Art & language, Georges Brecht, Marcel Broodthaers,
Robert Filliou, Gérard Gasiorowski, Isidore Isou, Nam June Paik, Roland
Sabatier, Daniel Spoerri et Laurence Weiner.
22 février – 11 avril 2014
Vernissage : 22 Février, 18:00 – 21:00
L’art généralisé et la création ouverte à tous dans l’art des années
60-70 : de la délégation de la réalisation de l’œuvre au profit d’un public complice jusqu’au transfert de l’initiative artistique à un
public de créateurs.
Ouverture de 13 : 30 à 18 : 00 le samedi et sur rendez-vous le
jeudi et le vendredi
Art by Delegation
Art & language, Georges Brecht, Marcel Broodthaers,
Robert Filliou, Gérard Gasiorowski, Isidore Isou, Nam June Paik, Roland
Sabatier, Daniel Spoerri and Laurence Weiner.
22 february – 11 april 2014
Private view : 22 february 6 - 9
Global art and creation open to all in the art of the 60s-70s from the
delegation of the making of an artwork in favor of a knowing public to the transfer of artistic initiative to a public of creators.
"On m'a traité de Sale Youpin parce que j'ai espéré toute cette évolution vers une société meilleure, paradisiaque pour mes contemporains ; et, maintenant, de partout, des imitateurs des expressions anciennes ; des profiteurs de mon combat - en faveur des créateurs modernes, méconnus avant cette lutte - des plagiaires de mon terme de créativité - à savoir d'invention et de découverte ans les domaines de la Culture - qu'ils ignorent et au nom desquels ils trichent, en donnant un exemple répugnant à leurs enfants, à leurs élèves, des pseudo-juifs, qui ignorent le contenu du monothéisme messianique - en le réduisant à un nouveau chauvinisme de droite, nationaliste et ritualiste, au point d'oublier sa mission bénéfique, internationaliste - ; des pseudo-humanistes vautrés dans la sottise arriérée folklorique - en méconnaissant la ligne d'or des génies exemplaires de tous les domaines de la culture kladologique, inspirés de tous les peuples, séparés par des ersatz de prophètes ou d'athées, devenus portes parole de la divinité, c'est-à-dire des idolâtres sans lendemain - s'opposent à mes dévoilements car ils se veulent les idéologues des régimes de l'ouest de l'Est, du Nord et du Sud.
Le juriste Jean Matthyssens, compagnon de Jean Moulin, m'a dit que je représente à ses yeux ce que la Résistance a espéré (...). En même temps des ex-résistants ou leurs enfantsretournent à leurs affaires lamentables, commettent des escroqueries intellectuelles ou matérielles ignobles, et se comportent comme des néo-nazis devant les combattants mouvements d'invention et de découverte jusqu'à la formation d'une société paradisiaque - de bonheur accru en échange d'une moindre peine - ou jusqu'à la fin du monde.
Un jour, à la Société des auteurs de livres sur le cinéma et la télévision, quelqu'un me présenta Maurice Bardèche qui avait publié avec Robert Brasillach, avant ou pendant la dernière guerre mondiale, une histoire du 7ème art, où vers 1944, j'avais découvert, ébloui - parmi des banalités antisémites totalitaristes, lamentables - l'existence, l'oeuvre, les images des films de Méliès, Griffith, Eisenstein, Eric Von Stroheim, René Clair et autres grands créateurs d'un domaine, que mon ignorance, ma fréquentation des "salles obscures", m'avait réduit à considérer comme un appendice industriel du théâtre ou du music-hall.
A ma demande, l'ancien nazi ou pro-nazi m'accorda un rendez-vous chez lui, et, dans son bureau, et dans son bureau, d'abord, il refusa de répondre à mes questions naïves sur les causes et l'état présent de ses conceptions anti-juives, puis il me laissa lui exposer mes idées sur l'évolution de la poésie de Baudelaire au Lettrisme, sur l'évolution du roman de Stendhal à l'hypergraphie, sur l'économie nucléaire ou le soulèvement de la jeunesse, et donc sur l'externité, source de créativité pure ou détournée, incluant l'erreur chauviniste, hitlérienne.
