source :
Ghania Mouffock
http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1191
blog consacré au lettrisme et à ses spectres, aux utopies d'avant-garde, à l'envers voluptueux de la lutte des classes et à ses outsiders
La droite propose d'abaisser la majorité pénale à 16 ans? Si l'on est adulte à 16 ans, répondent Emmanuelle Becker, conseillère de Paris (PCF), et Ian Brossat, président du groupe PCF/PG au Conseil de Paris, alors il faut abaisser le droit de vote au même âge.
(...) Malheureusement, la liste de ce que l'on refuse à la jeunesse ne s'arrête pas là, et c'est tout le problème. Pas de travail pour elle, puisque le «non-emploi» des jeunes (ou leur production low-cost : piges, stages, free-lance) sert de variable d'ajustement dans la politique de «non-lutte» contre le chômage. Pas de logement puisque pas d'emploi (qui d'ailleurs ne suffit plus à payer un loyer, encore moins à acheter un bien). Pas de retraite, demain, non plus. Et l'on remarquera avec le sociologue Louis Chauvel que «les derniers retraités aisés du début du baby-boom décident de l'appauvrissement des générations nées trop tard, victimes muettes d'enjeux où leur absence est sciemment organisée» (Le Monde du 3 janvier 2010). Souvenons-nous à cet égard de la condescendance des ministres au moment des manifestations contre la réforme des retraites –qui renvoyaient les chers bambins (lycéens, donc bientôt condamnables par un tribunal de droit commun) à leurs études.
De plus en plus d'experts, d'universitaires, mais aussi de jeunes et de moins jeunes évoquent une «génération sacrifiée», comme on parlait de «génération perdue» après le bain de sang de la première guerre mondiale. Ils ont raison. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont pas expié les crimes de leurs pères dans les tranchées, ils payent pour eux tous les jours, dans leurs études (dégradées, sans débouchés), dans leur travail, dans leur santé et leur bien-être. Il est temps de les entendre. De les considérer comme des membres à part entière de notre société et de notre démocratie dès 16 ans. Pas d'en envoyer certains en prison. Pas d'attendre leur entrée sur le marché (réel) du travail (dont l'âge moyen recule, il avoisine 30 ans, aujourd'hui). Pas d'attendre qu'ils soient propriétaires (quarante ans plus tard), ou à la retraite (peut-être). Certains demandent à la jeunesse de mieux les respecter : encore faudrait-il qu'ils respectent la jeunesse.
ALGER (AP) — Des jeunes ont incendié des bâtiments et jeté des pierres sur des policiers mercredi soir dans le quartier populaire de Bal el-Oued, à Alger, laissant éclater leur colère contre le chômage chronique qui les touche et les récentes hausses de prix de produits de première nécessité.
Des policiers patrouillaient jeudi dans le quartier où les tensions restaient palpables. Mercredi soir, un commissariat et une boutique de téléphonie mobile ont été incendiés.
Ces derniers jours, le lait, le sucre et la farine ont augmenté. Les jeunes Algériens sont de plus en plus mécontents des inégalités dans la répartition des richesses de leur pays.
Certains confient avoir été inspirés par leurs voisins tunisiens qui protestent depuis quelques semaines contre le chômage. Ces manifestations violentes ont fait au moins trois morts. AP
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110106.FAP3232/emeutes-dans-le-quartier-algerois-de-bab-el-oued.html
Extrait d'une tibune de Louis Chauvel dans Le Monde : "Quels sont les symptômes de ce mal-être collectif ? Les plus visibles relèvent des difficultés de la jeunesse. Nous le savons, trente-cinq ans après l'extension du chômage de masse, la jeunesse a servi de variable d'ajustement. Chômage record, baisse des salaires et des niveaux de vie, précarisation, développement de poches de travail quasi gratuit (stages, piges, free-lance, exonération de charges, etc.), nouvelle pauvreté de la jeunesse, état de santé problématique et faible recours aux soins, absence d'horizon lisible.
En une décennie, nous n'avons pas progressé - c'est une litote. Nous observons un triple déclassement. Scolaire d'abord, la jeunesse étant maintenant de classe moyenne du point de vue des diplômes, mais en deçà de la classe ouvrière du point de vue des revenus. Au-delà de la valeur des diplômes, le déclassement est aussi intergénérationnel, avec une multiplication attendue des trajectoires sociales descendantes par rapport aux parents.
Il est aussi systémique, puisque, avec la chute des nouvelles générations, ce sont leurs droits sociaux futurs qui sont remis en cause : leur développement humain aujourd'hui, leur capacité à élever leurs enfants demain, et leurs retraites après-demain. Il s'agit donc de la régression du système social dans son entier, et pas simplement celui d'individus. Par-dessus tout, une frustration générale envahit les esprits devant l'accumulation des promesses non tenues : celle du retour au plein-emploi grâce au départ à la retraite des premiers-nés du baby-boom (rapport Teulade de 1999), de meilleurs emplois par la croissance scolaire, dans un contexte où le travail seul ne permet plus de se loger. Il s'ensuit une colère, voire une haine, qui se détecte clairement dans la jeunesse de 2010 et que le mouvement sur les retraites a paradoxalement canalisée.
Il reste que la symptomatologie n'est pas un diagnostic. Celui-ci relève du refus collectif de regarder lucidement notre long terme, et du caractère profondément conservateur, rentier, de la société française dans son entier. Le comportement patrimonial des possédants français accumulant de l'assurance-vie et des logements vides, tout comme leurs grands-parents serraient leurs lingots, relève de la même frilosité."
