderne.
- "Evoluons (encore un peu) dans le cinéma et la création", 1972, film hypergraphique partiellement polythanasé, aprox. 24 min. Sur des images banales visant à illustrer potentiellement un aperçu des thématiques envisagées par le cinéma passé, ce film hypergraphique, enrichi de ‘’relief discrépant avec ballons peu variés’’, propose dans la bande sonore la description minutieuse de l’ensemble des signes qui au lieu d’être inscrits sur
les images sont ainsi donnés en dehors d’elles. Au spectateur d’assurer mentalement la jonction de ces deux expressions. Pour Isidore Isou (dans le revue 7e Art, n°3, 1983), la bande-son de cette réalisation
‘’nous laisse espérer une espérer une existence faire de simplicité édénique, mais inabordable dans le dépassement du texte des nombres, symboles des relations qui nous emprisonnent. Ce film ouvre de hautes possibilités de développement de d’épanouissement."
-"Mise en place de rires justes sur une société injuste", 1985, film infinitésimal, réalisé en public par l’auteur. Durée 28 min (aprox.). Des contrepèterie entrecoupées de rires et adaptées aux célébrités de l’époque sont offertes comme de simples tremplins à la conception mentales des images, des plans et des sons virtuels situées au-delà de toutes les beautés concrètes. Insolite et forcements désopilant !
POUR EN SAVOIR PLUS I C I

lundi 8 avril 2019

ISIDORE ISOU CHEVALIER DES ARTS ALERTES (une critique de Diane Lisarelli en accès libre sur Libération.fr)

CRITIQUE

ISIDORE ISOU, CHEVALIER DES ARTS ALERTES

Par Diane Lisarelli— 8 avril 2019 à 18:06

Poète, peintre, cinéaste, père du lettrisme : le Roumain fait l’objet d’une fourmillante rétrospective au centre Pompidou et en galerie parisienne.

article à lire I C I

mardi 19 mars 2019

MOUVEMENT DES GILETS JAUNES : LE MEDEF PROPOSE SES SOLUTIONS... ET SURPREND !

Je ne sais pas si Geoffroy Roux de Bézieux ira juqu'au bout de la logique qu'il a ouverte dés les premières manifestations de novembre, mais il est clair, et ici il faut vraiment le saluer, qu'il a par ses initiatives couper court aux discours attendus sur la "lutte des classes",  et à en quelque sorte frappé de nullité les arguments des détracteurs du Medef comme ceux de ses propres adhérents. A rebours des postures austéritaires et de leurs tabous (modération des salaires, baisse des charges sociales, de la fiscalité, diminution de la dépense publique), qui forment la doxa du syndicat patronal, il a pris très au sérieux la question sociale et le trouble qui s'emparait alors du pays. Acteur économique mais aussi acteur de la société, inquiété par le retour d'une "hypothèse communiste" habillée d'un gilet jaune, qui se déclarerait hostile au marché, à la concurrence, à l'entrepreneur privé, le médef sous sa présidence a pleinement consenti à un effort des entreprises en direction des salariés. Plus de deux millions d'entre eux en ont bénéficié, pour une moyenne de 450 euros par salarié. On peut estimer que tout cela ne représente que des "miettes" et que le "grand capital" continue à se "goinfrer", mais on ne peut sous-estimer le tournant qui s'est ainsi amorcé et qui démontre que les lignes peuvent bouger, que le bastion de la doxa patronale peut devenir l'espace d'une crise, sous la houlette d'un président conscient des enjeux, un force de proposition, d'innovation et d'intelligence à la fois économique et sociale. Une première depuis longtemps....On aimerait qu'il en soit de même du côté des syndicats des salariés, qui peinent à faire bouger leurs lignes intellectuelles et leurs certitudes, comme ils peinent à mobiliser désormais massivement ces précaires qui arborent un gilet jaune et ont grandi loin des syndicats et de leurs agendas politiques.  Car ce que montre cette crise, c'est qu'on ne pourra faire l'économie de personne, il faut des réformistes du côté des salariés, des entrepreneurs, des indépendants et des agents de l'Etat, mais aussi des Banques et des actionnaires, rien de solide, de durable, ne se fera si un seul acteur manque...  Aujourd'hui je prends connaissance d'un article du Point, "le capital de lancement" (Soulèvement de la jeunesse 1949), voilà une idée qui a finalement fait son chemin... 