Il me donna l'impression d'accepter un grand nombre de les conceptions, du moins par des formules, à peu près, de ce genre :
"Moi qui croyais que le lettrisme était un mouvement de "farfelus", alors que vous m'avez l'air d'apporter des expressions inédites... Vous confirmez ce qu'on a écrit de moi, au point de me convaincre que je n'ai jamais été un romancier... Ce que vous venez de dire sur Marcel Proust m'encourage à écrire un livre sur un auteur que j'aime beaucoup....".
Le directeur de la revue de droite Défense de l'occident, m'avait fait penser qu'il allait renoncer à ses conceptions sur le judéo-capitalisme-communisme, pensée communiquée plus tard à quelques-uns de mes camarades, qui ne tardèrent pas à me montrer l'inanité de mes illusions. Du moins j'avais accompli une action de super-propagande créatrice auprès d'un réactionnaire notoire.
(...) Contre un système d'éthique grossière, moléculaire, de type stalinien, hitlérien ou surréaliste, nous proposons une éthique atomique et électronique, basée sur la description originale plus précise des particules des données de la culture et de la vie, qui nous impose le comportement le plus profond, contemporain, ou du moins la compréhension la plus profonde des problèmes posés par le comportement des hommes et surtout des artistes présents. (...) Nous pouvons combattre et abattre un Eichmann quelconque pour des crimes précis et reconnaître, par ailleurs, qu'il a pu prononcer, à un moment donné, une parole juste et charitable, justement parce que nous pensons que l'action est toujours partielle et n'exige pas un aveuglement complet, ni la capacité de salir totalement, sans discernement, un être quelconque".
Isidore ISou, in Contre L’Internationale Situationniste, Hors commerce D'art, p. 364-367
Tant que la jeunesse souffrira en esclavage ou sera hiérarchiquement exploitée, elle se jettera dans toutes les folies belliqueuses et toutes les barbaries qui lui permettent au moins de se sauver de son "inexistence".
Les "établis", prolétaires ou capitalistes, sont passifs parce qu'ils ne veulent pas se compromettre en sortant dans la rue. Ils ont des biens ou des enfants à défendre ! Les jeunes qui n'ont rien à perdre, représentent l'attaque, l'Aventure même.
Ce sont les jeunes qui ont fait la Résistance et non les dirigeants qui distribuaient les ordres et commandaient de leurs fauteuils confortables. Les révolutions ont été faites par les jeunes hors de toute classe, qui se sont alliés à ces classes pour être trahis par elles et rejetés. Que les jeunes cessent de servir de marchandise pour devenir consommateurs de leur propre élan.
"Si la jeunesse ne se sauve pas, elle perdra le monde"
in Front de la Jeunesse numéro 1, 1950, Notre Programme
("Jour de Colère" le 26 janvier, ; nos enragés, nos externes....)
Les braises de "L'Affaire" sont encore brûlantes, chaque nouveau rebondissement vient en raviver les flammes, et pour longtemps malgré les efforts du sinistre de l'intérieur pour contenir l'incendie ! Ce qui n'était qu'une polémique mineure circonscrite au petit monde des arts du spectacle est devenu, grâce aux efforts conjugués du Crijf, de la Licra, de la Presse "progressiste" et d'un sinistre en quête d'une stature présidentielle, une véritable "Affaire d'Etat" qui a révélé les profondes fractures de ce pays et des blessures jusque là silencieuses.
