jeudi 8 novembre 2007

RETOUR SUR L'ACTION AU CIPM


Symphonie n°4 : Juvenal, 2001 - (page 54 de la partition)

La manifestation organisée au Centre International de Poésie de Marseille Introduction à un nouveau poéte et à un nouveau musicien constitue la première grande rétrospective consacrée à une oeuvre poético-musicale violemment exemplaire dans ses prétentions et ses sommets mais encore dispersée dans de nombreuses revues et publications. Cette dispersion même contribuait sans doute à masquer la cohérence et la continuité dans le temps d'une production qui du premier poème Rituel somptueux pour la sélection des espèces publié sous pseudonyme dans le revue Fontaine (1947) à Juvénal (enregistrée et mise en voix par Frédéric Acquaviva) ou à la pénultième Symphonie n°5 en marque l'importance qualitative au sein même du travail pluridisciplinaire d'Isou. Voilà qui surprendra ceux qui encore trop nombreux ne voient dans le lettrisme qu'un primitivisme phonétique et en Isou un théoricien impénitent... sans oeuvre réelle ! Comme Breton et Tzara qu'il a en son temps défendus comme poètes dans son Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique alors qu'ils étaient reconnus essentiellement comme des théoriciens et des chefs de groupe, Isou tend lui aussi a disparaitre comme artiste et poète sous la masse des écrits théoriques et polémiques qu'il a publiés et qui lui valent une reconnaissance encore bien modeste. Les oeuvres vives sont là pourtant...
Je recommande la visite de leur site Internet (http://www.cipmarseille.com/) et bien sûr la lecture du numéro 163 des Cahiers du refuge réalisé sous la direction de Frédéric Acquaviva qui fourmille de prolongements susceptibles de faire chavirer bien des certitudes. On se reportera à titre d'exemple à la bibliographie établie à cette occasion et qui à elle seule s'inscrit moins dans l'hommage légitime et attendu que dans le souci de faire oeuvre de connaissance en présentant une documentation rigoureuse. Pour l'occasion, les lettristes Gérard Broutin, Jean-Pierre Gillard et François Poyet étaient présents, le blog du lettrisme donne la teneur de l'évènement :
http://www.leblogdejimpalette.typepad.com/

M. Lemaître, I. Isou et J. Spacagna









jeudi 11 octobre 2007

DEGUEULASSE DIT-ELLE...

Nombre de députés à droite se sont émus, voire sentis insultés, par la récente sortie de Fadela Amara qui qualifiait de "dégueulasse" l'instrumentalisation de l'immigration par la droite parlementaire. Elle est en effet membre d'un gouvernement qui a fait de l'ouverture à gauche sa dynamique et visiblement cela ne va pas sans heurter le conformisme de la vie politique. Les raisons de cette ouverture ne sont pas sans arrière-pensées tactiques de la part de Nicolas Sarkozy qui en stratége éclairé veut priver la gauche de certains de ses meilleurs éléments en donnant à ceux-ci les moyens concrets d'agir pour transformer la société, et ce afin de liquider le PS pour longtemps. A gauche , où le projet de loi sur l'immigration avec cette régression du politique au biologique que constituent les tests ADN a suscité une franche hostilité, nombreux sont ceux qui s'étonnent de voir Fadela Amara autant que Martin Hirsh rester au gouvernement malgré les vives critiques qu'ils ont formulées à l'encontre de ce projet de loi. Ce qu'il manque à tous ces messieurs c'est le sens de L'EXTERNITE ! Les clivages d'hier n'ont plus de pertinence aujourd'hui, les postures identitaires et les solidarités politiques supposées acquises (les membres du gouvernement doivent soutenir l'action des députés de la majorité !) se trouvent bousculés par des externes, des électrons libres pour qui l'appartenance à telle ou telle organisation politique ne saurait se substituer à la nécessité de faire avancer un certain nombre de chantiers et d'idées. Opportunisme ? pragmatisme ? Laissons donc ce moralisme aux gardiens du dogme et à leur sectarisme ! Cela fait des années que Fadhella Amara milite dans les quartiers et qu'elle porte les couleurs du Parti socialiste ... Ceux qui critiquent au PS son choix d'entrer au gouvernement oublient un peu vite, derrière leur morgue identitaire, que le PS n'a sans doute pas sufffisamment fait une place et un avenir à toute une jeunesse issue des quartiers que l'on nomme par euphémisme "difficiles". C'est donc seuls et selon des stratégies bricolées mêlant survie et désir de reconnaissance que les uns et les autres ont évolué, saisissant toutes les opportunités (qu'elles viennent de la droite ou de la gauche) susceptibles de les sortir de leur inexistence. Pour résoudre sa problématique individuelle (jeune femme issue de l'immigration et habitant un quartier difficile), elle a décidé de résoudre une problématique collective (d'où son travail remarquable de militante associative) ; qui à gauche pourrait contester cette heureuse dialectique de l'individuel et du collectif aux antipodes de l'égoïsme autosuffisant prôné par les libéraux ? Que les marges de manoeuvre soient faibles, que Nicolas Sarkozy instrumentalise ce principe d'ouverture, non sans cynisme, pour mener une politique réellement à droite, que "l'immigration choisie ou subie" serve de contre-feux, comme les régimes spéciaux, pour cacher une croissance en berne, les cadeaux fiscaux accordés aux plus aisés... Tout cela est vrai, il n'empêche que la vraie rupture dans une vie politique française bien réglée vient de ces membres du gouvernement, décentrés, qui refusent la logique du TOUT ou RIEN et qui, dépositaires en cela d'une éthique nucléaire, expriment désaccord et critique tout en continuant à travailler et à agir là où un accord reste possible. A méditer !