"Ascenseur social en panne

En décalage avec son prédécesseur, Geoffroy Roux de Bézieux a aussi avancé des idées plus sociétales. Par exemple, pour s'attaquer au sentiment d'injustice sociale exprimé par les Français, malgré des prélèvements obligatoires record de 45 % du PIB et le haut niveau de redistribution grâce aux prestations sociales, il propose par exemple d'attribuer à chaque jeune un « capital de départ » afin de lui permettre d'« entreprendre (son) destin ». Ce capital passerait par l'octroi de prêts à taux zéro sous condition de ressources pour financer les études et remboursables en fonction du salaire touché par la suite. Ce prêt serait utilisable pour financer une formation, mais aussi un projet immobilier ou un projet entrepreneurial.
Prenant acte de la reproduction des élites et du déterminisme social, il propose, pour lutter contre, d'accorder à chacun un droit à la formation professionnelle à tout moment en vue d'une nouvelle carrière au-delà de ce qui est prévu dans le compte personnel de formation réformé par le gouvernement."
source Le Point I C I

mercredi 20 février 2019

LES CAHIERS RECOMMANDENT :

Près de Commercy,


 l’assemblée des Gilets

  jaunes 


refonde la démocratie

28 janvier 2019 Pascal Hennequin et Hervé Kempf (Reporterre) 