Un impensé raciste porté par la gauche "progressiste"
Pour ceux et celles qui ignoraient encore le nom de famille de l'humoriste le plus controversé de France, la presse et les chaînes télévisées se sont chargées de rappeler la teneur exotique de son patronyme, dans la digne tradition des délateurs d’extrême droite ; j'avais déjà noté chez les internationaux lettristes ce penchant douteux pour la publicité des noms de famille des camarades congédies (" Isidore Isou alias jean Isidore Goldstein, Maurice Lemaître alias Moïse Bismuth..."). Le Signifiant "M'Ballah, M'ballah", repris et répété obsessionnellement, vient comme une condamnation et une exclusion : décidément celui-ci n'en est pas ! de cette république idéale qui derrière l'abstraction de ses grands principes généreux finit par vomir son fondement ethnique : horde de "petits blancs" éructant sur les plateaux Tv contre le "nègre marron" Dieudonné... Sont-ce donc les sketchs polémiques qui sont ici condamnés ou la couleur d'un "nègre" turbulent renvoyé à des origines lointaines, banni de la respectabilité républicaine ? L’humoriste n'est pas le seul à faire les frais de ce racisme bon teint qui désormais, forcé par "l'affaire" s'affiche, décomplexé et menaçant, à visage découvert : le public qui se rend massivement aux spectacles de Dieudonné est présenté comme une cinquième colonne d’extrémistes "néo-fascistes", "rouges, verts et bruns" ; est ici visé directement le public issu des classes populaires, de ces banlieues qui hier encore suscitaient compassion et empathie et qui aujourd'hui sont désignées comme un vivier de fanatiques prêts à mettre en péril l'ordre républicain, tout cela n'était donc que farces et attrapes ! Merci, depuis l'imposture SOS racisme, les principaux concernés avaient bien compris ce qu'il était de cette compassion quelque peu méprisante... Cette France de la "diversité black, blanc, beur" autrefois célébrée se retrouve sur les bancs des prévenus, comme sous la droite, comme d'habitude, comme toujours, accusée de préparer les pires retours aux "heures les plus sombres de notre histoire" par leurs "amis" d'hier : le "safari" odieux mené contre Dieudonné largement relayé par Le Nouvel Obs, Le Huffington Post, Le Monde, Bfm tv et le service public n'étant pas ne reste dans cette affaire sordide, a montré à quel point une France toute en "blancheur" n'avait certainement pas rompu avec les pratiques de l'époque coloniale (la référence à Jules Ferry, les postures paternalistes et autoritaires de Vals, Peillon, tout cela a des relents zombiesques de troisième république) même s'il a fallu in extremis demander à quelques "indigènes" de prêter main forte (la grande mosquée, peu qualifiée en matière d'humour, s'exprimant sur la sulfureuse quenelle, Madame Taubira dénonçant ceux qui rient aux facéties de Dieudonné comme autant des complices "après coup, de crimes contre l'humanité" - !!! -) à ce lynchage afin que le communautarisme très à droite et pas très adroit (BHL, grossiste en baratins et en guerres humanitaires, parlant des spectacles de Dieudonné comme autant de "meetings nazis" !!!) de cette opération ne finisse par devenir manifeste comme ici :
"Le défi que nous posent tous les Dieudonnés réside dans notre capacité à
en comprendre la finalité autant que la stratégie. Ne pas percevoir
l'enjeu de cette imposture consiste à reconduire le dénigrement
stalinien face à la lucidité d'Orwell, Koestler ou Camus. Ne pas
comprendre que ce sont nos libertés qui sont visées à travers Israël,
consiste à reconduire le même aveuglement devant les vertus pacifiques
d'Hitler. Ne pas comprendre que c'est l'identité européenne qui est
visée à travers les juifs, consiste à reconduire l'esprit de Munich.
Plus loin à l'Est dans ce fond de Méditerranée, la ligne de front qui
nous protège se nomme Israël, seul Etat membre de l'ONU menacé
ouvertement de destruction par un autre Etat membre de l'ONU. Qui
massacre qui au Proche Orient ou dans le monde arabe aujourd'hui ?
