mercredi 11 novembre 2015

LE GRAND SOMMEIL DE L ANTIRACISME ET SES DISSIDENTS

                                                                                                                                 


Le samedi 31 octobre à l'appel d'un collectif d'associations s'est déroulée à Paris une Marche pour la dignité, rassemblant quelques 10000 participants. Nombre de commentateurs ont immédiatement noté que les grandes manifestations pour l'égalité et contre le racisme avaient autrefois mobilisé bien plus de monde (en 1983 notamment), mais la réussite de l'évènement tenait moins au nombre de personnes mobilisées - qui est déjà hautement significatif - qu'à l'espace que des collectifs et associations comme LEs Indigènes de la République ont enfin réussi à conquérir dans un jeu politique qui les tenait jusque là à distance. Venant 10 ans après les fameuses émeutes de 2005, dénonçant l'impunité des "violences policières", les discriminations quotidiennes qui minent la confiance de populations défavorisées pour un modèle républicain dont elles peinent à voir les vertus, La marche proposait bien plus qu'un catalogue des lieux communs de la sociologie post-Bourdieu, elle révélait aux yeux de ceux qui feignent encore de croire qu'il ne se passe rien dans les "quartiers" la qualité et la substance d'une réflexion et de revendications patiemment élaborées depuis une dizaine d'années dans les marges des paroles institutionnelles et des partis de tutelle. Certains ont ainsi souligné l'absence prévisible des quasi-appareils idéologiques de la puissance publique que sont Sos Racisme, la Licra, le MRAP ou encore la LDH, la participation de certains socialistes n'a pas été sans susciter bien des réserves et que dire du féminisme officiel qui n'a pas jugé nécessaire de marcher aux côtés d'Angela Davis ou Aminata Traoré. Une époque s'achève décidément, la tartufferie antiraciste et son maquillage de comédie n'illusionnent plus ; la "banlieue" ou les "quartiers sensibles" ont longtemps représenté un supplément d'âme, un alibi et une rente confortable pour la gauche institutionnelle qui à travers ses associations subventionnées, ses politiques municipales, tenaient littéralement et symboliquement des populations et leur imposaient son imaginaire, ses combats, son langage, son agenda et ses mobilisations. A l'heure où un Valls reconnaît que rien n'a été fait pour les banlieues, et propose à titre de dédommagement un gadget supplémentaire (des diplômes de Hip hop), où l'actuel président est reçu sous les sifflets et les huées largement mérités, force est de constater qu'en dix ans bien des choses ont changé ; les émeutiers de 2005 ont vieilli, ils ont lu, étudié, ont cherché hors de la doxa socialiste et républicaine les causes de leur "malheur", leur amateurisme conceptuel sort de la morgue académique des auteurs et des idées que l'on se prend à regarder à nouveau d'un œil étonné, ils redécouvrent des voix qui ne figurent pas au panthéon républicain, croisent Marx et le Coran,  se réapproprient un Franz Fanon libéré de la mythologie sartrienne... Assurément ils veulent donner à la condition "d'indigène" son langage, une intelligence fondée sur une situation objective et non sur les désidérata de leurs encombrants "défenseurs", mais aussi des revendications programmatiques dans l'hypothèse d'un grand soir électoral. Plus que le spectre du Fn systématiquement instrumentalisé comme un contre-feux utile, Les Indigènes de la République ont bien compris que les premières chaînes à briser, pour sortir de l'antiracisme institutionnel et de sa fonction stupéfiante (au sens de "nouvel opium"), sont celles d'une tutelle imposée qui les a trop longtemps dépossédés d'une liberté de penser et d'agir au profit d'une caste monocolore qui revendique encore mais sans convaincre véritablement le quasi monopole de la lutte contre le racisme, l'exclusion, les discriminations. Ils se méfient avec raison du paternalisme et de la condescendance de leurs "amis"' d'hier, qui n'est sans doute que le visage plus avenant, moins brutal, d'une lutte qui n'a jamais cessé de les opposer et qui apparaît aujourd'hui au grand jour. A mesure que ces nouveaux acteurs gagnent en autonomie, déjouent les pièges de la récupération toujours faite au profit de la cuisine électorale du Ps ou de ses alliés, les plumes se font plus hostiles, les commentaires plus rageurs et l'hostilité rampante se fait plus manifeste augurant des coups qu'ils devront éviter quand viendra la participation attendue à des enjeux électoraux plus conséquents
 
