mercredi 29 avril 2009

INTERNET ET CREATION

Le projet de loi HADOPI revient pour une nouvelle lecture à l'Assemblée Nationale ; c'est l'occasion de prendre acte des enjeux que ce texte insuffisant et inapplicable pose malgé tout : révolution internet et statut de la création dans sa production et sa diffusion, financement de la production culturelle à l'heure du téléchargement gratuit... Au delà des postures caricaturales de type gauchisme infantile à fort relent de situationnisme réchauffé ("je veux tout pour rien" qui était encore il y a peu le mot d'ordre des actionnaires de tous les Cac40 du monde ), le flicage généralisé et les nombreux lobbies qui se disputent le terrain... L'association la Quadrature du Net a organisé une série de tables rondes autour du projet de loi Hadopi ; sur le site de cette association vous pouvez écouter les différentes interventions qui ont le mérite de mettre autour de la même table toutes les instances intéressées : artistes, sacem, juristes... et d'offrir des pistes de réflexion aux problématiques nouvelles qui se posent sur les plans juridiques, économiques, politiques et culturels.
http://www.libreacces.org/spip.php?article58 (surtout la deuxième conférence !)

lundi 27 avril 2009

VERS UNE SOCIOLOGIE DE LA CREATION ?

Dans le chaos des évènements et des discours, qui voient les libéraux d'hier battre leur coulpe et adopter des accents quasi léninistes (minc, attali et bien d 'autres naufragés de l'intelligence économique) et une gauche infantile (saluons ici Bernard Thibaut (CGT) et François Chéréque (CFDT) qui seuls ont su poser dans l'espace publique la question sociale en des termes pertinents : mais où sont donc la gauche ? le gouvernement ? Le patronat ?) applaudir chaque fois que les salariés désespérés s'en prennent à leurs dirigeants parce que in fine elle n'a rien à leur (nous) proposer pour répondre et surmonter les zones de turbulences présentes, quelques lectures ici et là, en rupture avec les dogmatismes hégémoniques du moment (non au marché oui à l'Etat !), méritent plus qu'une simple et bienveillante attention. Le petit livre de Norbert Alter L'innovation ordinaire (PUF) propose par exemple une analyse aboutie dans le cadre de l'entreprise de l'innovation considérée comme mouvement à la fois destructeur et créateur de nouvelles formes et pratiques (Schumpeter), il en étudie les incidences notamment en terme d'instabilité, les stratégies individuelles et collectives mises en place par les acteurs pour accompagner ce mouvement et en réguler les désordres mais aussi chez le(s) initiateurs du changement ce livre cherche à rendre compte des motivations que la seule rationalité économique ne peut épuiser (c'est là sans doute la partie la moins convaincante ; a contrario de ce qu'affirme l'auteur le détour par l'économie, notamment nucléaire, offre un éclairage essentiel) : une lecture passionnante, quoi que "technique" souvent (il s'agit d'un ouvrage de sciences humaines et non de vulgarisation) qui donne envie de se replonger dans la les oeuvres de Schumpeter. Quelques extraits du résumé suivent, il est à noter combien le point numéro 3 a des accents "isouiens" ; sans parler du Traité d'Economie nucléaire, il n'est quà relire l'article d'Isou publié par la revue Fontaine en 1947 ; dans ce premier bilan du lettrisme, Isou décrit la situation du groupe d'avant-garde, en des termes très proches, dans une situation conflictuelle à l'égard d'un marché organisé (dimension économique) et surtout d'un champ institué (la poésie) où il apporte le désordre en contestant les valeurs qui y dominent (dimension symbolique) et en introduisant par le scandale le loup lettriste dans la bergerie des moutons de la résistance et du surréalisme. Les résistances sont aussi nombreuses que les conformismes (éditeurs, journalistes, radios, critiques, et surtout les poètes eux-mêmes qui n'entendent pas voir disqualifiée leur "vieillerie" rentable symboliquement et économiquement) et Isou fixe ce qui ressemble fort à un programme d'action pour que lettrisme rentre en "vainqueur" dans la Cité.




Chapitre 1 : LA TRAJECTOIRE, DES INNOVATIONS.