Michèle Tribala, Pascal Bruckner, Richard Prasquier, Jacques Tornero, De quoi Dieudonné est-il le nom ? in Huffington Post 03/01/2014
Une gauche institutionnelle en guerre contre les classes populaires
Il s'est trouvé trop peu de voix à gauche pour dénoncer dans l'opération lancée par Monsieur Vals les risques d'une rupture irrémédiable entre les catégories les plus défavorisées de ce pays, notamment la jeunesse des "zones sensibles", et une gauche politique qui prétend pourtant les défendre et les représenter ; beaucoup des jeunes qui composent en effet le public de l'humoriste peuvent se découvrir une communauté de destin avec l'artiste, chassé, exclu, banni de la cours et du Royaume de France par des aristocrates sourcilleux, attachés à la défense de leurs privilèges et peu à l'écoute des doléances légitimes d'un peuple qui périodiquement fait entendre sa colère. La gauche a montré dans cette affaire un visage finalement attendu qui permet de dissiper et d'expliquer bien des paradoxes et des quiproquos ; elle est apparue sous les traits peu ragoûtants de bons bourgeois, gérant un patrimoine de places, de rentes et de carrières, soucieux avant tout de garantir l'ordre et la sécurité (voir les dernières déclarations de Robert Badinter), à travers des dispositions essentiellement répressives (surveiller, punir, interdire, poursuivre en justice) avec un regard compatissant et méprisant pour les soubresauts venus des marges les plus éloignées de leur petit confort. Les propos de Manuel Vals sur les jeunes tentés par le Djihad en Syrie ou ailleurs, prolongent et approfondissent cette mise en soupçon et en accusation d'une jeunesse en galère qui sait désormais à quoi s'en tenir et nourrit avec raison une défiance grandissante à l'encontre d'un catéchisme républicain qui s'accommode fort bien de sa misère. Cette France qui se porte bien s'inquiète et a peur de sa jeunesse qui dans le plus grand chaos commence à se mobiliser sous les mots d'ordre les plus aberrants (voir la manifestation récente dite "Jour de colère"), elle bouscule et démasque les poseurs et les imposteurs, perturbe le jeu politique et ses clivages traditionnels ; chercher ici un affrontement droite/gauche relèverait d'un contre-sens complet, c'est bien plutôt à une opposition insiders/outsiders que nous assistons, dont certains aspects déjà observés dans l'histoire ne peuvent dissimuler l'étonnante nouveauté des convergences créées, susceptibles de prolongements inattendus, voire révolutionnaires : la présence de jeunes à "capuches" aux côtés de militants plutôt identifiés à l’extrême droite oblige la gauche institutionnelle à jeter bas les masques et à jouer cartes sur table : les appels à l'union sacrée des républicains lancés par sinistre de l'intérieur visent moins à défendre un bien commun qu'un mythe au service d'une caste aveugle et sourde aux cris des "dieudamnés" et autres déclassés de son meilleur des mondes. On reste confondu par une telle inconscience : "Lorsque Dieudonné prétend s’attaquer au «système», c’est précisément la
république et la démocratie, notre bien commun, qui sont agressées car
son objectif est de provoquer le plus grand trouble possible dans le
corps social" (Cindy Léonie Dieudonné multirécidiviste, in Libération du 3 janvier 2014, http://nosnondits.wordpress.com/2014/01/03/dieudonne multirecidiviste/). Quoi de commun Princesse Cindy entre le comité éditorial de Libération et les jeunes désoeuvrés qui végètent dans des quartiers de haute relégation où cette "république" les somme de rester tout en pleurant sur cet insupportable "plafond de verre" qui les maintient dans leur condition de subalternes ? Qu'ils se hasardent à prétendre en sortir, ne serait-ce que par l'humour, pour respirer le grand air de cette généreuse république, et les voilà désigner comme le Grand Danger, l'ennemi intérieur, la "bête" qu'il faut éradiquer et qui justifie toutes les mesures d'exception et toutes les dérives autoritaires :