Près de Commercy, l'assemblée des Gilets jaunes refonde la démocratie


ARTICLE A LIRE SUR REPORTERRE.NET I C I

dimanche 17 février 2019

GILETS JAUNES : ACTE 14 ET BILAN DE TROIS MOIS DE MOBILISATION




les samedis se suivent et les manifestations sont reconduites, souvent dans le plus grand désordre,  avec un noyau dur de participants qui, les beaux jours arrivant, ont trouvé là l'occasion de joindre l'utile à l'agréable, la déambulation urbaine récréative et l'opposition à une république enlisée dans ses injonctions contradictoires (rassembler l'ensemble des citoyens  dans une concorde retrouvée, et en même temps écraser les moins bien lotis d'entre eux par des choix politiques, économiques calamiteux) ; ici j'ai défendu et je défends toujours ce mouvement social parce qu'il incarne une critique en actes du pouvoir légalement établi, dans une forme inédite et un pluralisme inattendu, en rupture avec les stratifications sociales héritées, il représente dans une dynamique équivalente comme une réplique venue des catégories externes à la victoire hégémonique de LREM et ses happy few aux dernières élections. C'est le second temps d'un processus de recomposition d'ensemble du paysage politique. Si la République s'est remise en marche, c'est d'abord dans les rues et sur les ronds-points. C'est pourquoi les erreurs et les faiblesses du mouvement me semblent bien moins préjudiciables et beaucoup plus excusables que le niveau bassement policier de leurs détracteurs qui vocifèrent en meutes. Les gilets jaunes ont tout à apprendre et à expérimenter comme mouvement social, les autres défendent une position et ses avantages. Ils ne veulent rien à apprendre, ni expérimenter, ils ne veulent pas de la révolution (ils sont rassurés elle n'arrivera pas) mais moins encore des réformes ! Le niveau de violence déployé par les manifestants à plusieurs reprises, l'impossibilité de ce mouvement à s'auto-organiser et à se dépasser dans des formes institutionnelles (des listes et un programme dans le cadre du jeu électoral) appelle cependant plusieurs observations :
- vers une "nuitdeboutisation" du mouvement des gilets jaunes ? Ce qui d'emblée a frappé d'inanité les commentateurs (intellectuels et journalistes), c'est le bien le caractère protéiforme de ce mouvement qui pouvait rassembler dans un premier temps des individus venus de partout et de nulle part sur le plan politique. Si ultras de gauche et de droite s'affrontent parfois en marge voire au milieu des manifestations comme à Lyon la semaine dernière, la plupart du temps ils peuvent défiler non sans quelques frictions au milieu des gilets jaunes, chacun s'efforçant de donner de la voix pour mettre en sourdine les slogans et chants de ses adversaires politiques. Or hier, ce qui m'a frappé immédiatement, outre l'inexistence d'un service d'ordre (le côté amateur...), c'est clairement la forte présence de la gauche radicale au sein du cortège, immédiatement reconnaissable à ses chants et slogans ("tout-le-monde-détestelapolice/ah-ah-anti-anticapitaliste-ah-ah/police partout justice nulle part") ; dans la mesure où ce mouvement n'a pas pu encore produire sa propre institutionnalisation (et dans une certaine mesure son noyau dur la combat), il ressemble pour le meilleur (il faut aussi le dire !) comme pour le pire à une auberge espagnole où chacun, chacune, sans regard pour ses orientations habituelles, peut venir habillé(e) d'un gilet jaune et rejoindre une mobilisation centrée essentiellement sur des demandes de renouvellement démocratique, de justice sociale et fiscale et de réforme de l'Etat. Dans une certaine mesure les violences déployées surtout contre les forces de l'ordre et les lieux de pouvoir (les permanences des élus, l'Assemblée Nationale la semaine dernière) sont fortement connotées politiquement, les méthodes des émeutiers aussi ; nous ne sommes pas en présence des scènes de pillage et de destruction habituelles (comme lors du troisième samedi) ; il y a clairement une dimension politique insurrectionnelle et paradoxale ; en effet si le "grand soir" révolutionnaire hante les imaginaires de la gauche radicale, il semble peu partagé par l'essentiel des manifestants qui de samedi en samedi reviennent avec les mêmes mots d'ordre (comme l'a très justement rappelé Ingrid Levavasseur : "vivre dignement dans une société plus juste") et s'inscrivent clairement dans une orientation réformiste plus que révolutionnaire (même si le langage chez les gilets jaunes emprunte beaucoup à 1789). Aussi les minorités actives et politisées tentent clairement d'orienter le mouvement et une partie de l'opinion ; la provocation contre la police cherche à démontrer la nature supposée totalitaire et liberticide du régime en place et donc son illégitimité ; d'où les écarts délibérés tentés par des petits groupes pour sortir le cortège de l'itinéraire déclaré en préfecture et obliger la police à disperser ce qui devient de fait un attroupement illégal. Beaucoup de gilets jaunes sont des novices sur le plan politique et sans doute découvrent-ils ce qu'est une manifestation en temps de crise ; les services d'ordre improvisés des gilets jaunes, aussi sympathiques soient-ils ne sont pas en mesure d'imposer leur autorité à des acteurs aguerris aux techniques de l'entrisme, de la guérilla urbaine et de l'insurrection. Ces éléments de gauche radicale forment l'avant-garde romantique d'une masse d'insurgés  fantôme et d'une révolution tout aussi introuvable. Certains néophytes sont grisés par cette ambiance électrique et sont  moins bons à la course que les forces de l'ordre et les professionnels de l'émeute... Mais il est clair que la manifestation de ce samedi me rappelait davantage les débats et discussions entendues lors de l'épisode Nuits Debout place de la République ou l'ambiance des manifestations altermondialistes que la colère exprimée sur les ronds-points. 


























Un académicien invectivé ! 
Cette "nuitdeboutisation" à l'oeuvre aux marges du mouvement me semble confirmée par "l'agression" dont a été victime le philosophe et académicien Alain Finkelkraut. Jusqu'à présent, le mouvement des gilets jaunes refusait tout ce qui pouvait rappeler une institution et une autorité (partis et syndicats) ;  j'ai même assisté à une scène étonnante (acte 10 ou 11 je ne sais plus) où des Cgtistes rejoignant en cours de manifestation le cortège se sont heurté aux organisateurs qui ne refusaient pas aux syndicalistes la possibilité de prendre toute leur place dans le cortège mais s'opposaient farouchement à ce que leurs banderoles CGT dénaturent le caractère "apolitique" et "apartisan" du mouvement ; dans les échanges entendus, revenaient aussi les reproches contre un syndicat dont le bureau central avait pris très tôt ses distances avec un mouvement qu'il jugeait sans doute trop "poujadiste" à ses yeux, même si à la base des adhérents de plusieurs fédérations avaient rejoint les protestataires sur leurs ronds-points. Bref, les invectives virulentes lancées contre le philosophe académicien témoignaient très clairement d'une orientation politique que par paresse, impuissance ou aveuglement les notables de l'information et de "l'intelligence" ont qualifiée bien sûr "d'antisémite" (l'arme de disqualification massive). Et pour être très précis sur le sujet je ne vois que l'injonction stupide de "retourner à Tel-Aviv" qui s'inscrive nettement dans les poncifs anciens et nouveaux de l'antisémitisme (le philosophe serait illégitime en France en raison de ce qu'il est, absurde !), je pense par contre que les accusations jetées contre Finkelkraut de "fasciste", de "haineux" et de "raciste" méritent mieux que cette disqualification de principe car ce qui est attaqué de manière outrancière c'est non ce qu'il est mais ce qu'il a écrit ou dit.