1. Le passage de l'invention à l'innovation.
L'innovation diffère de l'invention, en le sens où elle représente la mise en œuvre de cette invention et son intégration dans un milieu social. C'est le processus selon lequel un corps social confronte les qualités théoriques de l'invention qui lui est proposée à la réalité et aux contingences du milieu d'où il agit. S'il se l'approprie, alors l'invention devient innovation, et les effets de sa mise en œuvre sont multiples.

2. Les séquences du processus.
Selon Joseph Schumpeter, le développement de l'innovation se fait en trois temps : C'est au départ le fait de quelques personnes qui prennent un risque par rapport aux routines en usage en élaborant de " nouvelles combinaisons " de ressources. C'est ensuite, une fois l'intérêt de ces nouvelles combinaisons démontré, l'apparition d'imitateurs " par grappe " qui viennent bouleverser l'ordre établi en les généralisant et en développant des innovations secondaires. Le troisième temps est caractérisé par un retour à l'ordre et par la définition progressive de nouvelles règles du jeu qui entérinent le nouvel ordre social issu de ces bouleversements. Ce développement peut être représenté par une courbe en S, correspondant à la diffusion de l'innovation. Nombre de travaux réalisés sur les innovations retrouvent ainsi un découpage en séquences, dont le nombre varie selon les auteurs et selon la nature des cas étudiés. Mais plus que le nombre de séquences, il est important, pour comprendre le déroulement du processus, de considérer ces étapes d'un point de vue social, irréductible à la seule logique économique, et mettant en jeu des effets de réseaux, de normes et d'action collective.

  1. Le conflit avec l'ordre.
    Avant de parvenir à l'inversion des normes, les acteurs de l'innovation se heurtent à l'ordre établi. Pour Schumpeter, c'est la figure de " l'entrepreneur " qui témoigne de cette lutte. Elaborant de nouvelles combinaisons, il subit des contraintes objectives, puisqu'il n'existe pas d'expériences antérieures lui permettant de conduire son action de façon " rationnelle " du point de vue de la gestion, subjectives, parce qu'il doit imaginer des situations pour lesquelles il ne dispose pas de repères, et enfin sociales, car dans cette action il se heurte à des partenaires routiniers dont il transgresse les normes. Ceci permet de comprendre les difficultés du développement de l'innovation, et la position particulière de l'innovateur, qui ne s'oppose pas aux buts poursuivis par la collectivité à laquelle il appartient, mais se trouve en situation critique par rapport aux moyens mis en œuvre pour les atteindre. Il doit composer avec l'ordre établi, quitte à dissimuler son action jusqu'à obtenir la reconnaissance sociale qui se traduit par l'inversion, complète ou partielle, des normes.
    Il se trouve donc, à un moment donné, en situation de déviance par rapport aux normes du groupe, passible de sanctions, sans pour autant être assuré d'obtenir la reconnaissance de son action. Comment peut s'expliquer cette prise de risque ?

Source : http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/alter.html#resume

jeudi 12 mars 2009

LE VENDREDI 13 MARS : De François Coppée à François Poyet

LES EDITIONS TRANSIGNUM
Ont le plaisir de vous inviter à la présentation de la

« PHARMACOPPEEFRANCOIS »
Action initiée par François POYET et Wanda MIHULEAC
Poètes Artistes
M.L.BAROS M.ALLIAUD- PLESSIS
F. H.DREVET K.BOULLOUD
F.CARON B.PRACHET GENOUD
S.CLANCIER M.EMDADIAN
M.BOCHIS M.BOCHIS
F.GEIER I.ECHARRI
R.GONNET I.ISAILA
G.LASCAULT A.KIRIMURA
W.LAMBERSY E.LARGO
D.LEUWERS P.LUCACI
J.H.MYSJKIN A.GOLICI
V.OISTEANU B.PLAIGE
L.SCHLESTER L.SAPHIR
A.SNYERS A.SNYERS
C.TRICOIT E.TOTORT
P.WILLIAMSON M.ANURA