" Il est heureux que les plus hautes autorités de l’Etat aient tout de
même fini par prendre la mesure du danger que représente le néo-nazi
Dieudonné. Cela fait une dizaine d’années maintenant que celui-ci attise
la haine contre les Juifs, faisant les délices de l’extrême droite
traditionnelle – celle qui va du Front national jusqu’aux groupuscules
les plus obscurs de l’ultra-droite la plus radicale –,
racolant chez les jeunes, entraînant dans son sillage des hordes de
frustrés incultes qui se prennent pour des rebelles. Internet aidant,
des dizaines de milliers de nouveaux SA et SS virtuels parsèment
dorénavant le territoire français" in LA règle du Jeu, Bernard Schalsca C'est à la france entière de condamner et d'isoler l'antisémite Dieudonné,http://laregledujeu.org/schalscha/2014/01/06/c%E2%80%99est-a-la-france-entiere-de-condamner-et-isoler-l%E2%80%99antisemite-dieudonne/ )
Eric Nauleau ne s'y est finalement pas trompé en acceptant de réaliser un débat par mails avec le Président D’Égalité et réconciliation Alain Soral ; au delà de la personnalité controversée de ce dernier, son passage du Pc au Fn, sa relecture d'une gauche non étatiste (Proudhon, Sorel), sa réhabilitation d'un nationalisme révolutionnaire, révèlent un nœud de forces sociales inédit, une nouvelle donne contestataire, qui débordent les partis traditionnels, leurs mots d'ordre, leurs chiens de garde habituels et traversent l'ensemble de la société avec à terme la possible recomposition du paysage politique, intellectuel et social, comme lors de l'affaire Dreyfus qui avait été pour la gauche française un véritable acte fondateur. Au delà de la persécution d’État menée contre l'humoriste Dieudonné, les rappels à l'ordre de plus en plus insistants et policiers d'une gauche néo-conservatrice qui frappe d'abord les classes populaires doivent faire face à la visibilité grandissante d'une dissidence/résistance qui sur le mode du négatif cherche ses mots d'ordre, sa ligne et ses concepts, non sans confusion et non sans risque de récupération par les factions les plus anti-modernes (passage du combat contre un sionisme qui ne dit pas son nom à un antisémitisme "patriote" de type Drumont/Maurras, promotion du communautariste au nom d'une identité "indigène" ). A savoir Égalité et réconciliation et/ou Indigènes de la république... Ces deux organisations se disputent le terrain de la contradiction ( avec un très net avantage pour E&R) face au status quo intenable défendu par la gauche de gouvernement (mais que dire du silence complice des communistes et du NPA qui ont laissé carte blanche au Sinistre de l'intérieur) en attendant une alternative progressiste à ce qui apparaît, chez ces deux organisations, comme une critique et un refus assumé des apports de la modernité, la promotion d'un ordre traditionnel supposé répondre aux attentes et aspirations des outsiders et des indigents de la République. On peut sérieusement en douter.... Prochaine étape : LE SOULÈVEMENT DE LA JEUNESSE !
Vous avez donc
choisi de joindre la voix de votre ministère à celles du Sinistre de
l’intérieur et de sa meute. Vos quelques interventions dignes d’un rapport de
police ne resteront pas dans l’histoire si ce n’est celle des lâchetés, des
démissions, des renoncements et des trahisons. Elles font honte à ce ministère
et honte à ce gouvernement qui a décidé d’endosser les habits de l’ordre moral,
de la salubrité publique et de la persécution d’état. Félicitations Madame, vous
avez pour vous toutes les qualités pour un possible poste au Ministère de
l’intérieur. Votre illustre prédécesseur Jack Lang a heureusement su, bien seul au milieu des socialistes droits dans leurs bottes, trouver les mots forts et justes, en juriste mais surtout en homme
de culture aguerri, se souvenant sans
doute d’une période pas si lointaine où la création artistique était suspendue
au bon vouloir d’une censure d’état ou des humeurs de la bienséance officielle.