mardi 2 octobre 2007

NEWS LETTRISME ET CIE !

octobre 2007, 16h

“De Henri à Chopin, le dernier Pape”
film de Frédéric Acquaviva & Maria Faustino
présentation d’un extrait en présence des auteurs et de Henri Chopin et Jacques Donguy
Act’Oral#6, Montevidéo, 3 impasse Montévidéo 13006 Marseille

+ Edition du Cahiers du Refuge n°162 : “Henri Chopin”, coordonné par Frédéric Acquaviva et Jacques Donguy

26 octobre 2007, 18h30
Exposition “Isidore Isou, introduction à un nouveau poète et un nouveau musicien”,
26 octobre au 19 janvier 2007
Commissariat Frédéric Acquaviva
Vernissage en présence des lettristes Broutin, Jean-Pierre Gillard et François Poyet
CIPM, 2, rue de la Vieille Charité, 13002 Marseille

+ Edition du Cahiers du Refuge n°163 : “Isidore Isou”, coordonné par Frédéric Acquaviva

27 octobre 2007, de 14h à 17h
Diffusion de l’intégralité des symphonies de Isidore Isou réalisées ou orchestrées par Frédéric Acquaviva avec la voix de Isidore Isou et choeures letristes :
“Symphonie n° 1 : La Guerre” (1947), “Symphonie n° 3 : Quartier Latin” (1999), “Symphonie n°4 : Juvenal”(2001-2003) et l’inédite “Symphonie n° 5” (2006, création mondiale)
Avec le concours de l’acousmonium du GMEM
Chapelle de la Vieille Charité, 2, rue de la Vieille Charité, 13002 Marseille

jeudi 27 septembre 2007

POUR EN FINIR AVEC LA CONSPIRATION DU SILENCE : RETOUR D'EXPOSITION

Dans le quasi silence institutionnel, l'exposition organisée par l'institut culturel roumain de Paris et François Poyet fait date et évènement... ne cachons notre plaisir, c'est là l'occasion de prendre acte in situ du travail artistique d'Isou et c'est aussi l'opportunité précieuse de voir un grand nombre de ses toiles (29 !) réunies en un seul lieu. Les oeuvres exposées témoignent de la richesse des directions explorées par l'artiste, capable tout à la fois de réalisations denses, saturées de signes (je pense notamment à la série des Résaux violents de 1975 mais aussi aux 9 toiles qui composent l'ensemble Géographie de 1972) autant que de créations minimales, épurées (la série Polythanasie atomique, de 1974). Cette dernière reproduit la même suite de lettres avec à chaque toile une lettre différente biffée, ce qui rend la toile unique mais en même temps l'inscrit dans une continuité d'ensemble (une destruction lettre par lettre d'un motif lettriste initial qui gagne ainsi à être lu pour chacune des toiles). Frédéric Acquaviva dans le texte d'introduction au catalogue fait remarquer que ce jeu de différence et de répétition reprend dans le cadre de la peinture lettriste la problématique traitée par Monet de manière impressionniste dans sa série de toiles consacrée à la Cathédrale de Rouen ; on peut aussi évoquer de manière plus anecdotique les portraits répétés (avec variation de couleurs) de Warhol dans une perspective néodadaïste. On en saisit d'autant mieux l'irréductible singularité du lettrisme, de ses apports et de ses contributions. Ce qui ressort de fait de manière manifeste, c'est sans doute chez Isou l'importance de créer en adoptant le format de la série plutôt que de s'attacher à des oeuvres ponctuelles mais aussi le travail encore à faire (démesuré !) pour en rassembler toutes les pièces afin de les rendre à leur vérité. L'exposition présente par ailleurs un autre intérêt, sans doute davantage éthique, qui éclaire un aspect non négligeable de la vie du mouvement lettriste ; François Poyet est un artiste pluridisciplinaire, présent et actif dans le groupe lettriste depuis 1966, ce n'est donc pas en tant que Curator, historien ou scientifique qu'il a initié cette manifestation mais sur la base de sa collection personnelle, porteuse d'une histoire, d'un dialogue créatif entre artistes, d'un échange continu dans le temps entre les oeuvres qu'il possède et celles que lui-même a créées ; cette manifestation se présente in fine comme le témoignage vivant de cette permanence dans la création qu'Isou a cherchée toujours et tout le temps à susciter chez ses contemporains.
INSTITUT CULTUREL ROUMAIN DE PARIS : 1 rue de l'exposition 75007 PARIS ; la visite de l'exposition est hautement recommandée autant que la lecture du catalogue !