Le vendredi 13 mars à partir de 18h
À la brasserie « Le François Coppée »
1, bl. Du Montparnasse 75008 Paris





dimanche 1 mars 2009

MAURICE LEMAITRE SUR LE WEB



Plusieurs sites nouvellement répertoriés sont à signaler : le site de Maurice Lemaître sur lequel sont présentés notamment des extraits audios et vidéos de son travail, et deux revues en ligne (La Revue Lettrisme International et la Revue d'Histoire du lettrisme) dirigées par Lemaitre. Dans le cadre du Centre de Créativité qu'il a fondé dans les années cinquante, il a publié de nombreux livres, textes, pamphlets, tracts, revues quasi confidentielles sur tous les thèmes où le lettrisme a avancé ses propositions... Ce Centre fut et reste tout à la fois un lieu de création artistique pointue ( que l'on pense ici à la mythique revue UR, deuxième série), de défense et illustration de l'avant-garde non sans de nombreuses polémiques, mais aussi de vulgarisation et de propagation à l'usage du simple curieux. L'ensemble nécessiterait à lui seul un Institut de recherche à temps complet afin de faire le bilan et de saisir dans la durée l'étonnante cohérence et richesse de ce qui fut avant tout un combat, une lutte pour que le lettrisme se voit enfin reconnu qu'il s'agisse du cinéma, de l'économie politique, de la poésie, du roman, des arts plastiques... dans ses apports originaux et dans l'impératif de création qui le porte. Lemaitre, toujours très actif, continue à y publier ses brûlots, qui mériteraient à eux-seuls d'être regroupés en un volume, contre ce monde "qui agace". Malheureusement les Institutions comme La Bibliothèque Nationale ne semblent guère se soucier de ce qui constitue sans doute une documentation unique couvrant un demi-siècle d'activité éditoriale qui éclaire maints aspects de l'avant-garde et du processus créatif. Ces deux revue en ligne pallient à leur manière ce défaut de vigilance des décideurs publics et il faut espérer qu'elles permettront de susciter quelques vocations parmi les jeunes chercheurs (secteur en crise parait-il).

