lundi 9 juillet 2012

GABRIEL POMERAND : NO FUTURE ?


La lettre ouverte à Garance Pomerand à propos de la Symphonie en K de Gabriel Pomerand

"Madame,


Nous avons  appris avec regret que vous aviez interdit la diffusion de la Symphonie en K  de Gabriel Pomerand, réalisée par Frédéric Acquaviva.
Outre le droit légal, justifié, des héritiers, sur l'oeuvre d'un artiste décédé, nous  défendons, à la suite d'Isidore Isou, un droit nouveau, un héritage créatif, qui associerait également les novateurs successifs, à la défense et la promotion de l'oeuvre d'un auteur disparu.
C'est au nom de ce droit neuf, encore à confirmer, que nous nous permettons de vous écrire et que nous vous demandons de réfléchir à votre décision, et d'accepter, au moins, une discussion approfondie et sans a priori, sur la qualité et la validité du travail accompli, à propos d'une pièce musicale essentielle à l'histoire et à la compréhension du lettrisme sonore.
Quelques dates, concernant la Symphonie en K, soulignent l’histoire de la symphonie et la provenance du manuscrit  : 1947, Gabriel Pomerand écrit la Symphonie en K  ; 1971, Gabriel Pomerand remet en main propre le manuscrit intégral de la Symphonie en K, à Jean-Pierre Gillard ; la même année, parution d'un extrait de la  Symphonie en K  dans la Revue Musicale, sous la responsabilité de Jean-Paul Curtay, ed. Richard Masse, Paris ;  2011/2012, à l'aide du manuscrit transmis par Jean-Pierre Gillard, Frédéric Acquaviva enregistre la Symphonie en K.
Outre la traçabilité du manuscrit de la Symphonie en K, la qualité du travail de réalisations sonores, précédemment effectuées par Frédéric Acquaviva, sont garants de la qualité et du sérieux de celle-ci : 1999, Isidore Isou, Symphonie n°1 La Guerre (1947) ; 1999-2000, Isidore Isou, Symphonie n°3 ; 2001-2004, Isidore Isou,Symphonie n°4 Juvénal ; 2006, Isidore Isou, Symphonie n°5 ; 2007, Maurice Lemaitre, Symphonie n°1, le Mariaje du Don et de la Volga (1952) ; 2009, Broutin, Concerto pour une bouche et quatre membres (1976).
Fort de cette conviction, nous vous appellons à reconsidérer votre position et de permettre enfin, après 55 ans, que soit diffusée, pour la première fois dans son intégralité, la version historique de la Symphonie en K.
C'est notre espoir, et celui de beaucoup d'autres qui souhaitent entendre l'une des plus grandes oeuvres de votre père.
Avec nos sentiments les plus cordiaux,
Pour le mouvement lettriste, 
Broutin, Jean-Pierre Gillard, François Poyet"


INTERPRETATION IMAGINAIRE DE LA SYMPHONIE EN K DANS UNE VERSION PROTESTATAIRE



dimanche 17 juin 2012

FRACTURE GÉNÉRATIONNELLE (SUITE)


"La Fance vit encore dans le système de sécurité sociale post-1945, qui gère l'éducation, le travail et la vieillesse, mais pas la jeunesse. Or, on sait qu’aujourd’hui, les jeunes occupent leur premier emploi stable à 27 ans. Que fait-on pour cette période de la vie allant de la majorité au premier emploi ? Le système français en a délégué la gestion à la famille, via le système des allocations familiales. On a bien tenté de mettre en place un millefeuilles de dispositifs pour s’adapter, mais cela ne suffit pas. On en vient à se demander si les jeunes ont vraiment des droits réels. Car si la majorité civique est à 18 ans, la majorité sociale, elle, est plutôt à 25 ans. (...)

Il faut améliorer l'éducation aux droits, c’est-à-dire faire prendre conscience aux jeunes, dès le primaire ou le secondaire, de ce qu’est notre système de sécurité sociale. C’est essentiel. Car si les jeunes n’ont pas l’aide de la puissance publique quand ils sont en galère, ils pourraient tout à fait remettre en cause le système de sécurité sociale quand ils seront plus installés. J’entends par là contester le système par répartition, ou le fait de payer des impôts.