Vous affirmez que l’humoriste Dieudonné « n'est
ni un artiste ni un martyr, il a franchi toutes les limites (...) acceptables
dans une République, une société démocratique comme la France qui a vécu durant
la dernière Guerre mondiale des événements tragiques", vous condamnez ainsi comme un scandale moral l'insoumission de l'artiste qui fait du refus de la limite socialement admise une éthique
et une expérience créatrice. Imaginez –vous
Baudelaire et Flaubert écrivant à la lumière des sondages d’opinions, en fonction des susceptibilités d’un public, de son bon goût, de sa morale
petite bourgeoise ? Certes les conservatismes ne sont plus les mêmes, les
ordres moraux se suivent et ne se ressemblent pas : quelles sont les
chimères qui conduiraient aujourd’hui Flaubert au tribunal ? Le puritanisme de
nos féministes y jouerait sans doute pour beaucoup. Franchir les limites ?
mais c’est bien là toute l’aventure de l’art moderne, transgresser, dépasser,
repousser toujours plus loin les lignes et les limites, élargir toujours plus
le champ de l’art et en chasser la morale, les injonctions du pouvoir, les
ordres des puissances établies qui ne demandent qu’à se divertir et à dormir… La
liberté d’expression artistique semble visiblement moins importante à vos yeux que le respect des frilosités groupusculaires ou l'obéissance à une morale d’état mortifère qui prétextant
l’histoire et ses montagnes de cadavres voudrait nous enjoindre de renoncer au
rire, au plaisir, à la puissance de dépaysement jouissif du geste artistique.
Non Merci ! Vous réintroduisez la morale la plus répressive là où elle
a toujours été dénoncée et combattue, par les artistes et autrefois par la
gauche (si, si…). Telle une mauvaise fée conservatrice, vous transformez d’un
coup de baguette sémantique un spectacle en « meeting » et des
sketchs en actes délictuels ou criminels passibles des tribunaux, les bons
pères de famille qui ont jugé Flaubert et Baudelaire ne voyaient pas les choses
autrement. Visitez donc la maison de l’art, elle regorge de sympathiques
cadavres dont je goûte toujours autant la fréquentation et dont la haute
immoralité n’interdit en rien de saluer le talent : Otto Muhel, actionniste
devant l’éternel, a poussé l’utopie de la contre-culture jusqu’à ses plus
extrêmes inconséquences, la justice n'a pu retenir contre lui l’accusation de « pédophilie »
et a du se contenter de celle de « manipulations psychiques »
notamment sur les plus jeunes membres de sa communauté libertaire ;
verdict : sept ans de prison, étudiez sa vie et son œuvre, c’est vraiment
passionnant… Adolf Wolfi a passé l’essentiel de son existence en hôpital
psychiatrique, je crois qu’il avait un penchant coupable pour les très (très) jeunes
filles… Ces artistes là sont-ils selon vous « acceptables » ou les
limites qu’ils ont franchies aux yeux d’une partie de nos contemporains
justifient-elles leur mise à l’index, dans les poubelles d’une histoire
débarrassée de ses aspérités les plus offensantes ? Et que dire de leurs
œuvres qui risquent d’embarquer les
curieux dans des territoires à haut risque où finalement il fait parfois bon de se
perdre !