jeudi 26 février 2009

A PROPOS DE LA VENTE DE LA COLLECTION PIERRE BERGER

Les résultats affichés lors de la vente Pierre Berger attendue de longue date comme un évènement majeur (le dernier avant longtemps sans doute !) ont dépassé les prévisions les plus audacieuses : devant ces millions d'euros récoltés, quelle que soit par ailleurs la cause à laquelle ils seront factuellement employés, les commentaires vont bon train mais globalement admiratifs au sein d'une conjoncture d'une morosité jamais connue depuis... 1929, parfois plus dubitatifs devant tant d'oppulence affichée dans un monde en voix de paupérisation globalisée. Ici, je souhaiterais juste faire quelques observations, inspirées par la rumeur du monde telle qu'en elle même l'éphémère la voue à l'oubli, mais aussi pour donner à cet évènement mondain quelques perspectives qui concernent les topiques affectionnés par l'auteur de ces lignes : la politique culturelle et son économie, les rapports entre institutions publiques et initiative privée, le statut de la création et de son soutien.
D'abord Pierre Berger est un "collectionneur" ; en ce sens l'ensemble proposé renvoie toujours moins à un souci historique et critique (point de vue universitaire qui doit guider l'action du chercheur) qu'à une histoire toujours très subjective entre un homme, un amoureux, et les œuvres qu'il a choisies d'acquérir pour enrichir un musée avant tout personnel. C'est donc moins l'exhaustivité que la cohérence propre que donne à voir une collection et l'ombre portée de son propriétaire, le collectionneur. Dans les admirations qui ont salué cette vente, transpirait comme le sentiment d'un malaise, la certitude que cette vente était un évènement parce que Pierre Berger représentait comme le spectre fascinant de la modernité, toujours brandie comme l'étendard ultime et toujours trahie, celui qui décide de consacrer ses moyens à l'acquisition d'œuvres d'art en suivant des oscillations intimes, une horlogerie des sens et du sens, qui ne trouvera à se satisfaire dans aucune des devantures des grandes enseignes qui polluent désormais les centres de toutes les capitales du monde. Certes il n'y a pas chez le collectionneur nécessairement de passion pure ou de finalité sans fin pour reprendre Kant mais le désir de possession solitaire narcissique ou d'ostentation aux yeux du monde n'épuise pas en un pitoyable bûcher des vanités sa démarche contrairement à d'autres.
Et d'ailleurs qui voudrait-on lui opposer ? Qui sont donc les "collectionneurs" aujourd'hui ? Éclectisme postmoderne, adhésion sans réserve à toutes les modes qui s'affichent avec grand tapage, j'imagine non sans mal à regarder les enchères sur Ebay les ventes du futur : les originaux des Comics Marvel, une édition dédicacée par Guy Ernest de la première édition de la Société du spectacle que l'heureux propriétaire n'aura jamais pris la peine de lire, un vinyl confidentiel de Joy division (pressage russe ou martien), une lettre de carla bruni à un plumitif des inrocks, un ticket de final du mondial de foot 1998, un vélib parisien... Bien sûr, je caricature à dessein mais les grands gagnants de la dérégulation mondiale (ceux qui en quelques années ont accumulé une richesse considérable avant de la perdre récemment) ont visiblement apporté autant de vide dans l'art, la culture, la création qu'ils en ont propagé dans l'économie et la finance au gré des bulles spéculatives. Portés par des valeurs "cools", "sympas" qui sont les deux visages acceptables de ce que Flaubert ou Baudelaire auraient méprisé en leur temps comme la forme accomplie de la médiocrité, beaucoup ont renconcé à la tradition toute bourgeoise du luxe de l'art lui préférant d'autres productions culturelles ou d'autres opportunités d'investissement (que l'on pense à la grande bulle immobilière, la bourse devenue folle), ou s'y jetant dans la plus grande confusion, sans ligne durable ni connaissance véritable d'ailleurs. Il faut saluer ici un Bill Gates qui s'il a brillé par ses pratiques hégémoniques dans le champ des nouvelles technologies a constitué sur le tard une remarquable collection de photographies dans un souci louable de cohérence historique. Mais il reste une exception.
Je me suis étonné dans un post récent du zèle de l'Etat français à préempter les restes de Guy Ernest Debord non qu'ils ne trouvent leur place au sein des institutions mais en raison de l'emballage grossier dans lequel il se trouvait présenté (presque un "monument de la pensée"). Je ne doute pas qu'il ne se trouve un fonctionnaire zélé pour courrir après la correspondance de Marc Levy dans quelques décennies comme d'autres se sont employés à récupérer les oeuvres si peu utiles d'Hervé Bazin. A ce tarif le moindre artiste branchouille ou quiddam qui se trouve éclairé par l'actualité (allons soyons people un peu tiens prenons miss Paris Hilton) cristallise sur lui un buzz spéculatif qui a bien peu à voir avec la création culturelle.
Si j'ai l'air d'attaquer plus particulièrement l'Etat c'est que lui même s'est depuis Malraux imposé cette obligation d'une exception "culturelle française" où l'Etat au local comme au national est amené à jouer un rôle décisif. Mais le désordre et la perte progressif du sens de la culture (que même un Guy Ernest regardait comme un symptôme significatif des "temps spectaculaires") n'afflige par seulement les nouvelles générations de fonctionnaires qui vont avoir à charge de maintenir l'ordre culturel existant en écartant la concurrence légitime mais aussi le champ privé des galeries et des collectionneurs. La suprématie anglo-saxonne et les ventes aux enchères ont quelque peu effacé le travail à long terme des galeristes, le souci comme en bourse de voir un rendement maximum sur un temps court ont conduit les novices à privilégier les "coups"... Les artistes pour espérer des débouchés adoptent les codes du temps présent pour espérer s'y voir reconnu en sacrifiant sans doute ce qui aurait mérité une réelle reconnaissance : audace, et originalité devant les icônes de ce temps.
Quant aux collectionneurs privés, il en existe encore et j'imagine sans mal les trésors de la Collection Eric Fabre ou celle du mécène très actif Francesco Conz pour en rester aux avant-gardes et heureusement d'ailleurs ! Face à un Etat et un marché qui n'ont aucune ligne directrice et matrice intellectuelle pour agir, le collectionneur reste un compagnon de route, de lutte qui partage avec les artistes qui enrichissent sa collection une communauté de destin... Quant à L'Etat c'est encore bien après la bataille qu'il vient enfin récupérer son du et toujours au prix fort, faute d'avoir été aux avant-postes au moment voulu ! Qu'il me soit ici permis d'évoquer le nom d'Elke Morenz décédée récemment qui représente sans doute la figure d'un collectionneur atypique au regard des valeurs dominantes aujourd'hui mais avertie et pionnière, qui a construit sur une vie une collection lettriste qui gagnerait sans doute à être exposée.
Enfin certains ont trouvé la juxtaposition des chiffres du chômage et des montants atteints par la vente "surréaliste" voir scandaleuse. Le vrai scandale au regard des modèles économiques suivis jusqu'à aujourd'hui reste dans une accumulation financière qui s'est construite contre le salariat exploité et paupérisé (les fameuses "réformes nécessaires"), contre l'outil économique lui même et l'innovation auxquels ont été préférées les sirènes de la Bourse, contre les jeunes qui voient leurs débouchés réduits (No future ! risque de devenir un slogan très en vogue prochainement ) en raison des choix de leurs ainés sans autre possibilité que la révolte comme en Grèce. Pour le reste, il y a bien in fine une économie de la création et une économie de la production qui explique le grand écart des rétributions ( de la barre chocolatée à un tableau de Matisse). Si les montants ont été à la hausse c'est en justement en raison de la crise mondiale : les acheteurs face à l'effondrement des pseudo-valeurs d'hier cherchaient sans doute davantage la stabilité que le risque (d'où Duchamp, Matisse, Chirico). Par ailleurs il y avait aussi une dimension éthique dans cette vente : Pierre Berger est un créateur et un entrepreneur qui a su imposer son travail, et a contribué à faire rayonner la France, à y créer des emplois, de la richesse au bénéfice de tous quoiqu'on puisse penser par ailleurs de son entreprise, de ses créations et de sa collection ! Bref, l'antithèse parfaite du
Trader qui il y a peu encore était paré de toutes les vertus et jouissait de l'admiration unanime. A méditer.