La séquence vidéo laisse en effet clairement entendre les insultes ("sioniste de merde, raciste, haineux, nous sommes le peuple...") proférées, mais ne donne pas le hors-champ qui éclaire, sans les excuser aucunement, le contexte de ce non-dialogue débuté en amont. Alain Finkelkraut s'inquiète en des termes que je trouve souvent "inquiétants" depuis bien longtemps dans son émission hebdomadaire Répliques, mais aussi dans l'Esprit d'Escalier avec Elisabeth Levy, d'une France facturée, d'une "identité nationale" fragilisée par de nouveaux venus visiblement peu solubles dans l'idéal républicain, qui de leurs "territoires perdus", préparent une nouvelle "barbarie", attaquent la laïcité, diffusent un islam radical et toxique, se tordent de rire aux spectacles de Dieudonné, refusent d'étudier la Shoah... J'en oublie ? Ce qui s'est invité hier dans un cortège ouvert à tous les vents (et même les vents mauvais !) c'est d'abord un conflit qui ne concerne en rien le mouvement des gilets jaunes (le conflit israelo-palestinien !), puisque on entend clairement le mot "Palestine" répété à plusieurs reprises et qui couplé avec la charge accusatoire sans appel "sioniste de merde" laisse clairement entrevoir l'imaginaire politique dans lequel se tiennent les insulteurs de Monsieur Finkelkraut ; mais il me semble qu'il faut suspendre un instant l'arme de disqualification massive (trop facile pour vous et moi) pour envisager la scène autrement ; car c'est aussi en quelque sorte une réponse abrupte et sans doute imbécile à une ligne souvent défendue par le philosophe académicien. Dans son regard maladif porté sur les marges disruptives de la société (= les banlieues), Alain Finkelkraut finit par par glisser comme beaucoup  de nos notables du Parti de l'Intelligence sur les pentes d'une déploration identitaire qui clive le corps social en "bons citoyens" (= républicains, universalistes) et "mauvais citoyens" (communautaires, souvent musulmans, étrangers en quelque sorte à une "francité" qu'ils ne veulent pas comprendre et intégrer) ; ainsi à l'occasion des obsèques de la vedette "nationale" J. Halliday avait-il noté que parmi la foule rassemblée les "non souchiens" (terme polémique repris aux indigènes de la république pour dissocier ceux qui se revendiquent de souche ancienne par opposition aux "branches" plus récentes de la Nation- France) "brillaient par leur absence" alors que le "petit peuple blanc" lui était bien là, comme pour suggérer que décidément de l'attentat contre Charlie Hebdo aux obsèques d'Halliday les "banlieues" n'entendaient rien aux temps forts de ce pays. Or dans les invectives lancées hier contre l'académicien ("la France nous appartient, nous sommes le peuple"), se lisait, au delà du conflit israelo-palestinien tombant comme un cheveu sur la soupe, ou des prétentions venues d'un islamisme conquérant, une véritable déclaration d'appartenance et d’identification à une communauté plus large que celle d'un quartier ou d'un banlieue, lancée avec arrogance et véhémence à la face d'un philosophe à qui on peut effectivement reprocher d'exclure souvent dans ses propos de l'espace républicain national les marges dissidentes et virulentes, issues d'une immigration plus récente. On a souvent souligné que les banlieues étaient plutôt absentes du mouvement des gilets jaunes ; elles ne sont pas étrangères au combat politique, mais il prend souvent les formes  aujourd'hui rédhibitoires d'un tiers-mondisme révolutionnaire, ou d'un islam politique. Les externes rentrent dans le jeu politique par des formes et des mots d'ordre de rupture au regard des codes qui règlent la vie publique et collective dont ils s'estiment à tort et à raison exclus. Je ne suis donc pas étonné de ne pas trouver des "républicains" forcenés parmi cette jeunesse qui effraie les "braves gens" et les "honnêtes citoyens" mais plutôt des individus en dissidence violente avec les habitus de la civilité officielle. Mais je ne peux m’empêcher de voir dans les allégations vociférées par l'un des deux insulteurs autre chose qu'une déclaration de guerre "islamiste" à un supposé "sioniste", j'y vois aussi clairement une réponse à l'académicien, à certaines de ses déclarations, de ses obsessions, dans ce "nous sommes le peuple" il y a comme la reconnaissance d'une communauté d'expérience et de destin, la découverte d'un Nous à l'occasion d'une manifestation, d'un