L’art n’est visiblement pas votre priorité ou plutôt si, un
art sur commande, un art sous influence, un art propagande, un art doctrinaire,
alibi esthétique d’une doxa promue par les institutions d’état comme au bon
vieux temps de Jdanov et du réalisme socialiste. Mais le contenu a
singulièrement changé : La lutte contre le « racisme,
l’antisémitisme, les discriminations, le sexisme… », voilà bien votre
ligne politique, le nouvel ordre moral, la nouvelle croisade et la nouvelle
inquisition et pour ce qui me concerne la franche rigolade… La mise au pas de tous
et de toutes au diapason de ce catéchisme d’état et de ses évangélistes
autoritaires n’épargne pas l’art et les artistes. Les voilà sommés de se ranger
sous la bannière du Bien ou de disparaître ! Plumitifs indigents
dégoulinant d’empathie intarissable pour leurs prochains, artistes vigilants
soucieux de déconstruire les stéréotypes infamants, essayistes masochistes
exhumant toutes les souffrances du passé pour s’y vautrer et exiger que la
société entière communie le nez dans la vermine grouillante, romanciers
tartuffes vantant une diversité qu’il fuit comme la peste car elle nuit à leur
confort et à la qualité des écoles de leurs enfants, sociologues rentiers de
l’état dissertant sur les plateaux tv du malaise des jeunes de banlieue que le spectateur
ne verra jamais, humoristes et
polémistes s’affichant comme subversifs mais tenus en laisse par leurs
propriétaires amusés… tout un clergé de Bouvard et de Péruchet s’affaire,
sermonne, surveille, punit, invective, dresse des listes, rédige des
réquisitoires, prépare sans doute quelques embastillements et conduit la
culture dans ce néant sentimental ou vous siégez comme une cendrillon abandonnée à l’occasion d’une
animation dans un supermarché... quelque part en sortie d'une petite ville de Province au nom imprononçable.
Mais rien n’est encore joué, Madame la Ministre, Ressaisissez-vous ! Vous pourriez
faire entendre une belle voix dissidente solidaire de la création et de libre
circulation des formes et des idées. Vous pourriez opposer à la virulence de notre sinistre de l’intérieur l’exemple de « L’âge d’or » de Luis
Bunuel et Salvador Dali, interdit même dans sa version soft en 1930 par le
préfet Chiappe (tiens donc, d’un Chiappe à l’autre…), suite à des troubles causés
par une descente d’excités d’extrême droite dans une salle où le film était
présenté. Vous pourriez déniaiser votre collègue turbulent, l’instruire doctement,
en lui rappelant que les bons sentiments ne font pas nécessairement les
meilleures œuvres en matière culturelle, surtout au cinéma : le chef
d’œuvre de Griffith Naissance d’une nation affiche un racisme décomplexé, et pourtant
quelle montagne sacrée du septième art ! Faudra-t-il désormais
lui préférer les comédies consensuelles qui déclinent point par point l’ennui
de votre catéchisme républicain ? Mais allons plus loin, pourquoi s’arrêter
en si bon chemin… Faudrait-il retirer de la vente le film Portier de nuit, désormais disponible en DVD en raison de l’image
« dégradante » qu’il donne de la souffrance concentrationnaire ?
Les poupées désarticulées de Hans
Bellmer forment-elles le tableau de chasse coupable d’un serial killer ?
qu’en pensent les associations féministes ? L’érotisme noir d’un Jean Genet, ses rêveries funèbres et en grandes pompes, sur la plastique des SS et des jeunes miliciens sont-ils conformes à la
sexualité d’état que Madame Vallaud-Bel-KAcem s’efforce de promouvoir avec un
talent dans le ridicule qui force l’admiration ? Et que
ferez-vous des grands infréquentables comme Louis Ferdinand Céline dont les
pamphlets referont bien un jour surface dans l’espace public ?
Comptez-vous mettre en place une signalétique ? une interdiction au moins
de 18 ans (ou plus ?) comme pour le film de Virginie Despentes et Coralie Trin Thi Baise moi il y a quelques années ?
Un enseignant pourrait-il par exemple faire étudier aujourd'hui l’œuvre de Journiac Au putain inconnu à ses élèves ou
doit-il craindre de voir les foudres de l’éducation Nationale s’abattre sur
lui (sans parler des Associations d’anciens combattants)?