mardi 17 février 2009

CONSECRATION DU VIDE

Les dernières nouvelles de la société du spectacle ne manquent pas de piquant : Guy-ernest Debord accède à la consécration ultime, la reconnaissance par l'Etat Français de son importance "historique" dans l'histoire de la pensée "nationale" (non, non ce n'est pas une private joke !) ; citons donc le commentaire édifiant qui accompagne cet évènement officialisé par les plus hautes sphères ministérielles et qui témoigne combien le mot même de "culture" est devenu aujourd'hui le faire-valoir de la plus grande bêtise :
" C’est une reconnaissance de l’œuvre de Guy Debord, qui est ainsi accepté comme l’un des penseurs contemporains les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Ce classement comme trésor national peut être vu comme une décision autoritaire, mais c’est surtout une reconnaissance. L’Etat accueille désormais l’enfant terrible et lui fait une place dans le saint des saints." (in Libération du 16/02, entretien avec Benoît Forgeot).
Citons aussi un grand maître en pataphysique, Benoit Racine, Président de la BNF :
"Ce classement comme trésor national s’interprète comme une reconnaissance par l’Etat de ce que représente Debord dans la vie intellectuelle et artistique du siècle écoulé» (in Libération du 16/02)
Bref, nul doute que d'autres viendront à la suite de ces baves d'adorateurs coller ou leur assentiment passionné et enthousiaste de groupie ou leur ressentiment mêlé d'envie et de détestation pour le "pet" qu'a représenté Guy Ernest dans l'histoire de la pensée, estimant que d'autres sans doute auraient davantage mérité cette place. Le seul point qui ici pose problème est de voir ainsi consacré un illusionniste, vague compilateur de Marx (que personne ne lit plus tout en s'en réclamant) pour des générations à ce point devenues incultes qu'elles prennent le réflet vacillant de leur jeunesse révolue pour l'accomplissement ultime de la création intellectuelle ! Je reste pour ma part un grand lecteur de Marx, je lis en ce moment l'édition pléiade des oeuvres de Levi-strauss (en y attendant les œuvres complètes d'Isou!), et je reste, sans titre ronronnant, ni statut universitaire d'aucune sorte, amoureux des aventures intellectuelles, et je ne vois rien dans l'itinéraire de Guy Ernest ou dans ses œuvres qui puissent se hisser à la hauteur de ces deux noms, pour ne prendre que ces deux noms là. Les vieilleries romantiques, raillées par Rimbaud ont décidément la vie longue et dans cette contribution à l'ignorance l'Etat vient d'apporter sa plus notable contribution. L'avant-garde a enfin trouvé sa Françoise Sagan !