mouvement social, qui agrège contre toute attente des pans de la société que l'on n'attendait pas ou plus, avec comme l'avait bien vu Lénine leurs "préjugés terribles". C'est comme si le jeune homme répondait à l'académicien, exemple abouti d'intégration par la littérature et la culture (français par les livres et par l'écriture) : "moi je suis français par la rue et par l’émeute, je découvre des pairs en condition, je quitte le quartier, la famille, la communauté religieuse pour une nouvelle aventure, je rejoins le peuple anonyme  et révolté dont j'étais jusque là séparé" ; c'est là une lecture très personnelle,  peut-être erronée, et on verra, puisqu'il y a désormais enquête, ce que le principal intéressé dira pour sa défense.    Pour le reste, la réaction et ses gardiens sourcilleux n'en attendaient pas tant, concerto d'indignation et sans doute mobilisation de tous les notables dans leur guerre ouverte au mouvement des gilets jaunes... avec la petite musique de ceux à qui on ne l'a fait pas "on vous l'avait bien dit !" Ah décidément Askolovitch ignore à quel point il a raison,  la "lutte contre l'antisémitisme" est la dernière justification, le joker, l'argument moral ultime de tout pouvoir aux abois qui ayant failli sur tout joue cette carte atomique, en se présentant comme le seul rempart face à la "barbarie qui monte" et qui arbore... un gilet jaune ! Ceci dit, ces insultes étaient inutiles et sans objet car on peut reprocher beaucoup de choses à Finkelkraut, mais c'est lui qui a donné toute parole à Christophe Guilluy,  Jean Claude Michéa, pour souligner combien la France périphérique était snobée, ignorée des élites politiques et intellectuelles toutes entières focalisées sur le "malaise" bien réel des banlieues. L'accuser de "sionisme"...bof, bof, bof... sérieusement, il est sans doute celui qui comme souvent dans son émission Répliques arrive à faire dialoguer des voix très discordantes sur le sujet de la question palestinienne comme sur bien d'autres. j'en tiens pour preuve le communiqué de la Ligue de Défense Juive qui rappelle tout son soutien à Finkelkraut comme juif attaqué mais son opposition à lui "dans sa défense de la cause palestinienne" I C I ; voilà donc un homme  qualifié à la fois de "sioniste"  par les uns et de "pro-palestinien" par les autres, ce qui est une bonne nouvelle pour le philosophe académicien car sans doute sur un sujet aussi explosif que celui-ci il tient une position nuancée et subtile, qu'il peine à trouver sur d'autres sujets (voir plus haut), mais qui fâche assurément tous les adeptes de jugements partisans et définitifs. Ce n'est pas la première fois que Finkelkraut est ainsi conspué ; lors d'une précédente Nuit Debout il avait été aussi vertement pris à partie, et obligé de quitter la Place de la République sous les sifflets et les crachats... l'utopie d'une société meilleure  plus tolérante se ferait sans lui ! Les notable n'ont cessé depuis le début de mépriser et couvrir de quolibets et d'insultes le mouvement des gilets jaunes, on ne répond pas au crachat par le crachat, personne n'a raison parce qu'il éructe plus fort ou brille davantage dans l'insulte, on gagne sur ses adversaires en les ralliant à sa cause par l'argument, l'exemple, la preuve. Finkelkraut est sans doute celui qui, malgré ses préjugés tenaces, dans le petit champ médiatique discute et débat le plus avec tout le monde (y compris un Renaud Camus théoricien sulfureux du "grand remplacement"), cela lui a été suffisamment reproché.... Les œillères et les ornières de la gauche radicale et de ses luttes habituelles viennent comme polluer un œcuménisme ambiant (voir les photos qui accompagnent ce post, lors des actes précédents, c'était encore plus bigarré) où finalement il importe peu de savoir qui sont ou ne sont pas les manifestants qui défilent habillés d'un Gilet Jaune (pas de déclaration préalable ni de sondage systématique des reins et des coeurs) ; or ici très clairement s'invitent des luttes et des revendications qui lui donnent une orientation politique hautement partisane, très étrangère à son noyau irradiant originel, comme une "récupération" que la plupart des gilets jaunes refusent par ailleurs, voilà une contradiction qu'il leur revient de résoudre très vite sous peine de n'être in fine que la caisse de résonance de toutes les causes opportunistes en mal de troupes.