Dans ce climat liberticide où les instances culturelles
travaillent au maintien de l’ordre policier, la gauche gouvernementale
ressemble de plus en plus aux ligues puritaines et parentales qui régulièrement
exercent leur lobbying et leur pouvoir de nuisance aux USA pour les raisons les
moins défendables : prohibition du metal, du rap, de la pornographie comme
nuisibles au bon épanouissement des individus… les maîtres censeurs habillent
leur volonté de réduire les libertés publiques des meilleures intentions du
monde (protection de l’enfance, atteinte à la dignité humaine, à la cohésion
sociale et nationale ( !!!) …) et c’est bien sûr cette voie là que vous
nous invitez hélas pour l'instant à suivre en emboîtant le pas à votre collègue de l’intérieur :
«Il faut évidemment avancer avec
prudence en ce qui concerne Internet. Il ne s’agit pas de faire intrusion dans
ce formidable espace d’échanges et de liberté qu’est Internet, mais il faut
prendre les dispositifs qui sont particuliers au net, et notamment à travers
les hébergeurs, pour que cela ne puisse pas se répandre quand il y a des
attaques contre la dignité de la personne humaine ».
Je m’attends
donc à ce que vous preniez un décret anti-Sade très prochainement ; car
dans les pages de ses romans, on y tue, viole, torture, bafoue la dignité
humaine avec une légèreté de ton qui déjà exaspérait Simone De Beauvoir.
Je ne peux
finir, Madame la Ministre, sans évoquer la figure d’un artiste majeur, Isidore
Isou, qui sur toutes ces questions là a dépassé, heureusement pour nous, toutes
les limites acceptées par tous les conservatismes de son temps et dont la voix
manque cruellement aujourd’hui. Lui qui avait vu de très prés la brutalité
fasciste en Roumanie lors des pogroms anti-juifs ne craignait pas avec un génie
de la provocation inégalé d’avancer les plus audacieuses formules :
« A la
recherche a posteriori des prédécesseurs, pour la plastique nécrophilique, ma pensée s’arrête, légèrement ironique,
aux tortionaires nazis, qui se sont servis de la peau humaine pour fabriquer
des objets utilitaires et parfois artistiques – paraît-il – mais on exagère
peut-être leur raffinement en la matière.
Cependant je me
distingue d’eux :
a)Sur le plan esthétique,
car je ne fabrique pas des objets figuratifs, mais lettristes et hypergraphiques
b)Sur le plan
méca-esthétique car je n’utilise pas seulement la peau du cadavre mais aussi sa
chaire pour un ensemble de supports inédits
c)Sur le plan extra-esthétique,
culturel, général, car je n’ai pas tué l’homme ou l’animal présenté, étant
donné que je suis contre le crime,
pour la création et la victoire de la vie ; je ne fais qu’utiliser un
malheur acquis – la mort – pour l’amélioration d’une partie – esthétique – de la
connaissance, refusant d’augmenter le
malheur de l’ignorance »
(Notes sur la
Plastique nécrophilique, 1962/1963)
Refusez, Madame la Ministre, la dérive policière de votre
Ministère, refusez d’augmenter le « malheur de l’ignorance » !!!
Un amoureux des arts et des lettres éconduit
Michel Journiac, Au putain inconnu, 1973
Otto Muehl, Hitler und Eva Braun, 1984
Otto Muhel, Hinrinchtung, 1984
Trevor Brown, illustration, sans date, utilisée pour le picuture disc 7' de Jarboe Beast (1998)
Rob Zombie dans toute sa démesure Werewolf women of the SS
"Je n’ai pas mené un combat personnel. C’est la République qui a gagné.
Nous nous sommes mobilisés, et la mécanique de la haine a été
effectivement cassée." (Manuel Vals, Le Parisien 13/01/2014)