vendredi 1 août 2014

"DEFENSE DES VALEURS OCCIDENTALES" : une rhétorique "datée", une postérité déroutante...







MANIFESTE DES INTELLECTUELS POUR LA DÉFENSE DE L' OCCIDENT ET LA PAIX EN EUROPE (1935)
A l’heure où l’on menace l’Italie de sanctions propres à déchaîner une guerre sans précédent, nous, intellectuels français, tenons à déclarer, devant l’opinion tout entière, que nous ne voulons ni de ces sanctions, ni de de cette guerre.
Ce refus ne nous est pas seulement dicté par notre gratitude à l’endroit d’une nation qui a contribué à la défense de notre sol envahi : c’est notre vocation qui nous l’impose.
Lorsque les actes des hommes, à qui le destin des nations est confié, risquent de mettre en péril l’avenir de la civilisation, ceux qui consacrent leurs travaux aux choses de l’intelligence se doivent de faire entendre avec vigueur la réclamation de l’esprit.
On veut lancer les peuples européens contre Rome.
On n’hésite  pas à traiter l’Italie en coupable, à la désigner au monde comme l’ennemi commun  - sous prétexte de protéger en Afrique l’indépendance d’un amalgame de tribus incultes, qu’ainsi on encourage à appeler les grands états en champ clos.
Par l’offense d’une coalition monstrueuse, les justes intérêts de la communauté occidentale seraient blessés, toute la civilisation serait mise en posture de vaincue. L’envisager est déjà le signe d’un mal mental, où se trahit une véritable démission de l’esprit civilisateur.
L’intelligence – là où elle n’a pas encore abdiqué son autorité – se refuse à â être la complice d’une telle catastrophe. Aussi les sous-signés croient –ils devoir s’élever contre tant de causes de mort, propres à ruiner définitivement la partie la plus précieuse de notre univers, rituels de milliers d’individus, mais la notion même de l’homme, la légitimité de ses avoirs et de ses titres – toutes choses que l’occident a tenues jusqu’ici pour supérieures et auxquelles il a dû sa grandeur avec ses vertus créatrices.
Sur cette notion où l’occident incarne  ses idéaux, ses honneurs, son humanité, de grands peuples, comme l’Angleterre, comme la France, se fondent pour justifier une œuvre colonisatrice qui reste une des plus hautes, des plus fécondes expressions de leur vitalité.et n’est-ce pas leur propre mission coloniale que ces grandes puissances devraient dès l’abord abdiquer, si elles voulaient, sans imposture, défendre à Rome de poursuivre en des régions africaines, où elle s’est acquis depuis longtemps d’incontestables droits, l’accomplissement de desseins qu’elle a loyalement formulés et préparés à découvert ?
Aussi ne voit-on pas sans stupeur un peuple, dont l’empire coloniale occupe un cinquième du globe, s’opposer aux justifiables entreprises de la jeune Italie et faire inconsidérément sienne la dangereuse fiction de l’égalité absolue de toutes les nations, - ce qui lui vaut, en l’occurrence, l’appui de toutes les forces révolutionnaires qui se réclament de la même idéologie pour combattre le régime intérieur de l’Italie et livrer du même coup l’Europe aux bouleversements désirés.
C’est à cette alliance désastreuse que Genève prête les redoutables alibis d’un faux universalisme juridique qui met sur le pied d’égalité le supérieur et l’inférieur, le civilisé et le barbare. Les résultats de cette fureur d’égaliser qui confond tout et tous, nous les avons sous les yeux ; car c’est en son nom que se formulent des sanctions qui, pour mettre obstacle à la conquête civilisatrice d’un des pays les plus arrièrées du monde (où le christianisme même est resté sans action), n’hésiteraient pas à déchainer une guerre universelle, à coaliser toutes les anarchies, tous les désordres contre une nation  où se sont affirmées, révélées, organisées, fortifiées, depuis quinze ans, quelques unes des vertus essentielles de la haute humanité.
Ce conflit fratricide qui mettrait la sécurité de notre monde à la merci de quelques tribus sauvages, mobilisées pour d’obscurs intérêts, ce conflit ne serait pas seulement un crime contre la paix, mais un attentat irrémissible contre la civilisation d’occident, c’est-à-dire contre le seul avenir valable qui, aujourd’hui comme hier, soit ouvert au genre humain. Intellectuels, qui devons protéger la culture avec d’autant plus de vigilance que nous profitons davantage de ses bienfaits, nous ne pouvons laisser la civilisation choisir contre elle-même. Pour empêcher un tel suicide, nous en appelons à toutes les forces de l’esprit.

Manifeste publié dans le  le  journal le Temps le 4 avril 1935, rédigé par Henri Massis et cosigné par Thierry Maulnier, Charles Maurras, Léon Daudet, Pierre Gaxotte, Brasillach, Drieu La rochelle…)
Solidarité de la droite intellectuelle avec l’expédition de l’Italie mussolinienne en Éthiopie et refus de toute sanction internationale  (la SDN) au nom de la « défense de l’occident », au moins de sa supériorité sur les « tribus » « arriérées » et de la paix nécessaire avec un pays et un régime qui depuis quinze années avait su porter haut "les vertus essentielles de la haute humanité".


Biblio : René Rémond les Intellectuels et la politique (article, 1959)
en ligne :  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1959_num_9_4_403029
et le Tome 2 du Soulèvement de la Jeunesse d'ISidore Isou (CICK, 1972) qui comprend une lecture originale de l'expansion coloniale et de l'impérialisme loin des canons marxistes habituels et du "rôle civilisateur" de l'occident défendu par les signataires du manifeste de 1935 qui, à lire ici et là les tribunes ne sont peut-être pas hélas sans postérité.... (consultable à la BNF pour ceux et celles qui...)




le titre programmatique Défense de l'Occident fut repris  comme titre d'une revue dirigée par Maurice Bardèche de 1952 à 1982, d'inspiration nationaliste et radicale par bien des aspects....
( http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2012/03/03/defense-de-l-occident-histoire-d-une-revue-nationaliste.htm)