Ce qu'on voit ce qu'on ne voit pas !
Faut-il donc tourner le dos à ces insurgés d'un genre nouveau, amateurs et désorganisés, et se joindre aux "assis", aux notables de l'information et de la réflexion pensionnée, à leurs indignations ? Décidément non, le cercle de la raison , et ses paniques morales, me semblent un parfait repoussoir éthique et politique ; qu'un Apathie, qu'un Calvi, qu'un Praux sans parler de Bruckner ou Ferry, prennent la parole pleine de fiel, et j'ai l'impression de voyager dans le temps d'entendre les anathèmes de la bourgeoisie outrée contre les communards, leurs exactions autant que leur programme politique ! les censeurs du mouvement pratiquent un activisme qui relève de la caricature ; l'hypertrophie du détail permet de faire disparaître la vue d'ensemble ; ce n'est pas une information que l'on vous livre mais une caricature, ce n'est pas l'analyse savante d'un mouvement social que tel plumitif vous soumet, mais une caricature ! les exactions sont présentées comme des "faits du jour", les violences tournent en boucle (on se demande bien à quelle fin non dissimulée)... on entend et on voit la violence verbale et physique (un peu moins celle des policiers, étonnant non ?), pourtant si on tend l'oreille, si on ouvre les yeux, si oublie un moment la rumeur du monde, plusieurs faits sortent d'une invisibilité :
- l'appel de Commercy lancé comme une bouteille à la mer a connu un succès inattendu : plusieurs dizaines de coordinations de toute la France ont répondu favorablement à cet appel et ont donné lors des premières assises  une première réalité à un "municipalisme libertaire", d'inspiration autogestionnaire, qui propose de revivifier par la base et la vie quotidienne l'exercice d'une citoyenneté souveraine ; à ceux et celles qui du côté des notables prophétisent pour le mouvement des gilets jaunes, comme à chaque fois que la démocratie avance, qu'elle donne toute sa place à ceux qui en représentaient les marges radicales, un nihilisme sans débouché  voué à terminer dans les pires ornières, voilà bien le meilleur argument à opposer à leur délire policier et à leurs demandes de plus en plus sécuritaires. On pourra suivre les débats dans plusieurs vidéos hautement recommandées