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/03/les-jeunes-sont-mal-partis_1460368_3232.html#ens_id=1433180
Les jeunes générations sont-elles "déclassées" ? Vont-elles connaître un destin social moins favorable que leurs aînées ? La récession a relancé le débat. La réponse dépend des instruments de mesure utilisés. Sur la durée, nos sociétés continuent de s’enrichir, ce qui profite aux générations qui se succèdent. En outre, les mobilités sociales ascendantes [1]demeurent, pour le moment, plus nombreuses que les mobilités descendantes. Mais les jeunes générations n’ont pas rêvé : le déclassement est loin d’être un fantasme. Les mobilités descendantes s’accroissent, les mêmes diplômes ne permettent plus d’accéder aux mêmes emplois et les conditions d’emploi se sont nettement dégradées. Les jeunes subissent bien plus lourdement que les générations précédentes les conséquences de la crise.
suite de l'article :
http://www.inegalites.fr/spip.php?article1356Bien sûr, la plupart des vieux ne sont pas de grands capitalistes. Il suffit de se promener dans la rue… Le vieillissement est au cœur du processus démocratique car les plus de 65 ans représentent plus de 20 % du corps électoral.
Le discours du sarkozysme est celui de la réforme, du changement, le « Ça va bouger ! ». Et, effectivement, Sarkozy bouge, il s'agite. Son élection a été habillée ainsi.
Mais l'analyse démographique du vote de 2007 montre autre chose : Sarkozy a eu 44 % des votes des plus de 65 ans au premier tour. Plus qu'aucun président de droite, Sarkozy a été l'élu des vieux.
Pourquoi ? Parce que la France a été terrorisée par les émeutes de 2005, qui étaient un soulèvement de la jeunesse. Cette peur a été réactivée par les incidents de la gare du Nord, en mars 2007, juste avant l'élection présidentielle. La question des retraites, c'est l'émergence de la démographie au cœur du problème politique français.
L'idée d'ajuster le temps de travail sur la durée de vie n'est pas scandaleuse. Ce qui a été étrange dans cette réforme, c'est l'annonce, dès le départ, que les retraités (l'électorat sarkozyste) ne seraient pas touchés, et donc que le coût de l'ajustement serait supporté par les jeunes. Cette réforme censée dynamiser le pays reflète, en vérité, le fait que le pouvoir sarkozyste est un pouvoir des vieux. Tous les arbitrages se font contre les jeunes.
Les partisans de la réforme disent qu'elle va sauver le système pour les jeunes, confrontés à la dette des soixante-huitards.
La réalité, c'est que le gouvernement n'affronte pas la réalité économique. Cela n'a aucun sens de mettre en place des plans dans un futur indéfini, dans un contexte d'inaction et de laisser faire, alors que le système économique français se désintègre. La priorité, c'est de le remettre sur des bons rails, et les retraites suivront.
Vous êtes favorable au retour de l'Etat dans la sphère économique ?
Pas du tout. Les protectionnistes sont des libéraux, qui croient au marché, à la libre activité de l'entreprise. Il faut juste fixer la taille du terrain de jeux. C'est le contraire de l'Etat bureaucratique. C'est l'Etat libéral qui organise l'existence d'un marché. Moi, je crois au marché.
Que pensez-vous de la motivation des jeunes qui sont descendus dans la rue ?
Je n'aime pas faire parler des catégories sociales. Mais j'ai un peu de mal à imaginer que des jeunes de 15 ans puissent se soucier vraiment de leur retraite. Par contre, l'oppression économique des jeunes est réelle…
La proportion des jeunes qui font des études supérieures est à peu près égale depuis 1995, jamais les jeunes générations n'ont été aussi bien formées. Les générations d'analphabètes sont à la retraite.
On est dans une société loufoque, qui dépense pas mal d'énergie pour l'éducation de sa jeunesse et qui, ensuite, adhère à un système économique qui assure l'écrasement de la jeunesse et de la baisse de son niveau de vie.
C'est un gaspillage d'énergie énorme. Les jeunes sont assez conscients de ce qui les attend sur le marché du travail. Et donc j'imagine qu'ils ne sont pas très contents. La nouveauté de la période, c'est qu'à part les 1 % d'en haut de la structure sociale plus personne ne profite du système.
En 1995, dans les standards occidentaux, on estimait que les 20 % des classes moyennes supé rieures ayant fait des études ramassaient 50 % de la richesse.
Aujourd'hui, ces mêmes 20 % stagnent ou ont des revenus en baisse. On est dans un processus de réunification de la société par le bas : une mécanique inexorable qui écrase les différentes catégories, en commençant par les plus faibles : jeunes issus de l'immigration, monde populaire, classes moyennes… Il y avait aussi des voitures qui flambaient à Saint-Brieuc !
La démographie nous condamne à des gouvernements de droite pour vingt ans ?
Il y a une forte probabilité. En Europe, le virage à droite a été massif. Mais on n'est pas dans la pire situation : l'âge médian des Français est d'un peu moins de 40 ans ; en Allemagne, c'est 44 ans. La démocratie sénile la plus avancée, c'est l'Allemagne. Les choses sont plus compliquées.
Il faut penser, comme le fait Louis Chauvel, en termes de générations. Les plus de 70 ans ont une histoire très favorisée en termes économiques. Mais nous allons voir arriver de « nouveaux vieux », ayant eu des existences très dures comme actifs, et dont les revenus vont baisser une fois à la retraite.
L'âge d'or des Trente Glorieuses n'était qu'une parenthèse. Comment vont tourner les « nouveaux vieux », comme moi ? On ne sait pas. Je ne suis pas très optimiste."
entretien complet in http://www.rue89.com/entretien/2010/11/28/emmanuel-todd-notre-classe-dirigeante-nest-pas-au-niveau-178081