(A quand des listes Indigènes de la république à des élections municipales par exemple ?). Ici et là on pointe le "communautarisme" de ces outsiders qui n'ambitionnent pas de carrière dans la servitude socialiste ou encore la promotion d'un islam politique incompatible avec les "lumières" de la gauche divine et du républicanisme libérateur (sic). De leur côté les dissidents du Meilleur des mondes pointent l'endogamie de leurs contradicteurs, leur incapacité à mener une insolence critique à l'égard de l'appareil d'état et de ses institutions (alors qu'on ne cesse d'en appeler à Voltaire !), le paternalisme post-colonial dominant à gauche, la guerre larvée menée contre les "quartiers" à travers la névrose nationale obsessionnelle qu'est devenu l'islam en France, la dérive droitière sous couvert d'un revival républicain et laïcard dans un langage venu tout droit du XIXème siècle... Bref Lénine autrefois s'était fendu d'un texte de combat rassemblant plusieurs conférences répondant aux critiques de la gauche non marxiste Que sont les amis du peuple..., la manifestation de ce samedi outre qu'elle refuse une reconnaissance par le détour d'une bureaucratie d'Etat se pose comme le premier pas critique d'une politique d'émancipation qui entend être faite par et pour les premiers intéressés (d'où la présence massive de manifestants issus des "quartiers" pour le première fois depuis très longtemps ), elle oblige à clarifier les positions respectives, amies et ou non, et à mettre bas les masques du Grand sommeil de l'antiracisme institutionnel en soulignant combien les insiders qui capitalisent sur la misère et la colère des outsiders de la banlieue, pour pérenniser places, rentes et statuts,  ne tolèrent ces derniers que "domestiqués", dociles et obéissants, et combien demain ils seront les premiers à les dénoncer et à les combattre comme des adversaires de la République (des anathèmes déjà lancés surtout depuis les attentats du 11 janvier, "islamo-gauchistes" revient souvent sans doute parce qu'il permet de suggérer sans rien avoir à prouver un lien de causalité autant paronymique que sémantique avec une autre occurrence "islamo-fasciste" plus fâcheuse) ou plutôt de l'ordre républicain et de ses bénéficiaires.

 

mardi 13 octobre 2015

EXTERNES EN HAILLONS CONTRE NOBLESSE SOCIALISTE, L'impasse nationaliste, faute de mieux...

                                                                              



"Ce pouvoir d'attraction du FN n'est bien-sûr pas le même selon les catégories professionnelles: au sein de milieux populaires, il frôle ainsi les deux tiers. Ces électeurs jeunes et peu favorisés font partie de cette France des perdants, finement analysée par deux sociologues de la jeunesse Cécile Van de Velde et Camille Peugny, qui ont conduit une consultation extrêmement ambitieuse auprès des 18-30 ans en 2014. Biberonnés à la rhétorique de la crise, ils sont convaincus que leur vie sera pire que celle de leur ainés. Une analyse, qui n'est pas le simple fruit du pessimisme: avec un chômage proche de 50% parmi les non-diplômés, le syndrome de génération sacrifiée est palpable au quotidien.
Face à cet avenir muré, les jeunes CSP- sont aujourd'hui habités par une colère sourde, combinaison de frustration et de défaitisme. Un terreau idéal pour Marine Le Pen qui fait le plein, débarrassée des outrances de son père, tout en revendiquant une pensée antisystème qui peut séduire cette jeune tranche d'âge. En effet, auprès des moins de 35 ans, l'épouvantail Jean-Marie Le Pen ne fonctionne plus. Les polémiques sur la Seconde guerre mondiale - et on peut le regretter - sont reléguées au rang préhistorique. Libéré facialement de son discours antisémite, le Front national continue dans le même temps de jouer sur la transgression. Entonnant le refrain habituel d'une collusion des médias à son détriment, le parti conserve une dimension sulfureuse, à même de catalyser le désir de rébellion des ces nouveaux adultes. Une rébellion contre le système, qui permet enfin de se doter d'une identité: voter FN c'est tout à coup appartenir à cette catégorie composite que les médias auscultent, que les politiques rejettent ou draguent, mais en tout cas considèrent à nouveau."
http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/10/13/31001-20151013ARTFIG00334-vote-fn-le-peril-jeune.php                            
                                                                                                                      