mardi 11 septembre 2007

ISIDORE ISOU A L'INSTITUT CULTUREL ROUMAIN DE PARIS

A l'initiative de François Poyet se tiendra du 13 septembre au 11 octobre une exposition, consacrée à Isou à l'Institut culturel Roumain (1 rue de l’exposition 75007 Paris), du 13 septembre au 11 octobre 2007. Le vernissage aura lieu le jeudi 13 septembre à partir de 20 heures.

Adresse du site de l’institut culturel roumain

http://www.icr.ro/filiale/index.php?cod_filiala=10

Les Cahiers saluent cette manifestation et feront un compte rendu de ce petit évènement qui rompt provisoirement le silence des institutions à l'égard du fondateur de l'avant-garde lettriste.

lundi 10 septembre 2007

CE(UX) QUI RESTE(NT)

Jean-François Bizot est mort : avec lui c'est un peu du gauchisme culturel qui s'en va (mais au fait qu'en restait-il vraiment ?), Actuel, Nova... c'est aussi l'infatigable défricheur de tous les underground qui s'est trouvé dépassé par le TOUT FESTIF dont il était devenu, au fil des années, à son coeur défendant le promoteur. Nous n'oublions pas que la revue Nova sur sa fin se trouvait suffisamment inspirée pour consacrer une petite place aux avant-gardistes, lettristes notamment. L'interview d'Isou par Bizot reste un grand moment de non compréhension réciproque où chacun des protagonistes parle sans doute d'un lieu inconnu de son interlocuteur... Si d'aventure quelqu'un pouvait la mettre en ligne... Je regarde derrière moi les étagères où s'accumulent dans le plus grand désordre les livres une fois lus : je relis les titres pour mieux les situer, le nom de leurs auteurs : Foucault, Derrida, le freudo-marxisme, la gauche prolétarienne, Deleuze, Tel Quel, Althusser... Que reste-t-il fatalement de tout cela qui en son temps FAISAIT ACTUALITE de manière indépassable ? Si peu, une nuance et un style pour les meilleurs ( Deleuze, vrai disciple de Nietzsche dont il renouvèle la lecture), un concept, une idée qui aujourd'hui encore fait sens, mais que dire des autres, de tous les autres qui appliquaient avec talent, sans une once d'originalité, la doxa du moment (structuraliste, prosituationniste, maoïste...) avant d'en changer, avec la même absence d'originalité, pour continuer à exister. Et je tombe sur les livres d'Isou et là, je suis quand même pris d'un sérieux vertige : ce n'est pas un mot ou une expression qui me vient en tête (comme la déconstruction chez Derrida ou l'habitus chez Bourdieu) mais une liste impressionnante de concepts tous justifiés en actes par des livres et des oeuvres : économie nucléaire, Hypergraphie, art infinitésimal, cadre supertemporel, excoordisme... formules et pratiques qui sans doute n'ont jamais FAIT ACTUALITE, au sens festif et récréatif du terme et pourtant elle continuent à jouer du côté de l'HISTOIRE et d'un PRINCIPE DE PLAISIR CREATIF trop souvent sous-estimé...

jeudi 2 août 2007

SALUT A ISIDORE ISOU

Le 28 juillet Isou s'est éteint à son domicile parisien ; il avait 82 ans. Les Cahiers saluent l'homme, le créateur, l'artiste, sa force d'invention et ses contributions majeures dans de nombreuses disciplines culturelles et artistiques.