le live de Mediapart : 



le live de MEdiapart 2 




- le grand débat : c'est une expérience inédite menée à l'échelle du pays en temps de crise ; sans doute le pouvoir n'avait guère d'autre alternative puisque le mouvement incapable dans l'immédiat de produire sa propre structure représentative, ne pouvait permettre une sortie de crise classique (de type accord de Grenelle), mais assurément c'est un succès (dans la version proposée par le gouvernement mais aussi sur celle plus ouverte des gilets jaunes), et je pense que cela ne restera pas une expérience sans lendemain, car visiblement les citoyens commencent fort heureusement à y prendre goût. De ce point de vue c'est l'issue de ce grand débat qui tarira le mouvement en lui offrant des réformes ambitieuses à la mesure des exigences en termes de renouveau démocratique et de justice sociale ou au contraire lui permettra de connaître un second souffle qui l'obligera immanquablement à se structurer et à s'institutionnaliser comme une force d'opposition politique.



pour participer Aux grands débats deux liens :
- A mesure que les semaines se passent, le mouvement pris dans son horizontalité originelle, rejette tous ceux et toutes celles qui proposent de rentrer dans un cadre politique traditionnel comme si les manifestations hebdomadaires voulaient ressusciter la mystique révolutionnaire et le grand soir instituant ; ce faisant, loin d'innover en matière politique il renoue avec le pire sectarisme de l'histoire de la gauche critique (marxiste-léniniste, trotskiste, maoïste de feu la Gauche prolétarienne, situationniste), multiplié par une communication 2.0, en coupant régulièrement les têtes de ceux et celles qui pour le plus grand malheur veulent donner un prolongement institutionnel à l'opposition qui s'exprime dans la rue. Loin d'être tenté par les "aventuriers" (Drouet, Nicolle), je pense, qu'au contraire il faut soutenir toutes les initiatives qui visent à inscrire de manière durable les valeurs et exigences portées par le mouvement, et qui explique en partie le soutien, malgré les violences, d'une partie de l'opinion, dans le jeu institutionnel. En termes externistes, il faut parier sur ceux et celles qui veulent sortir de la "créativité détournée" pour entrer dans la "créativité pure" positive. bien sûr, le chemin de croix risque d'être long tant les règles de la vie politique privilégient le fait majoritaire et les partis consensuels. Tout mon soutien aux initiatives de Hayk Shaynian, Ingrid Levavasseur, Benjamin Cauchy, dont on devine qu'à la base les préférences politiques ne sont pas tout à fait identiques mais qui veulent donner au mouvement une existence officielle à même de peser dans le cadre de rendez-vous électoraux. On sait maintenant que les heureux contributeurs de LREM n'ont pas eu à puiser sur leur livret A.... mais sur des comptes bien mieux garnis, les gilets jaunes qui veulent constituer des listes pour les européennes viennent de découvrir que le nerf de la guerre en politique c'est d'abord l'argent, là encore il faudrait lever ce plafond de verre pour permettre l'accès au champ politique à ces mouvements de citoyens nés dans la rue et les manifestations ou les ronds points, même si bien sûr les partis bien établis n'y ont guère intérêt. A l'heure où j'apprends que même le candidat LR Bellamy connaît visiblement des problèmes de financement pour la campagne européenne il semble urgent de ne pas laisser la diversité de la vie démocratique à l'appréciation des seuls comptables. A ce sujet on lira avec profit les propositions de Julie Cagé dans son ouvrage le Prix de la démocratie. A écouter absolument les trois dernières minutes de l'entretien, lumineux !


- les médias et le gouvernement communiquent beaucoup sur le coût du mouvement des gilets jaunes (destruction, blocages, ralentissement de la fréquentation des centres villes et donc pertes pour les magasins qui essaient d'y survivre, impact sur la croissance...) mais en des termes erronés (propagande !) ; ce n'est pas la "créativité détournée" dans ses formes paroxystiques qui est en cause mais bien la nature du contrat social entre insiders et outsiders ; la révolte sociale a un coût, elle se chiffre et finalement il est plus pertinent économiquement d'investir en direction des marges et des exclus d'une prospérité normative et exclusive que de régler la facture de leurs externalités négatives (vers un capital de lancement ?). La majorité en place n'a d'autre alternative que de dépasser dans la réforme les demandes et les exigences des gilets jaunes ; pour l'heure c'est par la droite qu'elle essaie reconquérir une légitimité (l'ordre et la sécurité) aux yeux de l'opinion, elle sortirait grandie si elle parvenait à ramener non seulement l'ordre (indispensable), la concorde, la justice sociale (tout aussi indispensable) dans le cadre d'un Nouveau Contrat Social intégrant ces invisibles qui ont endossé depuis trois mois le désormais célèbre Gilet Jaune.