Antoine Dulin,  Rapporteur du conseil économique, social et environnemental, entretien accordé à Libération (13 juin 2012)

On lira par ailleurs avec profit le dit-rapport ainsi que les préconisations du conseil économique, social et environnemental qui viennent comme un heureux rappel à une majorité qui a fait de la jeunesse la priorité de ses choix politiques, paraît-il... A quand une allocation d'autonomie universelle ? Le crédit de lancement ? Une réforme du marché de l'emploi enfin débarrassé de ses rigidités ? du système éducatif non pour les enseignants mais pour les lycéens et les étudiants ? 



OUBLIEZ SUR LA ROUTE LISEZ LE SINGE APPLIQUE !


Attention livre-culte ! Héros instable issu de l'avant-garde et de la contre-culture (lettrisme et situationnisme), Jean-Louis Brau en a été le plus inspiré des commentateurs et un témoin direct ; de ses expériences militaires à Mai 68 en passant par les dérives et les utopies de la route perpétuelle, l'insatiable itinérant de l'avant-garde semble avoir pris au mot l'injonction d'André Breton "Lâchez-tout !" Ni plan de carrière, ni soumission à quelques églises salutaires sacrées ou profanes, il incarne la révolte et brûle toutes les causes qu'il fait sienne sans jamais s'y perdre, toujours en quête du grand incendie; de l’extrême droite à l'extrème gauche, Brau fait de la marge et de la condition minoritaire l'expérience fondatrice d'un individualisme libertaire pour qui la sagesse n'est jamais venue, il en est le guetteur, l'exégèse, le sociologue, l'ethnographe avisé... les science sociales devraient bien plutôt s'inspirer de ce génial beatnik au lieu de célébrer l'ennui bourdivin. Drogue, alcool, dérives, radicalité politique... tout ce qui est transgressif doit être expérimenté, la vraie vie est là !  L'art aussi et quelques fois la littérature.... En 1972, les Editions Grasset publient Le Singe Appliqué, brûlot autobiographique, qui dans une prose tout en spasmes et vociférations dresse le portrait en mouvement d'un aventurier des temps modernes, retrace ses dérives et offre à la postériorité ses titres de gloire, looser définitif, "prince en haillons", et ses flibusteries nombreuses . Ce livre replonge le lecteur dans 
 une époque incompréhensible aujourd'hui, un temps d’insoumission où l’existence quotidienne était le terrain expérimental de toutes les utopies, où l'art et la littérature s'inscrivaient dans un style de vie qu'aucun de ses enfants terribles et perdus n'auraient voulu céder pour une place sécurisée, une rente... La vie dangereuse était toujours la règle, on bricolait entre deux voyages ici un livre, là quelques toiles... on discutait beaucoup, au gré des rencontres Burroughs, Gysin, les surréalistes, les sédentaires du "quartier" et les "passants" considérables ou non... avec chez Brau malgré le chaos quelques fondamentaux qui reviennent comme un leitmotiv obsessionnel (la poésie, la présence de Wolman et Dufrène, la marginalité, la clandestinité). Bien plus que la prose austère des derniers textes de Guy Debord, Le Singe Appliqué restitue, dans un verbe libéré des enfers de la langue française, le drame d'une génération qui, venue au "vieux" monde par ses lectures surréalistes et marxistes, ne consent pas à déposer les armes, à se ranger malgré la défaite, la faillite des rêves révolutionnaires. Le passage consacré à l’enterrement d'André Breton a presque ici une valeur testamentaire ; le sublime y côtoie le grivois, la grande histoire cède devant les anecdotes, les "petits tas de secrets" et se révèle alors l'ambivalence d'un narrateur dont le propos oscille toujours entre l'urgence de la révolte et l'ironie suicidaire d'un Jacques Rigaut. En 1976 les Editions Balland publiaiENt L'Hériter du château d'Isidore Isou que l'on peut lire comme un complément et une réponse au témoignage de Brau, l'envers lumineux d'un même projet de révolution de la vie quotidienne dont Le Singe Appliqué est une pièce maîtresse.
Jean-Louis Brau, Le Singe Appliqué, Le Dilettante, 2012