vendredi 11 septembre 2015

samedi 11 juillet 2015

RETROSPECTIVE BROUTIN : RETOUR DE BERLIN







photos de Daniel Loewenbroek
La Plaque Tournante propose un retour sur la trajectoire et l'oeuvre de Broutin, l'occasion de saisir in situ dans un lieu atypique les différentes facettes de l'artiste. Dans le sillage des évènements de Mai 68 Broutin rejoint le groupe lettriste et appartient à cette Nouvelle Génération dont les noms vont émerger dans la décennie suivante au gré des publications, revues et nombreuses expositions collectives (un véritable âge d'or...). Un style se construit, s'affirme, s'approfondit dans un dialogue notamment avec la prose d'Isou (les fameuses méticisations qui constituent la série Le Désir paradisiaque et l'externité). La rétrospective fait la part belle aux archives et offre un panorama assez simulant du travail de l'artiste, des ses figures significatives (le cadre aoptique), de son action dans le groupe. Le lettrisme toujours ignoré des institutions dans sa massivité (oeuvres et artistes) connaît un début de reconnaissance (voir à ce sujet la salle qui lui est désormais consacrée au Centre Pompidou et le récent colloque Le Lettrisme en son temps, essai de contextualisation) mais celle-ci touche essentiellement le groupe, et la visibilité des artistes individuels s'efface devant l'affirmation d'un collectif artistique entériné par la grande Histoire. En deçà et au delà du groupe les artistes lettristes peuvent pourtant se prévaloir d'une œuvre désormais conséquente et pour certains encore largement méconnue. Cette rétrospective enfin souligne combien les avant-gardes souvent renvoyées à une pré-histoire de l'art contemporain (grosso modo la modernité) en sont en définitive la part maudite ; agissant de manière clandestine sans avoir ni à se dédire d'une dynamique historique qu'elles sont sans doute seules à porter ni à se justifier devant les gloires du moment, leurs œuvres prennent toute leur place dans les signes d'une contemporanéité qu'elles entendent bien subvertir (voir la Pyramide du Louvre revisitée par Broutin). Pour ma part présent au vernissage, j'ai eu l'opportunité de livrer le lendemain quelques considérations sur le Soulèvement de la Jeunesse devant un auditoire restreint mais de qualité, de signaler l'importance de cette thématique dans l'oeuvre de Broutin qui sait faire toute sa place à la question politique sans jamais sacrifier l'impératif artistique (voir sa très conceptuelle "sculpture vivante : oeuvre d'indignation créatrice" ici).
Malheureusement, infortune encore une fois, c'est le socialiste Malek Boutih qui sur un constat que je pourrais en grande partie partager faisait le buzz en France avec un rapport par bien des aspects pertinent mais qui au final nous promet une cure de républicanisme obligatoire pour les plus jeunes au lieu du réformisme éclairé dont ce pays a tant besoin, celui du Soulèvement de la Jeunesse par exemple ?
La plaque Tournante impose au gré de ses programmations une ligne clairement ambitieuse, sans œillères ni frontières ; Frédéric Acquaviva a désormais décidé de prolonger son action par la création d'une nouvelle revue, CRU (aka CONTEMPORARY RADICAL UNDERGROUND) associée directement aux évènements programmés et il nous prouve qu'en matière de publications toutes les options n'ont pas encore été explorées : véritable revue/objet (documentation, cd, dvd, photographies... insérés dans une chemise), conjuguant un minimalisme esthétique et un graphisme de haute qualité, la revue est complétée par un site web accessible à l'heureux acheteur qui, une fois renvoyé une photo de lui-même en possession de la revue, se verra communiquer un code lui permettant d'en découvrir le supplément numérique. Au sommaire du premier numéro : Frédéric Acquaviva, Tomomi Adachi, Bernard Heidsieck, Katherine Liberovskaya, Loré Lixenberg, Jacques Lizène, Alvin Lucier, ALex Mincek, Phill Niblock. La revue est distribuée par les Presses du Réel (ici).
 




PS : "...si vous n'êtes pas à la Plaque Tournante, vous êtes à côté de la plaque..." et ce d'autant que les hôtes ont le sens de l'accueil et de la convivialité.



mercredi 8 juillet 2015

NEWS FROM ROLAND SABATIER AND ANNE-CATHERINE CARON

                                                                          
 
 

http://ripostelettriste.blogspot.fr/2015/06/sabatier-caron-villa-cernigliaro.html